Rechercher
Rechercher

Actualités - Analyse

ÉCLAIRAGE Bombarder la république islamique, une dernière extrémité aux conséquences imprévisibles

Bombarder l’Iran, comme ne l’excluent pas les États-Unis et Israël, réussirait sans doute à retarder le programme nucléaire iranien mais déclencherait un cycle de représailles et de contre-représailles périlleux pour le Moyen-Orient et le reste du monde. Dans une étude publiée en mars par l’Oxford Research Center (Centre de recherche d’Oxford), le chercheur britannique Frank Barnaby plaidait contre une intervention militaire, insistant sur le fait qu’au rythme actuel l’Iran ne se doterait de la bombe que vers 2012. À l’inverse du but recherché, disait-il, des bombardements seraient probablement peu efficaces et pousseraient Téhéran à se doter dans les deux ans de la bombe atomique, ce « dans un contexte d’hostilité qui se serait accru de manière incalculable ». Mais divers spécialistes, à commencer par ceux du MIT, le célèbre institut de technologie du Massachusetts, estiment que des raids aériens permettraient de porter un coup d’arrêt assez long aux recherches iraniennes. Sur Natanz, par exemple, dont les installations sont enfouies à huit mètres de profondeur, il suffirait, selon une étude du MIT en mai dernier, de larguer deux bombes à guidage laser de 907 kg et 24 bombes à pénétration. Joseph Henrotin, rédacteur en chef adjoint de la revue française Défense et sécurité internationale, indique que, selon une simulation faite par des militaires, « une frappe aérienne devrait viser 200 objectifs-bases aériennes, ports, sites de DCA et missiles sol-air, en plus des laboratoires comme Natanz, la centrale de Bouchehr, l’usine d’eau lourde d’Arak et d’autres centres de recherche atomique ». « C’est à la portée des Américains, qui, outre leur aviation, disposent de missiles de croisière et de bombardiers furtifs, et même des Israéliens, avec des F15-I et F16-I dotés de réservoirs supplémentaires, estime-t-il. Le résultat des dégâts matériels et humains infligés aux Iraniens serait de retarder de 10 ans leur programme nucléaire militaire. » « Mais cela aurait des conséquences en cascade assez difficilement contrôlables, de part et d’autre », prévient-il. Les Iraniens pourraient premièrement tenter de bloquer le détroit d’Ormuz, c’est-à-dire l’entrée du golfe Persique emprunté par les pétroliers, qualifiée un jour de « veine jugulaire de l’Occident » par le chah d’Iran. Ce qui impliquerait, à titre préventif, de « neutraliser » les trois sous-marins iraniens de fabrication russe, de classe Kilo, et de bombarder la base navale iranienne de Bandar Abbas. Téhéran pourrait ensuite pousser à une insurrection généralisée en Irak contre les troupes américaines, obligeant Washington à envoyer des renforts alors même qu’ils veulent réduire leur contingent. Autres représailles iraniennes possibles : essayer d’impliquer Israël dans le conflit, même si les avions israéliens n’ont pas participé aux bombardements, comme l’avait tenté Saddam Hussein en son temps avec ses Scud améliorés. « Le risque le plus terrifiant serait alors qu’Israël réponde automatiquement par un bombardement nucléaire à toute attaque iranienne à l’arme chimique », estime M. Henrotin. Enfin, « Téhéran, avec l’aide de la Syrie, pourrait mettre le Moyen-Orient en ébullition. Tout cela au beau milieu de la principale zone de production pétrolière au monde ». Si les résultats d’une frappe militaire sont aussi aléatoires et risqués, pourquoi, comme la France vient de le faire, en évoquer l’hypothèse ? Selon Cédric Poitevin, du Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité de Bruxelles, Paris a voulu ainsi pousser à l’adoption par l’UE de nouvelles sanctions contre l’Iran, avec ou sans l’aval de l’ONU. Quant aux Américains, si leurs militaires ont sans doute déjà planifié une telle intervention, c’est aussi par peur de voir les Israéliens intervenir unilatéralement, déclenchant un scénario encore plus incontrôlable.
Bombarder l’Iran, comme ne l’excluent pas les États-Unis et Israël, réussirait sans doute à retarder le programme nucléaire iranien mais déclencherait un cycle de représailles et de contre-représailles périlleux pour le Moyen-Orient et le reste du monde.
Dans une étude publiée en mars par l’Oxford Research Center (Centre de recherche d’Oxford), le chercheur britannique Frank Barnaby plaidait contre une intervention militaire, insistant sur le fait qu’au rythme actuel l’Iran ne se doterait de la bombe que vers 2012. À l’inverse du but recherché, disait-il, des bombardements seraient probablement peu efficaces et pousseraient Téhéran à se doter dans les deux ans de la bombe atomique, ce « dans un contexte d’hostilité qui se serait accru de manière incalculable ».
Mais divers spécialistes, à commencer...