L’approbation par référendum d’une nouvelle Constitution en Thaïlande n’est pas un chèque en blanc pour la junte militaire au pouvoir, mais plutôt un signal fort de la volonté du public de tourner la page et de participer à des élections démocratiques, selon des analystes.
Le référendum de dimanche est loin d’avoir abouti à un raz-de-marée en faveur des généraux putschistes qui tablaient sur un score supérieur à 70 %. Selon les derniers résultats communiqués hier par la commission électorale, 57,81 % des électeurs (soit 14,72 millions de personnes) ont approuvé la nouvelle Constitution, 42,19 % (10,74 millions) ont voté contre et le taux de participation n’a atteint que 57,61 % (25,97 millions), un score relativement faible pour une élection en Thaïlande.
Au lendemain du premier référendum de l’histoire du royaume, toutes les analyses allaient dans le même sens : les Thaïlandais – quelles que soient leurs réserves sur le contenu de la Constitution ou sur Thaksin Shinawatra, le Premier ministre renversé en septembre 2006 – ont voté majoritairement « oui » pour forcer la junte à respecter sa promesse d’élections législatives d’ici à la fin de l’année. « Les Thaïlandais ont envoyé un signal clair à la junte : ils veulent des élections en décembre » et un « retour à la normale » après deux longues années de crise politique, a estimé Panitan Wattanayagorn, analyste à l’Université Chulalongkorn de Bangkok. De nombreuses personnes interrogées par l’AFP à la sortie des bureaux de vote ont dit en substance la même chose dimanche et, hier en fin de matinée, la Bourse de Bangkok saluait l’issue du référendum par une hausse de 3,15 %.
« C’est un pas significatif pour la vie politique en Thaïlande. Le résultat du référendum va doper la confiance des investisseurs », a affirmé Santi Vilassakdanond, président de la Fédération des industries thaïlandaises. Même avis dans la presse locale et parmi des diplomates occidentaux qui ont estimé que la Thaïlande se rapprochait du « retour à la démocratie ».
Cependant, le référendum a confirmé la persistance des divisions du passé entre un Nord rural, qui demeure généralement favorable à M. Thaksin, et un Sud plus urbanisé qui lui est farouchement hostile. Selon la commission électorale, 62,80 % des électeurs du Nord-Est ont voté contre la Constitution et ils ont été 88,30 % à dire « oui » dans le Sud. M. Thaksin, riche homme d’affaires de 58 ans, a été au pouvoir pendant plus de cinq ans en Thaïlande. Il a bâti sa popularité sur des mesures populistes favorables aux paysans. Aujourd’hui réfugié en Grande-Bretagne où il vient de racheter le club de football de Manchester City, l’ex-Premier ministre fait l’objet de nombreuses plaintes pour corruption, initiées par la junte qui l’a renversé avec le soutien tacite du palais royal. Le roi Bhumibol Adulyadej fêtera ses 80 ans en décembre.
Michael Nelson, maître de conférences à l’Université Chulalongkorn, a estimé que les partisans de M. Thaksin étaient découragés par l’issue du référendum, mais qu’ils pouvaient se sentir rassurés par le faible taux de participation.
Sunai Phasuk, consultant en Thaïlande pour l’organisation Human Rights Watch, a rappelé que la nouvelle Constitution renforçait l’influence des militaires et des bureaucrates au détriment des partis politiques et des élus, cette situation risquant d’aboutir à un système de coalition gouvernementale « faible et instable ».
Charlotte McDONALD-GIBSON
(AFP)
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Le référendum de dimanche est loin d’avoir abouti à un raz-de-marée en faveur des généraux putschistes qui tablaient sur un score supérieur à 70 %. Selon les derniers résultats communiqués hier par la commission électorale, 57,81 % des électeurs (soit 14,72 millions de personnes) ont approuvé la nouvelle Constitution, 42,19 % (10,74 millions) ont voté contre et le taux de participation n’a atteint que 57,61 % (25,97 millions), un score relativement faible pour une élection en Thaïlande.
Au lendemain du premier référendum de...