Avec un baril à 90 dollars, les pays pétroliers retrouvent un pouvoir d’achat qu’ils ne connaissaient plus depuis la fin des années 70 et les grands « chocs pétroliers » qui avaient mis les économies occidentales à genoux.
Le baril a pour la première fois dépassé les 90 dollars jeudi soir à New York, après avoir augmenté de 50 % en un an et triplé depuis 2003, en raison d’une demande toujours plus forte et des tensions géopolitiques dans les régions pétrolières.
Hors inflation et convertis en dollars actuels, les prix sont comparables à ceux de 1980-81, années du deuxième choc pétrolier provoqué par la révolution iranienne et la guerre Iran-Irak.
En 1980, le cours moyen du baril correspondait à 100 dollars d’aujourd’hui, estime Ben Tscocanos, analyste chez Standard and Poor’s. Les cours étaient « presque identiques à ceux d’aujourd’hui », a renchéri James Williams, analyste de WTRG Energy. Selon le département américain à l’Énergie, le pétrole dépasse le pic d’il y a un quart de siècle en allant « au-dessus des 90 dollars ».
Les analystes soulignent cependant l’impossibilité de convertir précisément en prix d’aujourd’hui le baril de l’époque qui n’était pas coté et que les transactions portaient sur un brut de qualité différente.
Les pays producteurs retrouvent donc une puissance financière analogue aux années 1980. « Les pays producteurs vont beaucoup bénéficier de cette hausse des prix, notamment ceux pour qui l’énergie constitue une bonne partie du produit intérieur brut (PIB) », souligne M. Tscocanos.
« Ils sont peut-être redevenus aussi riches qu’ils l’étaient à l’époque, mais per capita, ce n’est certainement pas le cas car ils ont connu de très fortes croissances de leur population », a nuancé James Williams.
L’envolée des cours du brut a ainsi rempli les coffres des monarchies pétrolières du Golfe (Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Koweït, Oman et Qatar), qui multiplient les projets immobiliers colossaux, les rachats d’entreprises et de grandes places boursières occidentales.
Elles rivalisent d’ambition pour devenir des centres touristiques mondiaux et dépensent des dizaines de milliards pour de nouveaux aéroports pharaoniques.
Au-delà du tourisme, les plus riches veulent être des acteurs économiques mondiaux, et se sont récemment lancés dans le rachat de Bourses occidentales.
Le Qatar, l’un des plus riches pays du monde avec un revenu de 63 000 dollars par habitant, vient de racheter 24 % de la Bourse de Londres (LSE) et près de 10 % de la Bourse nordique OMX. Il a aussi mis sur la table 21 milliards pour racheter la chaîne britannique de supermarchés Sainsbury.
Son rival Dubaï, ancien État pétrolier qui dépend maintenant du tourisme, a racheté 28 % du LSE et s’est allié avec la Bourse américaine Nasdaq pour racheter 47 % d’OMX.
La manne pétrolière a aussi permis de redresser les finances de pays comme le Venezuela, la Russie, qui a pu rembourser sa dette, ou encore de l’Algérie, dont les réserves en devises ont gonflé à 90 milliards de dollars fin juin, de quoi financer plus de 3 ans d’importations du pays. Au Venezuela, la hausse du pétrole va rapporter 10 milliards de dollars supplémentaires par an, selon Richard Francis, de Standard and Poor’s.
Revers de la médaille, la hausse des cours reflète en partie une crainte de fond : l’assèchement à terme du pétrole mondial. Le Qatar veut ainsi ramener à 20 ou 25 % dès 2015 la part du gaz et du pétrole dans ses revenus.
Même si cela l’enrichit, l’OPEP n’a pas intérêt à une trop forte hausse des cours, qui rend plus avantageuses les énergies alternatives. L’Organisation a encore exprimé cette semaine son « inquiétude », mais refusé d’ouvrir le robinet, jugeant le marché « très bien approvisionné ».
Elle veut aussi compenser la chute du dollar, la monnaie d’échange pour le pétrole. Le dollar a encore baissé de 10 % début 2007, ce qui rogne le pouvoir d’achat renouvelé des États pétroliers.
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Le baril a pour la première fois dépassé les 90 dollars jeudi soir à New York, après avoir augmenté de 50 % en un an et triplé depuis 2003, en raison d’une demande toujours plus forte et des tensions géopolitiques dans les régions pétrolières.
Hors inflation et convertis en dollars actuels, les prix sont comparables à ceux de 1980-81, années du deuxième choc pétrolier provoqué par la révolution iranienne et la guerre Iran-Irak.
En 1980, le cours moyen du baril correspondait à 100 dollars d’aujourd’hui, estime Ben Tscocanos, analyste chez Standard and Poor’s. Les cours étaient...