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Actualités - Opinion

Résurgence d’un slogan des temps maudits : la sécurité avant le pain

La crise s’enlise. Du même coup, elle s’envenime car qui n’avance pas recule. La peur se propage au sein de la population : un dérapage mettant le feu aux poudres est si vite arrivé. Dès lors, la visite du général Sleimane à Bkerké revêt une extrême importance ponctuelle. Il a choisi ce haut lieu, si respecté, pour rassurer la nation angoissée. Pour certifier que la situation sur le terrain reste strictement sous contrôle. D’éventuels mouvements de rue se trouveraient soit jugulés, étouffés dans l’œuf, s’ils risquent d’être violents ou de provoquer des affrontements, soit bien cadrés, canalisés, s’il doit s’agir de manifestations pacifiques. En fait, même en termes de textes de loi, le commandant en chef ne se trompe pas quand il proclame que « la sécurité est une mission que l’armée assume d’office, de par la volonté de la nation ». En effet, et pratiquement depuis l’indépendance, il existe un ordre (c’est le mot) permanent délivré par le pouvoir politique à l’armée, pour qu’elle seconde, ou supervise au besoin, les Forces de sécurité intérieure dans leur tâche de police, au sens général du terme. Cette responsabilité, la troupe l’assume d’autant plus volontiers que, comme le dit l’officier supérieur, « la sécurité est un droit que l’on doit faire respecter, eu égard à la mémoire des martyrs ainsi qu’à l’intérêt de l’ensemble de la population ». Il souligne ensuite l’étroite imbrication, dans un pays comme le nôtre, des notions de sécurité et de paix. Pour conclure sur un rappel des moments difficiles présents, en confirmant que les mesures prises « sont destinées à assurer les conditions de calme nécessaires à l’élection d’un président de la République ». Bien entendu, comme lors de Nahr el-Bared, toutes les parties se félicitent de la position, du comportement, du discours de l’armée et de son chef. Mais, détail anecdotique, les majoritaires s’en réjouissent plus particulièrement. Car, relèvent-ils, en soulignant que la sécurité est pour l’armée « une mission d’office », le général Sleimane, volontairement ou non, descend en flèche le fameux geste ultime d’Émile Lahoud en tant que président prorogé : la proclamation d’un pseudo-état d’urgence s’accompagnant d’une demande de prise en charge de l’ordre public adressée à l’armée. Tensions Cette observation des loyalistes montre à quel point, jusque dans quels détails, le bras de fer politique continue à se durcir. Tous les sujets sont bons à exploiter, même le socio-économique, et cela malgré l’aggravation astronomique de la récession, la flambée des prix et les cris d’alarme des syndicats comme des patrons. Ainsi, certains opposants ne cachent pas leur intention de faire bouger la rue contre le gouvernement au titre de la subsistance des ménages, de la cherté, de la perte du pouvoir d’achat des salariés qui restent sans augmentation de traitement. Du côté des aounistes, des sources informées indiquent que le mouvement de protestation devrait débuter la semaine prochaine. Quand le général en aura fini avec ses concertations interchrétiennes élargies. Action Sur un plan global, les fins stratèges de l’opposition affirment qu’il ne faut pas tomber dans le piège de la normalisation du statu quo, de la banalisation de la crise. Ils recommandent donc que cela continue à bouger, sous prétexte qu’il est nécessaire de s’activer contre le fait acquis du vide. Entendre contre le maintien de Siniora au Sérail. Ajoutant que la pression doit être maintenue, et même accentuée, pour que la majorité finisse par souscrire au choix d’un candidat unique, prélevé sur la liste patriarcale. Un candidat qui aurait pour nom Michel Aoun ou Michel Eddé, l’essentiel restant pour le 8 Mars de prévenir une compétition entre deux ou plusieurs postulants, pour que le camp d’en face ne puisse pas faire prévaloir son propre choix. Bien entendu, l’opposition prosyrienne, Hezbollah en tête, laisse volontiers la conduite de l’opération au général Aoun. Parce qu’il est maronite et que l’échéance concerne au premier chef sa communauté, comme du reste sa propre personne de leader. Ensuite parce que les attaques d’un chrétien contre le gouvernement ne suscitent évidemment pas la crainte d’un affrontement entre sunnites et chiites, prohibé conjointement par l’Arabie saoudite et par l’Iran. Comme ce serait sans doute le cas si l’assaut était mené en première ligne par sayyed Hassan Nasrallah. Patate chaude Plus royalistes que le roi, des éléments prosyriens « s’étonnent, disent-ils, que la communauté maronite n’ait pas droit à un guide déterminé », à l’instar des autres communautés. « Pourquoi, ajoutent-ils, le général Aoun, si fort chez nos frères chrétiens et si populaire parmi nous, se voit-il contester le droit de trôner sur le même piédestal qu’un Walid Joumblatt, qu’un Hassan Nasrallah ou qu’un Rafic Hariri… » Du même coup, des cadres de l’Est redoutent que, par cette sollicitude, Damas et ses instruments ne se défaussent sur la rue chrétienne, pour en dresser les composantes les unes contre les autres. On sait en effet qu’aux émissaires français, le régime syrien a répondu : le problème n’est pas chez nous, il est chez les chrétiens, chez les maronites, du Liban. C’est pourquoi, du côté des loyalistes, des consignes sévères ont été données aux militants : ne jamais réagir aux provocations éventuelles, ne pas contre-manifester, ne pas descendre dans la rue. Et laisser l’armée et les FSI s’occuper des trublions. Ambitions Il faut dire cependant que le climat se trouve encore davantage empoisonné du côté des chrétiens. En partie à cause des déclarations du général Aoun s’arrogeant le titre de patriarche de la rue chrétienne. Ce qui en indispose beaucoup, et pas seulement du côté des proches de Bkerké ou de la majorité. Et en partie à cause des répliques acerbes que lui apporte Samir Geagea, chaque jour. En déclarant, par exemple, que « Aoun est un évêque, comme nous, pas plus. Et s’il doit y avoir un patriarche de rue, il faudra le faire élire par un conclave ». D’autres relèvent que la formule du leadership unique au sein des communautés n’est évidemment pas conviviale et ne mène qu’à un fédéralisme des communautés, voire à la partition. En soulignant que, déjà, l’entente, la quasi-symbiose Amal-Hezbollah au niveau de la communauté chiite, pose un grave problème de fond par rapport au système libanais pluraliste et à ses équilibres. Détachement Toujours du côté des loyalistes, on apporte aux protestations contre le maintien de Siniora une réponse facile. « Si vous voulez vous en débarrasser au plus vite, vous n’avez qu’à faciliter la présidentielle », réplique-t-on aux prosyriens et à leurs bons amis. Dans un effort sans doute louable mais assez peu réaliste de dégager la scène locale, des majoritaires refusent qu’on lie la présidentielle à la conférence d’Annapolis. Ils répètent que « tout le monde, toute partie étrangère même bien intentionnée, doit retirer sa main » du Liban. Mais eux-mêmes se trouvent toujours accusés de liens étroits avec les Occidentaux et avec les Arabes modérés opposés à l’axe syro-iranien. Et ils oublient que le 14 Mars appuie officiellement l’initiative française à l’origine de la liste de Bkerké. Ils ne doivent pas être mécontents non plus d’apprendre que Moscou maintient, discrètement mais avec détermination, sa pression sur Damas pour un déblocage rapide de la présidentielle libanaise. Pression qui s’est manifestée par la longue audience accordée par Poutine à Hariri ainsi que par l’envoi de Saltanov dans la capitale syrienne, où la Russie pourrait de nouveau dépêcher un émissaire, qui, selon des sources diplomatiques, viendrait ensuite à Beyrouth, mais sans faire trop de tapage. Pour ne pas paraître marcher sur les brisées de la France. Philippe ABI-AKL
La crise s’enlise. Du même coup, elle s’envenime car qui n’avance pas recule. La peur se propage au sein de la population : un dérapage mettant le feu aux poudres est si vite arrivé. Dès lors, la visite du général Sleimane à Bkerké revêt une extrême importance ponctuelle. Il a choisi ce haut lieu, si respecté, pour rassurer la nation angoissée. Pour certifier que la situation sur le terrain reste strictement sous contrôle. D’éventuels mouvements de rue se trouveraient soit jugulés, étouffés dans l’œuf, s’ils risquent d’être violents ou de provoquer des affrontements, soit bien cadrés, canalisés, s’il doit s’agir de manifestations pacifiques.
En fait, même en termes de textes de loi, le commandant en chef ne se trompe pas quand il proclame que « la sécurité est une mission que l’armée assume...