L’euro grimpe rapidement face au dollar et menace de plus en plus la croissance : la BCE va devoir d’une façon ou d’une autre tenter d’enrayer le mouvement, estiment des économistes, même si une intervention directe sur le marché paraît actuellement improbable.
Fini le temps de l’inquiétude, il faut agir, et pour Peter Bofinger, l’un des « cinq sages », les conseillers économiques du gouvernement allemand, la Banque centrale européenne doit intervenir sur le marché des changes.
« Chez nous, nous faisons comme si l’évolution des cours des devises était un produit du destin, un événement naturel inévitable (...) C’est déplorable », estime l’expert, dans un entretien mardi soir au Spiegel Online.
Ces propos rejoignent, d’une certaine façon, les critiques du patron d’EADS, le Français Louis Gallois, reprochant lundi à l’Europe « sa démission ».
Les responsables économiques et politiques se contentent d’être spectateurs de la montée de l’euro, dangereuse pour la croissance économique de la zone euro car elle freine ses exportations, regrette-t-il.
L’avionneur européen Airbus souffre cruellement de l’euro fort, les contrats étant libellés en billet vert dans l’aéronautique.
La devise européenne, qui a dépassé le seuil de 1,48 dollar mardi, s’approche à grands pas de 1,50 dollar et rien ne semble pouvoir arrêter sa course. Sa force est essentiellement liée à la faiblesse du dollar, provoquée par l’affaiblissement de la première économie mondiale.
Les États-Unis sont frappés par la débâcle des crédits immobiliers à risque (subprime) et la Réserve fédérale va probablement abaisser de nouveau en décembre son principal taux directeur pour donner un coup de fouet à la croissance. La conversion progressive par la Chine d’une partie de ses gigantesques réserves monétaires en euro accentue la dégringolade du dollar.
Dans un tel environnement, une intervention de la BCE, en clair un achat massif de dollar, pourrait-elle aider ?
« Une intervention unilatérale aurait sans doute un impact significatif à court terme, mais pas durable, sur les taux de changes », indique à l’AFP le chef économiste en Europe de la Bank of America, Holger Schmieding.
Depuis sa création en 1999, la BCE n’est jamais intervenue « contre » sa devise. Les gardiens de l’euro sont venus à son secours en septembre et novembre 2000, après une période de rapide dépréciation de sa valeur face au dollar.
Quatre interventions directes, dont une concertée avec la Fed et la Banque du Japon, c’est tout. Et avec un résultat mitigé.
Pour la BCE, l’intervention sur le marché est une arme de dernier recours et doit, pour avoir des chances de succès, être menée de concert. Or les États-Unis s’accommodent bien de la faiblesse de leur devise actuellement et n’ont pas de raison d’agir.
La BCE ne peut donc espérer influencer les marchés des changes que par des déclarations puisqu’elle ne pourra pas modifier les taux directeurs de la zone euro avant longtemps, estiment les experts.
Malgré les risques de dérapage des prix, elle ne peut remonter ses taux sauf à faire grimper encore davantage l’euro, souligne la Fédération bancaire allemande dans un rapport hier. Elle ne peut pas les baisser non plus, sauf à encourager une poussée inflationniste.
Le président de la BCE Jean-Claude Trichet s’est jusqu’à présent borné à exprimer son inquiétude. Début novembre, il a déclaré que les « mouvements brutaux » sur le marché des changes étaient « malvenus ». Sans grand succès.
Pour M. Schmieding, le Français devrait adopter une autre tactique : « Un ton plus souple lors de la prochaine conférence de presse, comme l’aveu explicite que l’euro fort fait peser des risques importants pour la croissance, pourrait avoir un impact. »
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Fini le temps de l’inquiétude, il faut agir, et pour Peter Bofinger, l’un des « cinq sages », les conseillers économiques du gouvernement allemand, la Banque centrale européenne doit intervenir sur le marché des changes.
« Chez nous, nous faisons comme si l’évolution des cours des devises était un produit du destin, un événement naturel inévitable (...) C’est déplorable », estime l’expert, dans un entretien mardi soir au Spiegel Online.
Ces propos rejoignent, d’une certaine façon, les critiques du patron d’EADS, le Français Louis...