L’évolution d’un pays peut être assimilée à celle de l’être humain. En effet, l’explication énigmatique du sphinx dans le mythe d’Œdipe : « Qui marche à quatre pattes le matin, à deux à midi et à trois le soir » peut y être appliquée.
Pendant la période de l’enfance, un pays commence à se développer : il acquiert la langue, la développe, commence à gagner en autonomie et à décider tout en étant dépendant d’une autorité. À cette période, on écoute, on observe, on apprend en reproduisant les attitudes de nos aïeux, et, surtout, on établit des repères qui serviront de base pour la suite.
À L’adolescence, on fait sa révolution. Durant cette période de l’entre-deux, on est rebelle, on conteste l’autorité. On refuse tout ce qui a été précédemment établi, tout ce qui est archaïque. On pense pouvoir voler de ses propres ailes, en refusant même les repères qu’on avait établis. Mais le pays n’est pas prêt. Parce que si, sur le plan interne, les choses avaient été fixées, il n’en est pas de même pour les affaires étrangères. À cet âge-là, on est encore naïf, faute d’expérience et de fréquentations protégées et exclusives qui n’ont inclus que de bonnes intentions. On se frotte à de mauvais esprits, et ce qui avait commencé par une main tendue se transforme en guerre civile avant de se poursuivre en servitude, quand on vend notre liberté pour un droit de vivre qui devrait nous revenir de droit… Et là, les prisonniers que nous sommes en perdent le goût de vivre (Montesquieu, Essai sur le goût).
Après coup, on réalise que l’on n’était pas près de larguer les amarres, parce que, figurez-vous, on n’a pas laissé le temps faire son œuvre de construction de l’unité nationale, et notre impatience a eu raison de nos espoirs, nous amenant à ignorer la fragilité de notre condition un peu lourde, mais si riche dans sa diversité.
Vient alors l’âge adulte où nous avons mûri et retenu les leçons des expériences passées. Nous avons compris que la cohésion totale entre toutes les composantes de la société est une condition immuable et nécessaire pour une véritable indépendance. Nous revenons aussi aux bases, aux repères, comme la Constitution, laquelle se porte garante des droits et devoirs de tous, ainsi que de ces principes de base qui sont la liberté, l’indépendance et la souveraineté qui figurent dans son préambule.
Durant des années, cette Constitution a fait figure de parent pauvre ; faute de l’utiliser, nous en sommes venus à l’oublier. Durant des années, l’élection d’un chef d’État nous a été imposée. Ce qui fait que nous avons oublié l’importance, l’enjeu et le rôle du pouvoir présidentiel. Il serait bon, à l’aube de la première véritable présidentielle depuis une bonne décennie, de rafraîchir les mémoires… Voici ce que dit l’article 49 de la Loi fondamentale : « Le président de la République est symbole de l’unité nationale ; ce n’est pas un pôle. Il veille à l’application de la Constitution, à l’indépendance, à l’unité, et à la paix en tant que juste arbitre. »
Indépendance, liberté et souveraineté : trois idées, trois concepts qui vont de pair une fois la liberté acquise. Quant à cette dernière, elle va au-delà du concept pour se plonger dans l’être.
La liberté n’est pas conditionnelle, elle n’est jamais complète et varie même d’une personne à l’autre. On demeure pour beaucoup fidèle à l’éducation que l’on a reçue, aux normes, aux valeurs morales et éthiques, aux expériences. Mais on peut devenir libre une fois qu’on les adopte et qu’on les accepte, consciemment et raisonnablement en tant que parties intégrantes de nous-mêmes.
La liberté peut être délimitée par la loi de la concurrence exprimée par la maxime populaire : « La liberté des uns s’arrête là ou commence celle des autres » (inspirée par le Contrat social de Hobbes). Elle se retrouve aussi dans les mots de Rousseau : « L’obéissance à la loi qu’on s’est prescrit est liberté. » Parce que ce n’est que dans ce cas qu’elle est garante de justice ; laquelle est « le respect spontanément éprouvé et réciproquement garanti de la dignité humaine en quelque personne et dans quelque circonstance qu’elle de trouve compromise et à quelque risque que nous expose sa défense» (Proudhon).
Saurons-nous choisir un président qui soit à la hauteur ? Et quelles caractéristiques devrait-il avoir ? En 63 avant J-C, Cicéron s’est penché sur ce thème. Sa conclusion ? « Pour les uns, le souverain bien, c’est le plaisir, pour d’autres, c’est l’honnêteté ou la vertu, pour d’autres enfin, c’est le mélange ou la réunion du plaisir et de la vertu. »
Nous avons besoin d’un président doté d’une grande élévation morale. Nous avons besoin d’un président dont le combat journalier serait au service de l’amélioration de la vie de tous les citoyens sans exception ; qui pourrait être comme le père d’une famille, comme le cerveau dans un corps où chaque citoyen serait une cellule, dans lequel tous les organes coexisteraient harmonieusement et s’entraideraient quand la nécessité se présente. Un président de la République devrait être désintéressé, responsable, équitable, et prêt à tout pour assurer le meilleur à ses protégés. Il serait à la fois médecin, avocat et professeur. « Il respectera toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. Il interviendra pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité. Même sous la contrainte, il ne désobéira pas aux lois de l’humanité… Il ne trompera jamais les confiances et n’exploitera pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences… Il ne se laissera pas influencer par la soif du gain, ou la recherche de la gloire… » (Serment d’Hippocrate prononcé par les médecins, jurant fidélité aux lois d’honneur de justice et de morale).
Saurons-nous choisir un président qui protégerait notre liberté et garantirait notre bien-être ? Serons-nous à la hauteur d’une telle responsabilité ? Il faut l’espérer, parce que « quand il y a une crise dans un pays, c’est qu’il y a une pénurie d’hommes », disait déjà le regretté Khatchig Babikian, qui fut longtemps député et ministre. Il est grand temps de trouver cet homme pour en finir avec la crise.
Nour NAJEM
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Pendant la période de l’enfance, un pays commence à se développer : il acquiert la langue, la développe, commence à gagner en autonomie et à décider tout en étant dépendant d’une autorité. À cette période, on écoute, on observe, on apprend en reproduisant les attitudes de nos aïeux, et, surtout, on établit des repères qui serviront de base pour la suite.
À L’adolescence, on fait sa révolution. Durant cette période de l’entre-deux, on est rebelle, on conteste l’autorité. On refuse tout ce qui a été précédemment établi, tout ce qui est archaïque....