«Cette histoire est comme un puzzle auquel il manque des pièces. » La vie reprend peu à peu son cours autour du camp de Nahr el-Bared, mais un seul épilogue apaiserait les craintes des habitants des environs : la capture du chef de Fateh el-Islam, explique Sélim Saheb Ettaba, dans un reportage de l’AFP.
Des Libanais commencent à regagner leurs maisons et à rouvrir leurs boutiques aux abords du camp de réfugiés palestiniens, tombé le 2 septembre aux mains de l’armée après trois mois de féroces combats avec les islamistes.
« C’est comme un puzzle mal assemblé », s’étonne Roula Fatfat, une jeune femme voilée de 23 ans, rentrée avec sa famille le premier jour du ramadan, le 13 septembre, dans le village de Aabde qui jouxte le camp au nord-est. « Ces gens-là sont venus on ne sait pas comment, ils sont partis on ne sait pas comment », déplore-t-elle. « Ce n’est pas la fin que nous souhaitions, nous voulons qu’ils soient arrêtés. » « On n’a pas envie que les Palestiniens reviennent », lance-t-elle encore.
La population libanaise reproche aux réfugiés de Nahr el-Bared, chassés du camp par les combats, d’avoir permis à Fateh el-Islam de s’y infiltrer. Sans compter qu’un nombre indéterminé d’islamistes sont passés entre les mailles du filet lors de l’assaut.
Le porte-parole de Fateh el-Islam, Abou Salim Taha, a d’ailleurs été rattrapé le 15 septembre dans les hauteurs du Jabal Terbol en compagnie d’un Syrien, d’un Tunisien et d’un Saoudien. Sa cavale s’est achevée près de citernes à eau, au flanc de collines pelées surplombant le camp de Beddaoui, où se sont réfugiés la plupart des 31 000 Palestiniens de Nahr el-Bared.
« En descendant vers Beddaoui, ils sont passés près de ce barrage de l’armée », derrière une butte, indique Khaled, un chauffeur-livreur du village d’el-Faouar, au pied du Jabal Terbol, qui, comme presque tous les habitants des alentours, préfère ne pas révéler son identité complète, par crainte de représailles. « Un soldat a crié. Ils lui ont répondu qu’ils étaient agriculteurs et ont sauté de l’autre côté de la colline. Le soldat a donné l’alerte. Des militaires sont arrivés d’une autre position et les ont arrêtés », raconte le jeune homme, qui tient ce récit d’un ami officier. « Il y avait des indices de leur présence », affirme-t-il. « Quand ils ont fui Nahr el-Bared, certains sont partis vers le massif du Akkar, à l’est, d’autres vers Minié, au sud-ouest. Par ici, l’armée libanaise a retrouvé des lames de rasoir usagées, ils se sont rasé la barbe. » « Ils voulaient changer leur apparence pour passer inaperçus. Après trois mois de combats, ils devaient avoir les cheveux et la barbe très longs, ils auraient été immédiatement reconnaissables », explique-t-il encore.
Sur les photos diffusées après sa capture, Abou Salim Taha apparaît avec les cheveux mi-longs et une simple barbiche.
« Chaker Absi n’a toujours pas été pris. Les gens redoutent qu’il ne recommence à partir d’un autre camp », remarque Khaled. « Ils ont beaucoup de ramifications chez les autres groupes islamistes », ajoute-t-il. « Après cette bataille de Nahr el-Bared, j’ai pensé que tous les camps avaient vu ce qui s’est passé et que cela leur servirait de leçon. Mais tant que Chaker Absi est libre, il y a un danger », estime-t-il.
D’autres tentent de masquer leur inquiétude par des fanfaronnades. « Il peut toujours se passer quelque chose dans les camps de réfugiés », assure Ibrahim, un jeune maçon de Deir Ammar, un peu plus au nord. « Nous avons l’habitude. Pendant les affrontements, Fateh el-Islam tirait des katiouchas sur notre village », se souvient-il.
« Si j’attrape Chaker Absi, plaisante son camarade Mohammad, je le mange pour l’iftar. »
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Des Libanais commencent à regagner leurs maisons et à rouvrir leurs boutiques aux abords du camp de réfugiés palestiniens, tombé le 2 septembre aux mains de l’armée après trois mois de féroces combats avec les islamistes.
« C’est comme un puzzle mal assemblé », s’étonne Roula Fatfat, une jeune femme voilée de 23 ans, rentrée avec sa famille le premier jour du ramadan, le 13 septembre, dans le village de Aabde qui jouxte le camp au nord-est. « Ces gens-là sont venus on ne sait pas comment, ils sont partis on...