Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

Le torpillage ? Damas y voit un bon carton d’invitation pour Annapolis

Où est donc le blocage ? Des diplomates accrédités à Beyrouth le situent à Damas. Ils subodorent que le régime syrien se propose de décrocher un admittatur US direct pour Annapolis. Lors de cette conférence, prévue à la fin du mois en cours aux États-Unis, il pourrait plus facilement amener les Américains à négocier avec lui. Sans plus user d’intermédiaires. Si, et c’est ce si qui explique la surcrise présente, grâce à ses alliés locaux il parvient à saboter la présidentielle libanaise. À lui faire dépasser en même temps les délais constitutionnels et la cote d’alarme. En se retrouvant à même, ensuite, de jouer les dénoueurs. Pour peu qu’on accepte de lui redonner sa petite place au soleil régional. Notamment au Liban, vu qu’il aurait prouvé que sans lui ce pays ne peut être que chaos. Et KO. Mais Kouchner, qui cache mal ses soupçons quant à la versatilité syrienne, pourrait bien démolir le château de cartes (en Espagne) du régime Assad. En tenant sa promesse-menace de dévoiler les parties vraiment coupables, entendre les commanditaires, en cas de torpillage. De la présidentielle libanaise, de ses propres (prodigieux) efforts et de la crédibilité diplomatique de la France autant que de l’Europe. Les entraves mettent déjà le ministre français hors de lui au point de s’en trouver enroué. On imagine sa fureur en cas de fiasco définitif. Méli-mélo Du côté de Bkerké, le sentiment dominant, c’est évidemment l’inquiétude. Le patriarche constate, et fustige, le flou, le vague, l’inaudibilité des échos que sa liste a suscités chez les politiques. En fait, les veto se sont mis à pleuvoir de part et d’autre. Tentant de mettre un peu d’ordre dans cette pagaille soudaine de conditions, Mgr Sfeir a posé la sienne propre. À savoir que les camps en présence devaient retenir deux des six noms qu’il a avancés. Pour que ces candidats entrent en compétition à la Chambre. Et qu’on en finisse. Mais quand ? Probablement le 23 (après-demain !), puisque que, comme les précédentes convocations, le rendez-vous de ce 21 a dû être reporté. Demain sera consacré aux ultimes tentatives de Kouchner, de Amr Moussa et des conciliateurs locaux, pour sauver l’échéance. Et peut-être, cette indépendance que l’on fête justement ce jour-ci. C’est ce que la majorité affirme vouloir. En déclarant soutenir l’initiative Kouchner autant que la liste de Bkerké. Et en soulignant la nécessité de voir le quorum démocratiquement assuré par l’ensemble des représentants de la nation. De cette nation, et non d’une petite sœur syrienne ou d’un grand frère iranien. Les loyalistes refusent qu’on ajoute ou qu’on soustraie des noms à la liste de Bkerké. Car elle perdrait son caractère primordial de boussole. Tout le monde voudrait s’y mettre, ou en voir d’autres sortir. Et le consensus autant que l’élection en deviendraient impossibles. Les loyalistes, sans attendre que Kouchner le confirme officiellement, accusent la Syrie d’avoir trahi les engagements pris devant les émissaires de Sarkozy. Pour ordonner à ses alliés de casser la baraque électorale. Relais Partant de là, c’est le Hezbollah, fer de lance du courant prosyrien, qui a pris la direction des opérations du côté de l’opposition. Retirant pratiquement le mandat délivré à Berry, il l’a prié de ne plus bouger. Ainsi, à Saad Hariri plutôt étonné, le président de la Chambre a indiqué, lors de leur rencontre de samedi, qu’il ne pouvait formuler aucun commentaire sur les suggestions entendues. Et qu’il devait en référer… Alors, le Hezbollah y va à fond de train, côté blocage des roues. Il exige maintenant l’impossible, un impossible que nul n’ignore. À savoir qu’il y ait unanimité des pôles chrétiens autour d’un président d’entente. En continuant à soutenir qu’il n’y a pas meilleur choix consensuel que le général Michel Aoun. Ce qui démontre en fait l’habileté tactique du Hezb. Dans la mesure où Damas oppose son veto à la candidature Aoun autant qu’à celles des représentants du 14 Mars, Boutros Harb et Nassib Lahoud. Conclusion logique : si le Hezb s’arme d’une carte brûlée, c’est pour mieux mettre le feu à la présidentielle. Avant et pour Annapolis. Exactement ce que veut Damas, selon les diplomates précités. Bien entendu, le Hezbollah ne manque pas de critiquer les initiatives de conciliation étrangères comme celle des Français ou même des Arabes. En appelant à la libanisation de l’échéance. Sans pour autant souscrire aux seuls mouvements libanais de règlement, la liste de Bkerké et la négociation Berry-Hariri. De son côté, le général Aoun rejette également la liste, la démarche française et le président d’entente. Il veut qu’un éventuel accord porte sur le programme et non sur la personne. Tout en présentant la sienne propre comme la mieux représentative, donc la mieux qualifiée. Pour ne pas dire la seule. Il a ainsi prié Michel Eddé, qui le relançait dans un effort d’apaisement, qu’il lui fallait, pour le revoir et lui reparler, revenir avec un oui des majoritaires à la candidature Aoun. C’est seulement après qu’il consentirait à discuter. Mais de quoi, on se le demande. Un député aouniste confirme de son côté que pour ce courant, l’initiative Kouchner et la liste de Bkerké sont mortes et enterrées. Emportées par le flot des veto. Il ajoute qu’il n’y a aucune raison que le général, si populaire et qui dirige le plus important bloc maronite, ne voie pas s’ouvrir devant lui les portes de Baabda. Ce parlementaire estime que la majorité doit traiter avec le général. Sinon pour avaliser sa candidature, du moins pour négocier le prix politique de son éventuel désistement. Il convient de signaler que, selon des sources fiables, Michel Murr a tenté de former avec Berry et nombre de blocs un front modéré, voire une troisième force entre 14 et 8 Mars. Mais, selon ces sources, on lui a vite fait comprendre, comme à Berry du reste, l’inutilité d’une telle aventure qui affaiblirait l’opposition. Et desservirait les desseins des torpilleurs. Philippe ABI-AKL
Où est donc le blocage ? Des diplomates accrédités à Beyrouth le situent à Damas. Ils subodorent que le régime syrien se propose de décrocher un admittatur US direct pour Annapolis. Lors de cette conférence, prévue à la fin du mois en cours aux États-Unis, il pourrait plus facilement amener les Américains à négocier avec lui. Sans plus user d’intermédiaires. Si, et c’est ce si qui explique la surcrise présente, grâce à ses alliés locaux il parvient à saboter la présidentielle libanaise. À lui faire dépasser en même temps les délais constitutionnels et la cote d’alarme. En se retrouvant à même, ensuite, de jouer les dénoueurs. Pour peu qu’on accepte de lui redonner sa petite place au soleil régional. Notamment au Liban, vu qu’il aurait prouvé que sans lui ce pays ne peut être que chaos. Et...