Rechercher
Rechercher

Actualités - Entretien

Entretien Un vétéran japonais hanté par les vivisections sur des prisonniers

Plus de 60 ans après, Akira Makino, vétéran de l’armée impériale japonaise, était encore hanté la nuit par les visages des prisonniers philippins qu’il anesthésiait avant de les livrer à des vivisections. Une image surtout revenait régulièrement dans ses cauchemars : celle d’un scalpel découpant un foie humain. Makino est le premier soldat japonais à avoir parlé de vivisections sur des prisonniers aux Philippines, s’attirant les foudres des milieux nationalistes. « C’était ni plus ni moins des expériences sur des corps vivants », a raconté Makino, assis en pyjama sur un banc dans un hôpital d’Osaka, lors de l’une de ses dernières interviews avant de mourir récemment à l’âge de 84 ans. « Mon capitaine, un chirurgien militaire, nous montrait souvent des intestins, un foie, pour nous entraîner. Il disait que s’il venait à mourir, il faudrait que l’on prenne le scalpel pour poursuivre les expériences à sa place. » En août 1944, soit un an avant la reddition du Japon, Makino, alors tout jeune médecin, est affecté sur l’île de Mindanao (sud des Philippines) dans une unité de gardes-côtes d’une vingtaine de soldats chargés de détecter les avions ennemis. Très vite, dans la panique ambiante qui prélude à la défaite, le groupe est coupé de son quartier général et ne reçoit plus ni ordre ni ravitaillement. Les soldats doivent affronter des groupes de guérilla composés de musulmans Moros, réputés très cruels. « Presque tous les prisonniers étaient des Moros. Nous étions supposés les garder vivants, mais on pouvait en fait en faire ce qu’on voulait », a-t-il raconté. Au moins 50 d’entre eux ont été tués, pour la plupart la tête tranchée d’un coup de sabre. D’autres ont été gardés comme cobayes pour son capitaine, qui voulait enseigner aux jeunes médecins comment pratiquer des opérations. « On les anesthésiait, généralement à l’aide d’une piqûre ou en leur faisant respirer de l’oxygène, et ils perdaient connaissance en quelques secondes. » Makino se souvenait en particulier avoir vu son officier ouvrir l’estomac d’un otage inconscient. « J’ai été tellement malade que je n’ai rien pu boire ni manger pendant plusieurs jours après ça. » Mais l’ex-soldat a reconnu qu’à la fin, il s’était habitué à ce qu’il faisait. « J’étais perdu. Je ne voulais pas le faire, mais je devais suivre les ordres de mon supérieur, sinon je risquais d’être battu. » Il n’a jamais pu se souvenir du nombre exact de prisonniers qui ont été utilisés pour des vivisections. Les otages creusaient des trous dans le sol et les soldats japonais y jetaient ensuite les cadavres le ventre encore ouvert. « Mon capitaine disait que recoudre les plaies ne ferait que gâcher du fil chirurgical. » Les confessions de Makino rappellent le souvenir sinistre de l’unité 731, basée en Mandchourie (nord-est de la Chine) et dirigée par le général Shiro Ishii, surnommé « le savant fou », qui expérimentait des armes biologiques sur des prisonniers chinois. « Nous, nous ne récoltions pas de données, ce n’était pas quelque chose d’organisé », a-t-il précisé. Pour Makino, il ne s’agissait pas d’atrocités systématiques, mais plutôt une manifestation du désespoir des soldats japonais pendant cette période troublée où l’Empire vacillait. Après la défaite, Makino avait fait plus de 10 fois le voyage vers les Philippines pour rapatrier les restes de ses camarades de combat, en n’oubliant pas d’apporter du riz, des crayons et des vêtements pour les habitants de Mindanao. « Ma quête de rédemption », a-t-il confié. L’ancien soldat n’a jamais rien dit à sa femme pendant toutes ces années. « Tant qu’elle a partagé ma vie, je ne voulais pas qu’elle l’apprenne. Elle aurait pensé que j’étais quelqu’un de cruel. » La disparition de son épouse il y a 3 ans avait libéré Makino de sa promesse.
Plus de 60 ans après, Akira Makino, vétéran de l’armée impériale japonaise, était encore hanté la nuit par les visages des prisonniers philippins qu’il anesthésiait avant de les livrer à des vivisections. Une image surtout revenait régulièrement dans ses cauchemars : celle d’un scalpel découpant un foie humain.
Makino est le premier soldat japonais à avoir parlé de vivisections sur des prisonniers aux Philippines, s’attirant les foudres des milieux nationalistes. « C’était ni plus ni moins des expériences sur des corps vivants », a raconté Makino, assis en pyjama sur un banc dans un hôpital d’Osaka, lors de l’une de ses dernières interviews avant de mourir récemment à l’âge de 84 ans. « Mon capitaine, un chirurgien militaire, nous montrait souvent des intestins, un foie, pour nous entraîner. Il...