Un nouveau défi pour la « guerre contre le terrorisme » empoisonne les relations entre Washington et Islamabad : le soutien des tribus du nord du Pakistan aux talibans afghans et leurs alliés d’el-Qaëda dans une région réputée rétive face au pouvoir central et inexpugnable.
Les services de renseignements américains ont mis le feu aux poudres le 17 juillet avec un rapport blâmant le Pakistan pour avoir laissé les talibans, chassés du pouvoir en Afghanistan fin 2001, et el-Qaëda, reconstituer leurs forces dans les zones tribales semi-autonomes du Nord-Ouest. Les Américains reprenant, pour l’occasion, leur antienne selon laquelle Oussama Ben Laden et le mollah Omar, leader des talibans, s’y sont réfugiés. Depuis, les plus hauts responsables américains, dont George W. Bush, laissent planer la menace de frappes aériennes, mettant en grande difficulté le président Pervez Musharraf, pris, en pleine année électorale, entre le marteau de l’aide financière américaine et l’enclume de l’anti-américanisme croissant chez les quelque 160 millions de Pakistanais qui estiment que la « guerre contre le terrorisme » n’est pas la leur, et souffrent de la recrudescence des attentats- suicide jusqu’au cœur d’Islamabad.
Nombre de talibans et de combattants d’el-Qaëda qui ont fui l’Afghanistan se sont réfugiés dans les zones tribales, admettent nombre de responsables pakistanais, jusqu’au général Musharraf lui-même qui y envoie ses troupes pour chasser les « mécréants » afghans et arabes. Ils y jouissent de l’hospitalité traditionnelle des tribus pachtounes et de cachettes inexpugnables dans les nids d’aigles que recèlent les contreforts de l’Hindou Kouch. L’ethnie pachtoune, celle des talibans et de 40 % de la population de l’Afghanistan, compose aussi la quasi-totalité des 3,6 millions d’habitants des sept districts des zones tribales pakistanaises, le long des 1 450 km de frontière.
Les Pachtounes, rudes guerriers qui ont, comme les talibans, épousé un islam des plus rigoristes, n’ont jamais été soumis au cours de l’histoire, malgré les multiples tentatives d’invasion, depuis Alexandre le Grand jusqu’aux troupes coloniales britanniques, en passant par la dynastie des Mogols. Et les Pachtounes sont fidèles à leur ethnie et leur religion avant de l’être à leur pays. L’extrême porosité de la frontière explique la récurrence, dans l’histoire, de la revendication d’un Pachtounistan regroupant une partie du nord du Pakistan et du sud de l’Afghanistan.
« Les tribus ont sympathisé naturellement avec les talibans quand les Américains les ont chassés d’Afghanistan tout simplement parce qu’ils se sentent parents », explique Rahimullah Yousafzai, un expert reconnu de l’histoire de l’Afghanistan.
Durant l’occupation soviétique de l’Afghanistan, quand les États-Unis et le Pakistan parrainaient le « jihad » des moujahidine afghans, les zones tribales pakistanaises abritaient déjà leurs bases arrières. Et ces populations n’obéissent guère qu’au fameux « pachtounwali », la loi coutumière qui place l’hospitalité au-dessus de tout, fut-ce pour un ami embarrassant. Les récompenses fabuleuses offertes pour livrer Ben Laden ou le mollah Omar n’ont donc guère de chance d’opérer dans ces contrées où l’on ne compte plus les cadavres martyrisés d’hommes littéralement étiquetés « espion américain ».
Hostilité de la population, hostilité du relief : autant dire alors que les quelque 90 000 soldats pakistanais déployés dans les zones tribales pour chasser les « terroristes » n’ont pas la tâche facile. Ils ont perdu plus de 800 des leurs depuis 2004 et ont du mal à considérer que cette « guerre contre le terrorisme » est la leur, explique, sous le couvert de l’anonymat, un officier supérieur pakistanais.
Masroor GILANI/AFP
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