«Sous les ordres ! » Sur le turf, c’est là l’appel consacré du starter aux partants. Et à leurs jockeys. Les décideurs du cru, 14 ou 8 Mars. Et les grands électeurs étrangers qui se pressent au portillon des écuries : la Curie, les USA, la France, l’Europe, la Ligue arabe, l’Arabie saoudite, l’Égypte, l’Iran même. Sans compter Damas dans son rôle traditionnel de trouble-fête, de seul non-parieur, ou qui parie sur une non-course.
Président de la Chambre et médiateur, ordonnateur de la course présidentielle, Berry lance son injonction aux coursiers pour le 12 novembre. Les deux premières fois, le 25 septembre et hier, 23 octobre, il n’a pas été entendu. Par contre, tous les indicateurs se mettent maintenant au vert. Et tout laisse espérer que dans trois semaines, le Liban aura enfin largué la sombre époque de la tutelle. Pour se voir doté d’un président de plein droit, comme dit la Constitution.
Accentuant subtilement les chances de solution, les protagonistes, par une sorte d’accord tacite, s’abstiennent de tout battage médiatique articulé sur le caractère fatidique de la date retenue. Car s’il y a élection le 12, c’est tout bon. Mais s’il n’y en a pas, c’est tout mauvais. Les camps en présence prennent soin de ne pas gloser, ergoter, pinailler sur cette équation inversée. Ils évitent ainsi de déclencher une nouvelle polémique empoisonnant un climat qui vient à peine d’aborder une phase de détente dont il faut profiter pour aller le plus vite en besogne pour pouvoir organiser le scrutin, de préférence, avant même le 12, comme d’ailleurs Berry le souhaite afin de s’épargner d’éventuelles mauvaises surprises. Chocs inattendus, imprévus, malheureusement toujours possibles dans cette région troublée du monde. Surtout en présence des deux doux voisins de notre pays.
L’ombre de Damas
Pour l’heure cependant, marchant contre le cours positif apparent de l’histoire, des voix opposantes autant que discordantes tentent de perturber les donnes. Par des attaques incendiaires contre des pôles majoritaires. Ou contre l’Arabie saoudite et les États-Unis. Puissance accusée d’exploiter la scène libanaise et d’y entretenir la crise, aux fins de pressions sur la Syrie.
Ces radicaux, prosyriens notoires, soutiennent dès lors que c’est tromper l’opinion que de lui faire croire que cela va mieux, qu’il y a détente, que l’entente est en bonne voie. Pour eux, ce n’est que de la poudre aux yeux. « Car, affirment-ils en substance, la majorité veut absolument parachuter l’un des siens. Elle refuse de discuter des noms dits consensuels. » Une assertion d’autant plus étonnante que la seule partie qui ne présente officiellement aucun candidat et qui évoque encore moins les postulants d’entente, c’est bien la frange prosyrienne de l’opposition.
Cette fraction joue en partie, pour justifier sa volonté de faire bande à part, sur les déclarations faites par Joumblatt à Washington. Propos nets, sans aucun doute, mais nuancés avec précision. En effet, le leader de la Rencontre démocratique, s’il y a affirmé la nécessité absolue d’un président vraiment libanais, donc souverainiste, ne manque pas de s’en remettre au choix final de la majorité. À l’ombre des préceptes de Bkerké. Il ajoute qu’il ne se mettrait pas en travers d’une entente potentielle. Se contentant de voter, avec les députés de son propre parti le PSP, contre un candidat qui ne serait pas du 14 Mars. Mais laissant la liberté de choix aux autres membres de son bloc parlementaire.
Entraves
Pour les contestataires en question, le violent réquisitoire de Joumblatt contre le régime syrien et contre le Hezbollah au sujet des attentats-assassinats n’a d’autre but que de torpiller les conciliations, dont celle de la troïka européenne. Encore un commentaire étonnant, estiment les loyalistes. Car ces détracteurs prosyriens de Joumblatt ont ouvertement manifesté leur refus de coopérer avec les diverses initiatives. Dont celle même de leur allié Berry que Nasrallah, dans son discours dit du référendum, a pratiquement désavoué.
Il y a donc de l’eau dans le gaz et beaucoup y voient un travail de sape syrien. Auquel fait écho le veto que le Hezbollah oppose à la notion même d’entente en soutenant, par la bouche de son numéro deux, cheikh Naïm Kassem, que les indépendantistes sont automatiquement disqualifiés. Même s’ils sont modérés, même s’ils s’appellent Nassib Lahoud et Boutros Harb. Mais alors qui est qualifié ? Le Hezb, enfonçant le clou du négativisme, refuse tout simplement de répondre. En affirmant que « son » candidat, il se le garde sous le coude, et sous le boisseau et ne veut rien en révéler. Pourquoi ? Va savoir.
À partir de là, de l’eau dans le gaz il y en a aussi beaucoup dans les rangs de l’opposition. En effet, le Hezbollah obstructionniste s’inscrit en faux contre un mouvement Amal qui positive à tout crin. En attendant cependant, comme l’avoue un député du groupe Berry, un mot d’ordre déterminé qui tarde à venir. Le Hezb se démarque en même temps du CPL, en s’abstenant de soutenir officiellement la candidature du général Aoun.
La compétition présidentielle se double donc d’une course contre la montre. Il faut qu’on sache avant le 12 si le torpillage damascène va l’emporter. Auquel cas, il ne resterait plus à la majorité qu’à se réunir, à la date butoir du 14, pour élire un président à la moitié plus un. Ce qui garantirait sans doute un président souverainiste, respectueux des résolutions internationales. Mais ce qui aurait peut-être aussi pour effet de provoquer une partition politique du pays.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats «Sous les ordres ! » Sur le turf, c’est là l’appel consacré du starter aux partants. Et à leurs jockeys. Les décideurs du cru, 14 ou 8 Mars. Et les grands électeurs étrangers qui se pressent au portillon des écuries : la Curie, les USA, la France, l’Europe, la Ligue arabe, l’Arabie saoudite, l’Égypte, l’Iran même. Sans compter Damas dans son rôle traditionnel de trouble-fête, de seul non-parieur, ou qui parie sur une non-course.
Président de la Chambre et médiateur, ordonnateur de la course présidentielle, Berry lance son injonction aux coursiers pour le 12 novembre. Les deux premières fois, le 25 septembre et hier, 23 octobre, il n’a pas été entendu. Par contre, tous les indicateurs se mettent maintenant au vert. Et tout laisse espérer que dans trois semaines, le Liban aura enfin largué la sombre...