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Actualités - Opinion

À travers Nasrallah, le verbe haut de Damas Philippe ABI-AKL

Pour le 11 novembre, Hassan Nasrallah a commémoré à sa manière le premier martyr de la Résistance. Mais, aussi, le sacrifice, le même jour, des ministres chiites, qui ont rendu leur tablier, il y a un an. Par un feu d’artifice d’autant plus tonitruant qu’il éclate, comme un orage d’été, au milieu d’un ciel en train de s’éclaircir. À quelques petits jours de l’échéance présidentielle, le calendrier minutage est particulièrement bien choisi. Pour confirmer que le mot d’ordre est bien au torpillage. Le leader du Hezbollah a pris bien soin que l’on ne tente pas de diluer son message, d’y voir quelque part un peu de positif. Cela en poussant la chansonnette jusqu’à insulter grossièrement les indépendantistes. En les traitant de « criminels et de brigands ». Il a tiré à boulets rouges, et à bout portant, sur les échanges en vue d’un consensus. Il n’a donc épargné personne. Pas même ses propres partenaires, comme Nabih Berry ou comme Michel Aoun, qui s’efforcent de trouver une solution à la crise. Cela, répétons-le, alors que l’on voyait l’espoir grandir, à la faveur de la triple initiative conciliatrice intensive euro-franco-arabe. La boule de feu de Nasrallah est venue renverser ce jeu de quilles. En suscitant les plus fortes inquiétudes quant à la possibilité de voir l’échéance se tenir dans les délais et le pays éviter le vide institutionnel. Ou la partition politique qui découlerait d’une élection à la majorité absolue, la moitié plus un. En se déchaînant contre la 1559, Hassan Nasrallah s’aligne bien évidemment sur Damas, dont cette résolution est autant la bête noire que le tribunal international. D’ailleurs, au-delà de son rejet répétitif de désarmer son mouvement, il confirme que les autres n’ont pas le choix. Ou ils acceptent un président d’entente, entendre agréé par le régime syrien autant que par l’opposition. Ou ce serait l’option de législatives anticipées. Unilatérales au besoin. Avec un deuxième gouvernement qu’il invite assez clairement Lahoud à former, en le priant de prendre les mesures adéquates, afin de bloquer la route à l’équipe Siniora. Interrogations En tout cas, la vraie question qui se pose maintenant est de savoir si l’Iran est bien d’accord avec la Syrie, son allié face à l’axe dit américain, au sujet de la présidentielle. Damas, pressé de tous côtés, avait fini par promettre aux Français de composer au sujet de la présidentielle libanaise. Il se confirme aujourd’hui qu’il s’est défaussé du torpillage sur le secrétaire général du Hezbollah. Une pratique courante du régime syrien. En 2004, c’était le président Berry qui avait été chargé de saboter l’initiative Moratinos. Le ministre espagnol des Affaires étrangères proposait de faire reporter la promulgation de la 1559 si la Syrie de son côté ajournait sa décision de faire proroger le mandat de Lahoud. Il reste également à savoir comment la France, mais aussi Nabih Berry et Michel Aoun vont réagir au juste. Saad Hariri, de son côté, s’est tout de suite prononcé en assurant que les efforts d’entente se poursuivront jusqu’à la dernière minute. Mais est-ce que le chef du mouvement Amal et le leader du CPL vont continuer à dialoguer avec lui, après le brutal coup de frein de Nasrallah ? À vrai dire, on le sait d’autant moins que, ces derniers temps, la position de Berry a été bien ambiguë. Il avait commencé par proclamer qu’il s’engageait pleinement derrière Bkerké. Puis, apprenant que l’émissaire français Guéant avait remis au patriarche un projet de processus, le chef du mouvement Amal a exigé que toute liste que Bkerké établirait soit approuvée par l’ensemble des pôles chrétiens sans exception, avant d’être mise en discussion. En faisant mine d’ignorer que Mgr Sfeir ne souhaite pas entrer dans le jeu des noms. Et qu’au cas où un constat d’impasse dangereux l’y contraindrait, il voudrait quand même des garanties que sa liste ne soit pas jetée au panier, comme en 1988. Des assurances notamment de Berry lui-même, pivot de tout mécanisme électoral, comme des leaders chrétiens. Or jusqu’à présent, souligne le patriarche devant ses visiteurs, personne n’a répondu à son appel. Il reste que, pour nombre d’observateurs, le discours de Nasrallah, pour explosif qu’il soit, ne tient pas la route devant la détermination extérieure, notamment française, à faire aboutir positivement les choses dans les délais constitutionnels. Rendez-vous donc le 21.
Pour le 11 novembre, Hassan Nasrallah a commémoré à sa manière le premier martyr de la Résistance. Mais, aussi, le sacrifice, le même jour, des ministres chiites, qui ont rendu leur tablier, il y a un an. Par un feu d’artifice d’autant plus tonitruant qu’il éclate, comme un orage d’été, au milieu d’un ciel en train de s’éclaircir. À quelques petits jours de l’échéance présidentielle, le calendrier minutage est particulièrement bien choisi. Pour confirmer que le mot d’ordre est bien au torpillage. Le leader du Hezbollah a pris bien soin que l’on ne tente pas de diluer son message, d’y voir quelque part un peu de positif. Cela en poussant la chansonnette jusqu’à insulter grossièrement les indépendantistes. En les traitant de « criminels et de brigands ». Il a tiré à boulets rouges, et à bout...