L’union nationale, chantée par une fraction de politiciens et louée par une certaine partie de l’opinion insuffisamment informée, pourrait continuer à séduire ceux qui ne vont pas au fond des choses. C’est grave dans un pays livré aux perturbations depuis deux ans.
Néanmoins, on éprouve une certaine pudeur à devoir rappeler des principes qu’est censée connaître toute personne moyennement cultivée, ou simplement douée d’un bon sens populaire, à plus forte raison des chefs politiques, dont certains ont exercé un commandement.
Rappelons ce qu’est une « démocratie parlementaire ». Dans ce système, par définition, il existe une majorité (qui a gagné aux élections parlementaires) et une minorité. La première gouvene, tandis que la seconde exerce un contrôle (loyalement) attendant d’arriver – aux élections suivantes – à gagner la majorité des suffrages. C’est ce qu’on appelle « l’alternance », qui est caractéristique du système. Cela, un étudiant de première année, qui a assimilé son cours de droit constitutionnel, peut l’exposer dans une conférence.
En Angleterre, qui est l’exemple suprême de la démocratie, Winston Churchill, le géant qui a gagné la guerre de 1939-1945, était sur le point de cueillir le fruit de sa victoire, lorsqu’il a perdu aux élections parlementaires de 1945, et c’est le chef du parti adverse, le Labour, M. Clement Attlee, qui est devenu Premier ministre et a signé les traités conclus avec l’Allemagne.
Or, que voyons-nous ici ? Une opposition composée de formations hétéroclites, depuis le Hezbollah lié au Wilayat el-Fakih de Téhéran (il n’a jamais démenti les innombrables articles de presse à ce sujet) jusqu’au Parti populaire syrien (PSNS) – dont l’idéologie a pour base la réalisation de la Grande Syrie – et jusqu’au CPL qui proteste toujours être « souverainiste ». Malgré l’absence de tout principe commun pour motiver leur action, ils se contentent d’avoir pour but unificateur « le renversement du gouvernement Siniora », fût-ce en pleins travaux de la conférence Paris III, où le Liban a fini par obtenir une aide de 7,6 milliards de dollars, fût-ce par l’invasion du centre-ville et l’ankylose de l’économie (malgré les dénégations du général).
L’opposition revendique, comme solution à la crise, sa participation à un gouvernement d’union nationale. Cette formule est séduisante de prime abord, et tout un chacun se demande quel argument on peut lui opposer, afin de sortir d’une situation catastrophique pire que celle qui a suivi la guerre de juillet 2006. C’est que l’opposition, dont les ténors plaident la bonne foi et font montre de leurs dispositions accommodantes, se garde bien de citer son exigence de la condition principale, aussi dure que celle des fourches caudines appliquées aux romains vaincus : elle veut, dans le gouvernement dit d’union nationale, disposer d’un tiers des ministres porteurs du « pouvoir de blocage ». Qu’est-ce à dire ? Les ministres nommés par l’opposition seraient habilités à bloquer toute mesure décidée par le cabinet, c’est-à-dire qu’ils ont le pouvoir de bloquer toute action du gouvernement. Une telle union dite « nationale » est mensongère. Il a fallu tout le génie des inspirateurs, opérant d’au-delà les frontières, pour formuler cette trouvaille. Même le chef du CPL, qui a eu l’expérience du pouvoir, se rallie à la revendication du tiers de blocage, sans se demander comment il aurait pu gouverner avec un cabinet soumis au bon vouloir d’un tiers de ses membres.
On peut conclure que l’expression « union nationale » ainsi conçue est devenue hypocrisie, et regretter que tant de gens de bonne foi n’en décryptent la malice.
Il faut aussi regretter que les responsables ne fassent pas, une bonne fois pour toutes, une déclaration claire, irréfutable, plutôt que de se cantonner dans des positions défensives et de bon aloi.
Article paru le vendredi 17 août 2007
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’union nationale, chantée par une fraction de politiciens et louée par une certaine partie de l’opinion insuffisamment informée, pourrait continuer à séduire ceux qui ne vont pas au fond des choses. C’est grave dans un pays livré aux perturbations depuis deux ans.
Néanmoins, on éprouve une certaine pudeur à devoir rappeler des principes qu’est censée connaître toute personne moyennement cultivée, ou simplement douée d’un bon sens populaire, à plus forte raison des chefs politiques, dont certains ont exercé un commandement.
Rappelons ce qu’est une « démocratie parlementaire ». Dans ce système, par définition, il existe une majorité (qui a gagné aux élections parlementaires) et une minorité. La première gouvene, tandis que la seconde exerce un contrôle (loyalement) attendant d’arriver – aux...