Le message est d’une clarté éblouissante. Mohammad Raad, chef du bloc parlementaire hezbollahi, confirme sans ambages le mot d’ordre. « Ne perdez pas votre temps, lance-t-il. N’attendez rien des démarches en cours. Le président d’entente, son introduction naturelle, c’est la formation d’un gouvernement d’union nationale. Serait-ce une demi-heure avant le début de l’échéance présidentielle. » Et à bon entendeur salut.
Bien entendu, la majorité rejette catégoriquement cette exigence. Elle estime qu’un accord autour du prochain président reste le seul début de solution possible. Tandis qu’il ne servirait à rien de palabrer pour la mise en place d’un cabinet qui, de toute façon, n’aurait que quelques semaines à vivre. Et ne pourrait qu’expédier les affaires courantes, en attendant de rendre obligatoirement son tablier à l’expiration du mandat du président sortant. Sans compter que les tractations autour de la répartition des portefeuilles, toujours ardues, et les noms des ministres avec risques de veto multiples, compliqueraient sans doute la crise, au lieu de la simplifier. Sans compter aussi qu’on ne voit pas comment, dans l’état actuel des positions de base, l’on pourrait parvenir à s’entendre sur un programme politique commun. Sans lequel un cabinet dit d’union ne serait qu’une coquille vide, une bulle de savon volatile implosant au moindre souffle de vent.
Une liste
Les appréhensions des loyalistes se résument dès lors comme suit :
– La Syrie, via ses fidèles du cru, entend torpiller la présidentielle. Pour la bonne raison que même un président dit d’entente risquerait fort de ne pas lui convenir. S’il est vraiment libanais dans l’âme et peu disposé à faciliter le rétablissement de sa tutelle sur ce pays.
Dans ce cadre, les prosyriens posent la condition d’un quorum des deux tiers et menacent d’en provoquer le défaut.
– La perspective d’un torpillage est confortée, confirmée, par la volonté obstinée d’installer un cabinet dit d’union, avec tiers de blocage à la minorité. Pour prendre en charge les prérogatives de la présidence, après avoir fait avorter l’échéance. Et contrôler les décisions de l’Exécutif sur des sujets importants comme l’élaboration d’une nouvelle loi électorale. Si les prosyriens ne devaient pas obtenir gain de cause, ils feraient sauter le gouvernement. En en retirant leurs ministres. Le retrait des représentants d’une communauté déterminée permettant de taxer le cabinet, s’il refusait de partir, d’illégitime et d’illégal, comme c’est le cas pour l’équipe actuellement en place.
– Tandis que s’il devait s’incliner et rendre son tablier, ce serait le vide institutionnel total au niveau de l’Exécutif, avec paralysie conséquente du Législatif. Un Liban sans État constitué. Plongé ipso facto dans l’anarchie. Qui donc en rêve ? Qui d’autre qu’une Syrie qui pense qu’alors même les Américains lui demanderaient d’intervenir, comme en 1976.
– Autre éventualité que les loyalistes redoutent : voir M. Émile Lahoud entreprendre un quelconque nouveau coup de force anticonstitutionnel. Comme s’ériger en chef de gouvernement. Ou nommer un cabinet militaire pour gérer les prérogatives de la présidence, après son départ et en attendant un accord sur la succession. Des initiatives qui précipiteraient en fait le pays dans l’anarchie et la partition.
Aoun
Quant au général Michel Aoun, bien que candidat déclaré, il conteste la légitimité de la Chambre actuelle autant que la légalité du gouvernement en place. Il soutient que la majorité n’est pas en mesure d’élire le président, puisqu’elle ne peut assurer le quorum des deux tiers. Il est donc d’avis, comme les prosyriens, qu’il faut d’abord former un cabinet d’union. Pour assumer les prérogatives de la présidence, si l’élection n’a pas lieu. Et pour élaborer une loi électorale équilibrée, équitable, en vue de législatives anticipées. La nouvelle Chambre devant alors désigner le prochain chef de l’État.
Dans la logique opposante, il s’agirait donc de mettre en place un cabinet d’union, de torpiller le rendez-vous normal de la présidentielle pour aboutir à des législatives anticipées renversant les rapports de force intérieurs et permettant une prise de pouvoir. Qui serait en fait, pour les prosyriens, une reprise de pouvoir.
C’est oublier, répliquent les loyalistes, qu’en cas d’inversion des rôles, une fois devenus opposants, nous n’aurions qu’à prendre exemple sur vous. Et à rééditer vos exploits. En torpillant la présidentielle que vous auriez fait reporter.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le message est d’une clarté éblouissante. Mohammad Raad, chef du bloc parlementaire hezbollahi, confirme sans ambages le mot d’ordre. « Ne perdez pas votre temps, lance-t-il. N’attendez rien des démarches en cours. Le président d’entente, son introduction naturelle, c’est la formation d’un gouvernement d’union nationale. Serait-ce une demi-heure avant le début de l’échéance présidentielle. » Et à bon entendeur salut.
Bien entendu, la majorité rejette catégoriquement cette exigence. Elle estime qu’un accord autour du prochain président reste le seul début de solution possible. Tandis qu’il ne servirait à rien de palabrer pour la mise en place d’un cabinet qui, de toute façon, n’aurait que quelques semaines à vivre. Et ne pourrait qu’expédier les affaires courantes, en attendant de rendre...