Un musulman égyptien qui s’est converti au christianisme, Mohammad Ahmad Higazi, est entré dans la clandestinité affirmant craindre pour sa vie après avoir reçu des menaces de mort pour « apostasie ».
La très inhabituelle affaire de Mohammad Higazi, un activiste politique âgé de 25 ans qui demande à être reconnu comme chrétien dans ses papiers d’identité, a défrayé la chronique et choqué l’opinion. « Je me cache actuellement, loin des yeux des services de sécurité et des gens », déclare Mohammad Higazi à l’AFP par téléphone depuis sa « cachette ». « Je reçois des menaces de mort sur mon téléphone portable. Chaque fois que je change de numéro, des “fanatiques” l’obtiennent et m’appellent en menaçant de me liquider », affirme-t-il. « Le danger ne vient pas seulement des extrémistes, un citoyen ordinaire pourrait me tuer de son propre chef, convaincu d’avoir ainsi servi l’islam. » Il est cependant déterminé à ne pas fuir à l’étranger. « Je ne quitterai jamais mon pays malgré les menaces », dit-il, alors qu’il ne dispose que d’un très faible soutien, et même pas de l’Église copte.
Higazi, qui affirme s’être converti à 16 ans, réclame le changement de sa religion sur ses documents officiels. Sa femme Zeinab s’est aussi convertie au christianisme et se prénomme désormais Katerina. Ils attendent un bébé.
Son père l’a désavoué, affirmant que son fils Mohammad continuait « à aller à la mosquée avec lui », ce qu’il dément totalement. Son beau-père a quant à lui annoncé vouloir intenter un procès pour séparer le couple. « Je veux qu’ils (les juges) la fasse divorcer et qu’elle retourne chez moi, même morte », a affirmé Ali Kamel Souleimane, cité lundi par le quotidien indépendant al-Dostour.
Higazi, pour sa part, indique avoir finalement réussi à s’assurer les services d’un avocat dont il refuse de donner le nom pour lui éviter de devenir « la cible des fanatiques et des médias ».
Mamdouh Nakhla, le directeur du Centre al-Kalima pour les droits de l’homme, a retiré la semaine dernière la plainte déposée au nom de Higazi auprès de la justice administrative affirmant ne pas vouloir casser les liens familiaux du jeune homme et « faute d’un certificat de l’église certifiant sa conversion ». Mais un autre responsable de ce centre, Roumani Gad el-Rabb, a affirmé à l’AFP que l’ONG avait retiré sa plainte après avoir reçu des menaces.
Le quotidien gouvernemental al-Messa a publié jeudi dernier un sondage d’opinion où les ulémas se déclarent unanimes sur « la nécessité de tuer l’apostat ».
L’Église copte-orthodoxe s’est quant à elle démarquée de Higazi. « Il n’existe aucun lien entre l’Église et l’affaire de Higazi », a déclaré père Morcos, évêque proche du patriarche copte-orthodoxe, le pape Chenouda III, qui, selon lui, « estime que cette affaire n’est qu’un coup médiatique ». « L’Église ne se livre pas au prosélytisme », a-t-il ajouté.
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