Finalement, tout le monde attend tout le monde. Le comité quadripartite s’en remet aux leaders qui à leur tour comptent sur Bkerké. Qui, pour l’heure, veut voir d’abord un peu ce que donnent les échanges entre grands électeurs étrangers. Qui eux-mêmes, s’ils prônent le consensus, n’en soulignent pas moins que c’est aux Libanais de décider. Tandis que, dans ce cadre interne, l’axe de conciliation Berry-Hariri gèle sa mission dans l’attente des orientations du siège patriarcal maronite.
Là, les sources informées indiquent que Mgr Sfeir ne cache pas son inquiétude face au comportement léger de certains pôles maronites. Il leur impute la responsabilité du fiasco enregistré par le comité des quatre, qui n’est pas parvenu à établir une liste de présidentiables plausibles, entendre de consensus. Le patriarche promet de poursuivre ses efforts inlassablement jusqu’au bout, jusqu’au dernier quart d’heure, en faveur de l’entente. Tout en précisant que tout en répétant en substance que « la mission portant sur le choix d’un président revient aux députés appelés à voter à cet effet », et qu’il n’entend pas se substituer, dans ce cadre, à l’Assemblée nationale.
Durant le week-end, on le sait, le général Aoun a renversé la table, comme on dit familièrement. Transformant en crispation un climat qui était à la détente. Au nom d’une complotite qui lui fait voir dans les récents développements un épisode du plan visant, à l’en croire, à la liquidation des leaderships chrétiens. Devant les délégations lui rendant visite, il a affirmé que nul ne pourra le rayer de la carte. Conseillant aux autres de ne pas se mettre en quête d’un président à travers des comités ou par le biais de concertations bilatérales, tripartites ou quadripartites. Il a ajouté qu’il est nécessaire de traiter avec « les forces les plus fortes de la rue chrétienne ». De ne pas chercher à les marginaliser. Tout comme cela a été fait pour la rue sunnite ou la rue chiite.
Renvoi de balle
Aux attaques que le général reprend à l’encontre de leur camp, les loyalistes répondent en levant un sourcil étonné. « Il ferait bien mieux, disent-ils, de s’en prendre à ses bons amis qui l’ont lâché. Après tout, ce n’est pas de nous qu’il pouvait espérer un soutien. Visiblement, il se défoule sur nous d’une colère dont nous ne sommes pas la cause. Amal d’abord, mais aussi le Hezbollah ensuite, ont fait savoir qu’ils sont d’accord pour un président d’entente. Ou, à tout le moins, pour un modéré notoire. Ce qui exclut évidemment leur partenaire, le général, trop engagé dans une opposition radicale. »
De fait, les deux formations chiites n’ont jamais officialisé leur plein appui à la candidature Aoun. Se contentant de relever que le général est l’un des candidats les plus sérieux, le plus fort à leur avis sur la scène chrétienne. Pour justifier cette dérobade manifeste, les députés du Hezbollah affirment qu’il s’agit de ne pas brûler le général auprès des Occidentaux. Pour qu’il ne soit pas considéré comme le candidat d’une « organisation terroriste ». Selon Mohammad Raad, chef du bloc parlementaire du parti de Dieu, le général est parfaitement au courant de cette position, de cette sollicitude si spéciale. En même temps, Raad, qui se tenait sur le perron de Bkerké, annonçait que le Hezb appuie l’initiative du patriarche en faveur d’un président d’entente !
Parallèlement, d’autres députés du Hezb ont indiqué que le parti a élaboré toute une liste de plausibles qu’il rendra publique en temps dû. Bref, il existe sinon une certitude, du moins de fortes présomptions permettant de donner crédit aux loyalistes quand ils soutiennent que Aoun a été lâché par ses alliés.
Attachement aux constantes
Du côté de la majorité, les purs et durs tiennent absolument à un président issu des rangs du 14 Mars. Si entente il doit y avoir, elle doit uniquement porter, à leur avis, sur le choix entre Boutros Harb et Nassib Lahoud. Au cas où cette main tendue serait refusée, le 14 Mars, qui dispose de beaucoup de présidentiables acérés, entendre moins modérés, se rabattrait sur l’un d’eux. En tout cas, pour ce courant, il n’est pas du tout question d’admettre l’équation ni-ni, ni 14 ni 8 Mars. Pour dire vrai, quelques-uns admettraient le général Michel Sleimane, si Bkerké va dans ce sens. C’est ce qu’indique un cadre qui répète cependant que le 14 Mars veut un président fidèle à son propre programme indépendantiste. Un président respectueux des résolutions de l’ONU comme des décisions du comité national du dialogue ou des sept points.
On le voit donc, Bkerké, et dans sa foulée le tandem Berry-Hariri, peut se heurter à de fortes objections, à des refus, aussi bien à sa droite qu’à sa gauche. Pour le moment, il doit prendre connaissance du rapport final, du constat d’échec pour tout dire, du comité quadripartite, document qui lui sera remis aujourd’hui. Le patriarche n’est pas chaud, on le sait, pour se prêter au jeu des noms. Il a été trop déçu à ce sujet par le passé. Il relève en outre devant ses visiteurs que les protagonistes restent les mêmes, dans ce sens notamment que si les Syriens ont retiré leurs troupes, ils n’en gardent pas moins beaucoup d’influence sur la scène locale. Mgr Sfeir, répétons-le, n’a pas lieu pour le moment d’être satisfait. Il indique à ses visiteurs que « l’on nous a demandé d’agir. Mais quand nous avons lancé notre initiative, nous avons été confrontés à des objections. Chacun nous veut à ses côtés… ». Il n’empêche que, selon ses proches, Mgr Sfeir doit au bout du compte adopter une position décisive « car la patrie est plus grande que les personnes, l’intérêt national prenant le pas sur les intérêts des parties ».
Le patriarche veut assurer une présidentielle normale, avec quorum des deux tiers et sans élection à la moitié plus un.
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Là, les sources informées indiquent que Mgr Sfeir ne cache pas son inquiétude face au comportement léger de certains pôles maronites. Il leur impute la responsabilité du fiasco enregistré par le comité des quatre, qui n’est pas parvenu à établir une liste de présidentiables plausibles, entendre de consensus. Le...