«Hijra, hijra », l’exil : ce mot, raconte Sélim Saheb Ettaba de l’AFP, revient sur toutes les lèvres parmi les réfugiés palestiniens évacués du camp de Nahr el-Bared, qui rêvent de repartir de zéro, loin du Liban où ils vivent depuis près de 60 ans.
Entassés par milliers dans le camp de Beddaoui, la plupart des 31 000 habitants de Nahr el-Bared, situé à une dizaine de kilomètres, veulent rapidement retourner dans leur camp, théâtre durant 105 jours de combats entre l’armée libanaise et les islamistes de Fateh el-Islam, avant la victoire des militaires il y a une semaine.
Mais inquiets pour leur sort immédiat, ils désespèrent aussi de leur avenir au Liban. « Nous avons perdu la terre de Palestine il y a 60 ans ; tout ce que nous avions, c’était le camp », soupire Ahmad Hassan. « Nous n’avons pas de conflit avec l’armée, ni avec le peuple libanais », ajoute cet homme de 40 ans au visage marqué, dont les cultures agricoles s’étendaient à la lisière de Nahr el-Bared. Néanmoins, la consigne de l’armée libanaise de ne pas retourner immédiatement au camp passe mal. « Ils ne nous laissent même pas approcher des alentours », déplore Mohammad Abderrahmane, 27 ans, ouvrier dans une fabrique de dalles. « Il reste pourtant des maisons habitables », avance-t-il.
L’armée s’est emparée de Nahr el-Bared le 2 septembre, mais a demandé aux réfugiés de patienter, le temps de nettoyer les ruines truffées d’explosifs et de débusquer les survivants de Fateh el-Islam. Selon le jeune ouvrier, il y a bien, au Liban, une « crainte de l’implantation » des Palestiniens. « L’armée a provoqué des destructions massives comme les Israéliens et les nazis », accuse-t-il. « Ils ont anéanti tout ce que nous avions accumulé depuis 60 ans », s’étrangle Bahaa Hajj, un commerçant de 45 ans, qui a « perdu 20 épiceries dans le camp », où régnait une relative prospérité. « Regardez autour de vous, nous sommes une dizaine, nous voulons tous émigrer », explique-t-il, prenant à témoin les membres de l’assistance, qui hochent la tête en signe d’approbation. « Mais c’est impossible » à cause des visas, précise-t-il.
Une délégation palestinienne, conduite par le représentant de l’OLP au Liban-Nord, s’est rendue samedi à Bebnine, le village qui a perdu le plus grand nombre de soldats parmi les 163 décédés, afin de « prévenir les dissensions et toute atteinte aux relations libano-palestiniennes ». « Nous sommes partis sans même emporter un souvenir ou une photo de notre vie à Nahr el-Bared », lance Fathiya Rachid Taha, 35 ans, hébergée à Beddaoui dans une école de l’Unrwa. « Mon frère est au Danemark depuis 12 ans, il a la nationalité », raconte, envieuse, la jeune femme voilée, dans une seule pièce aux murs en ciment masqués par des bâches bleues, où dort toute sa famille de neuf personnes. « Au Liban, ce n’est pas une vie », estime-t-elle. « Qu’on nous laisse partir, on s’en ira, n’importe où ! »
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Entassés par milliers dans le camp de Beddaoui, la plupart des 31 000 habitants de Nahr el-Bared, situé à une dizaine de kilomètres, veulent rapidement retourner dans leur camp, théâtre durant 105 jours de combats entre l’armée libanaise et les islamistes de Fateh el-Islam, avant la victoire des militaires il y a une semaine.
Mais inquiets pour leur sort immédiat, ils désespèrent aussi de leur avenir au Liban. « Nous avons perdu la terre de Palestine il y a 60 ans ; tout ce que nous avions, c’était le camp », soupire Ahmad Hassan. « Nous n’avons...