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Actualités - Opinion

PERSPECTIVE Les députés chrétiens de l’opposition face aux assassinats politiques Michel TOUMA

«On reconnaît l’arbre à ses fruits. » De ce dicton populaire peu usité, Le Petit Larousse donne une interprétation qui sied parfaitement à cette phase post-indépendance 2005 que traverse le pays : « C’est à ses actes qu’on reconnaît la valeur d’un homme »… Depuis bientôt trois ans, depuis le « premier avertissement » qui a donné le coup d’envoi de la contre-offensive syrienne au Liban, le 1er octobre 2004 – en réaction au Syria Accountability and Lebanese Sovereignty Act et à l’adoption de la résolution 1559 –, les assassinats politiques et les attentats visant, tous, des personnalités (et des régions) hostiles à la mainmise de Damas se succèdent à un rythme qui reflète bien l’inqualifiable cynisme et la sanguinaire cruauté des assassins. Douze assassinats et tentatives de meurtre en moins de trois ans. Et à chacune de ces douze étapes du chemin de Croix que ne cesse de subir le pays du Cèdre, les pôles et députés de l’opposition se sont contentés, à partir de leur confortable tour d’ivoire, de condamner et de commenter, froidement, les actes terroristes. Ils persistent à se suffire, dans une inqualifiable passivité, à regarder passer le train criminel, dans l’attente du prochain arrêt. Que l’on adopte des positions timorées face à certains développements politiques, cela relève du domaine de l’acceptable lorsque l’on se livre, en des temps ordinaires, à un jeu politicien traditionnel. Mais ce qui se passe au Liban depuis la fin de l’année 2004 revêt une tout autre dimension. Une dimension hautement nationale et historique. Il n’est peut-être pas superflu de le rappeler encore une fois : avec le Syria Accountability Act et la 1559, la communauté internationale retirait pratiquement le blanc-seing qui avait été accordé à la Syrie au Liban. Cette décision stratégique était prise sous l’impulsion des États-Unis et de la France, avec la bénédiction de l’ONU et de l’Union européenne. Les Libanais se devaient de saisir la balle au vol. Ce que ne devaient pas tarder à faire les composantes sunnite et druze du tissu social libanais qui s’alignaient progressivement, et jusqu’à l’apogée du 14 mars 2005, sur le projet souverainiste chrétien, reflété ces dernières années, notamment, par le premier appel de Bkerké, en septembre 2000, et par le Rassemblement de Kornet Chehwane. Ce développement fondateur traduisait l’amorce d’une longue maturation d’une identité libaniste pluricommunautaire. Que le Hezbollah tente de s’opposer à cette marche historique, cela est dans la logique des choses, eu égard à sa feuille de route spécifiquement régionale et à son projet politique par essence supranational. Que Nabih Berry s’abstienne lui aussi de s’associer à cette évolution, cela peut s’expliquer par la marge de manœuvre très réduite dont il peut bénéficier du fait des étouffantes ramifications tentaculaires du parti pro-iranien. Ce qui est par contre impardonnable – et on ne le répétera jamais suffisamment – c’est que ceux qui étaient censés être parmi les purs et durs du courant souverainiste en soient réduits à contribuer, objectivement (dans la pratique, dans les faits et sur le terrain), aux tentatives de torpillage du processus de l’intifada de l’indépendance. Une telle posture politique, à un moment où le pays a atteint un véritable point d’inflexion, est d’autant plus déplorable qu’elle a été motivée à la base (du moins en apparence…) par des considérations essentiellement politiciennes puisant leur source dans le classique partage du gâteau lors de la formation du cabinet Siniora, en 2005. En changeant ainsi de camp, en se positionnant derrière la même barricade que les alliés les plus indéfectibles de la Syrie, les députés chrétiens du bloc aouniste assument devant l’histoire la lourde responsabilité de faire le jeu de ceux qui n’épargnent aucun moyen, même le plus violent et le plus meurtrier, pour remettre en cause les acquis de la révolution du Cèdre. Et c’est cette collusion tacite avec les adversaires d’un État souverain, libre de ses décisions, qui est en tout point injustifiable, quels que soient les prétextes invoqués. En politique, « c’est à ses actes », c’est sur le résultat de son action, et non pas sur ses intentions, « qu’on reconnaît (et juge) la valeur » d’un responsable… La série noire des assassinats politiques, notamment depuis l’attentat contre Gebran Tuéni et jusqu’au meurtre du député Kataëb Antoine Ghanem, a aggravé encore plus le cas de ces (ex ?) souverainistes récupérés par l’axe syro-iranien. En sus de leur inexplicable déviationnisme, ils en viennent en effet à banaliser, pratiquement, l’assassinat politique en assistant passifs à l’élimination, l’un après l’autre, de leurs anciens compagnons de lutte. Comment dans un tel contexte peuvent-ils encore se contenter de simples déclarations lénifiantes face aux meurtres successifs de leurs collègues avec lesquels ils menaient un même combat ? Combien de liquidations physiques leur faut-il encore pour enfin prendre conscience que l’éthique et la solidarité nationale les plus élémentaires leur imposent non pas de déplorer mais de réagir ? Là aussi, « c’est à ses actes (et non pas par les belles paroles) qu’on reconnaît la valeur » d’un responsable politique. Comment, pratiquement, les députés du bloc aouniste pourraient-ils réagir ? D’abord en cessant d’assurer une couverture, et un appui, à l’entreprise de sape enclenchée par l’axe syro-iranien pour ébranler l’édifice mis en place dans le sillage du Printemps de Beyrouth. Et à cet égard, le communiqué publié par le Bloc du changement et de la réforme au lendemain de l’explosion de Sin el-Fil constitue une déplorable maladresse politique : en soulignant qu’il fallait s’abstenir d’anticiper sur l’enquête en lançant des accusations publiques, le bloc a fait un cadeau gratuit (et en tout point déplacé) aux assassins en donnant l’impression qu’il se fait leur avocat fidèle. Les députés du bloc aouniste peuvent aussi réagir en se conformant au huitième appel de Bkerké, en s’abstenant de torpiller l’élection présidentielle, en acceptant l’idée que le général Michel Aoun s’est lui-même exclu de la course à la présidence en traitant, quotidiennement, de tous les noms (animaliers et autres) les députés qui sont censés voter pour lui, et en menant de surcroît campagne contre les pays et les instances internationales qui soutiennent le projet souverainiste au Liban. Le CPL réclame depuis plusieurs mois que soit reconnu son droit à participer au pouvoir. Cela est plus que légitime et normal. Il devrait avoir l’occasion de s’imposer comme partenaire de la majorité actuelle à la faveur de la formation du nouveau gouvernement qui sera obligatoirement mis en place après l’élection du nouveau chef de l’État. Mais dans l’immédiat, le CPL a le devoir moral et national de faire parvenir un message clair et fort aux assassins en leur signifiant que si leur but actuel est de torpiller le scrutin présidentiel, il refusera alors de contribuer à une telle entreprise et qu’au contraire il facilitera l’élection d’un président, de manière à rendre inopérants et vains les assassinats politiques dans le contexte présent. L’élection présidentielle offre l’opportunité au bloc aouniste de prendre un nouveau départ. Ayant raté le coche au niveau de la magistrature suprême, il peut encore faire son entrée par la grande porte au gouvernement et contribuer ainsi non plus à saper les acquis de la révolution du Cèdre, mais au contraire à les consolider. Il aura alors prouvé par les actes, et non en paroles, qu’il a réagi concrètement pour tenter de contrer la série noire dans laquelle le pays est entraîné depuis près de trois ans.
«On reconnaît l’arbre à ses fruits. » De ce dicton populaire peu usité, Le Petit Larousse donne une interprétation qui sied parfaitement à cette phase post-indépendance 2005 que traverse le pays : « C’est à ses actes qu’on reconnaît la valeur d’un homme »…
Depuis bientôt trois ans, depuis le « premier avertissement » qui a donné le coup d’envoi de la contre-offensive syrienne au Liban, le 1er octobre 2004 – en réaction au Syria Accountability and Lebanese Sovereignty Act et à l’adoption de la résolution 1559 –, les assassinats politiques et les attentats visant, tous, des personnalités (et des régions) hostiles à la mainmise de Damas se succèdent à un rythme qui reflète bien l’inqualifiable cynisme et la sanguinaire cruauté des assassins. Douze assassinats et tentatives de meurtre en...