Août 2009 : le prix du baril de pétrole a dépassé les 150 dollars et une usine d’enrichissement d’uranium a été localisée en Iran. Pour punir l’Occident d’avoir décidé des sanctions à leur encontre, Téhéran et Caracas ont réduit leurs exportations de brut de 700 000 barils. Tel est le scénario de politique-fiction auquel ont été soumis d’anciens hauts responsables américains la semaine dernière à Washington. Avec une question : les États-Unis sont-ils un colosse aux pieds d’argile ?
Dans la simulation organisée par le club de réflexion sur l’énergie « Securing America’s Future Energy » (SAFE) et le Policy Center, un groupe d’études réunissant des démocrates et des républicains, tout commence le 4 mai 2009 avec la perte sur le marché mondial d’un million de barils par jour après un attentat en Azerbaïdjan sur l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC) qui achemine le pétrole de la Caspienne aux marchés mondiaux. Cet attentat ravive les tensions dans la région et fait grimper le prix du pétrole à 115 dollars le baril.
À la table du Conseil de sécurité fictif, les avis divergent. Carol Browner, ancienne responsable de l’Agence pour la protection de l’environnement (EPA) qui joue le rôle de secrétaire à l’Énergie, suggère que le président ordonne de puiser dans les réserves stratégiques américaines afin de ne pas faire monter les prix à la pompe ou appelle les Américains à faire des économies d’énergie. Mais le « chef d’état-major des armées », joué par le général de réserve John Abizaid, ancien commandant des forces américaines en Irak, ne veut pas que l’on touche aux réserves stratégiques. L’Iran ou la Russie pourraient être impliqués dans l’incident de l’oléoduc et les réserves doivent être gardées pour les besoins militaires, dit-il. D’autres affirment que ni le public ni le Congrès ne sont prêts à accepter des mesures d’économies d’énergie contraignantes. Sans informations fiables sur les auteurs de l’attaque contre l’oléoduc, les « responsables » de la défense et du renseignement participant au Conseil avouent ne pas savoir exactement quoi faire, sinon être en alerte.
« Notre capacité d’envoyer des soldats dans cette zone est très limitée », l’armée ne s’étant pas encore remise de ses années en Irak et en Afghanistan, dit John Lehman, ancien secrétaire à la Marine, qui joue le rôle de secrétaire à la Défense. L’ancien secrétaire au Trésor Robert Rubin, « conseiller pour la sécurité nationale », ne peut que constater qu’il est quasiment impossible de remplacer la perte d’un million de barils par jour due à l’attentat en Azerbaïdjan. « Cela montre combien nous sommes faibles », dit-il.
Trois mois plus tard, la situation a empiré. Une usine d’enrichissement d’uranium a été repérée en Iran, confirmant l’ambition de Téhéran d’acquérir une arme nucléaire. La production pétrolière au Nigeria a chuté en raison d’attaques de rebelles. Au moment où le Conseil se réunit, Téhéran et Caracas ont annoncé une baisse de leur production, faisant bondir le prix du baril. Les conseillers estiment qu’il n’existe aucune mesure à court terme pour adoucir la crise en gestation. Ils reconnaissent que les sanctions contre l’Iran ont peu d’effets.
Au point de vue militaire, avec Israël menaçant de s’en prendre directement à l’Iran, le Pentagone plaide pour un déploiement américain dans la région. Mais, en autorisant la flotte du Pacifique à appareiller pour le Moyen-Orient, voilà la Chine prête à affirmer sa puissance dans cette zone et Taiwan soudain vulnérable. Lehman suggère de rétablir la conscription. « Notre mode de vie fait face à une menace mortelle », craint-il.
Et les hauts responsables de conclure avec effroi que, face à un tel scénario, ils se retrouveraient face à des choix impossibles et seraient de fait impuissants.
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Dans la simulation organisée par le club de réflexion sur l’énergie « Securing America’s Future Energy » (SAFE) et le Policy Center, un groupe d’études réunissant des démocrates et des républicains, tout commence le 4 mai 2009 avec la perte sur le marché mondial d’un million de barils par jour après un...