Le fromage des circonscriptions est bien mal découpé. Rmeil noyé dans la IIe Beyrouth. Au Metn-Nord, et ce n’est pas la première fois, le candidat maronite qui dispose du plus fort capital régional battu par les voix arméniennes de Bourj-Hammoud. La révision de la loi électorale, nécessité dont conviennent toutes les fractions, est déjà en débat. C’est l’uninominale qui emporte les suffrages de la plupart des partis et pôles chrétiens. Car les plaintes pour disparités criantes ne se limitent pas au Metn, où le Tachnag place à sa guise le plus gros paquet de voix arméniennes. On sait en effet qu’au moins le tiers de la représentation chrétienne au Parlement se trouve englouti dans des zones à forte majorité musulmane. Qu’elles soient chiites, contrôlées par le Hezbollah et le mouvement Amal, ou sunnites, comme Rmeil précisément. Autrement dit, il existe des dizaines de députés chrétiens qui, en pratique, étant redevables de leur siège à des leaders musulmans, servent en général ces derniers, et leur ligne, plutôt que les intérêts bien compris de leur propre communauté. Dans le système de l’uninominale, les enclaves verraient leurs droits bien mieux préservés. Et, par exemple, Bourj-Hammoud serait solidement représenté, sans peser sur le reste du Metn-Nord.
Traditionnellement, le parti Tachnag se rangeait aux côtés de ceux qui avaient le vent en poupe. Durant des décennies, il a été l’allié des Kataëb à Beyrouth et au Metn. Il soutenait le pouvoir en place et il en a été ainsi sous la tutelle syrienne. Sa conduite était notamment dictée par le souci d’être en mesure d’assurer les prestations et les services que la colonie arménienne pouvait attendre de lui. Et de promouvoir de la sorte ses intérêts, face aux autres formations arméniennes.
Cependant, sur le plan des constantes nationales libanaises, le Tachnag s’est toujours montré fermement souverainiste. Les professionnels se posent dès lors des questions sur les raisons qui ont pu pousser le Tachnag à se dresser contre le président Gemayel et contre les Kataëb. En rejoignant le camp de partis avec lesquels, jusqu’à cette phase, il n’entretenait pas de liens. Comme le PSNS ou le Baas syrien. Des partis qui, bien évidemment, militent pour l’axe syro-iranien face à l’Amérique.
Le prix
Quant au général Michel Aoun, tout en gagnant un siège au Parlement, il voit s’envoler ses illusions présidentielles. Car il ne peut plus prétendre à ses fameux 70 %, censés en faire le représentant le plus qualifié de la tranche chrétienne. Désormais, la présidentielle se trouve essentiellement conditionnée par des considérations extérieures, par les développements régionaux.
La leçon est en tout cas très claire. Si le général Aoun avait pu effectivement décrocher, au Metn, 70 % des voix chrétiennes aux législatives de 2005, c’est parce qu’il défendait alors les devises indépendantistes. Les gens estiment qu’il s’en est largement détaché.
Au point, pensent nombre de Libanais, de faire le jeu de la Syrie. Cette puissance sort triplement gagnante du scrutin du Metn. D’abord, elle empêche l’élection du président Gemayel. Ensuite, et surtout, elle a la satisfaction de voir les chrétiens, ce terreau de résistance à son hégémonie, plus déchirés, donc affaiblis, que jamais. Enfin, la majorité, sa bête noire, perd un siège à la Chambre au profit de l’opposition qui lui est proche. Ce qui fait une différence de deux, rendant encore plus faciles les manœuvres relatives à la présidentielle. Que cela soit en vue du torpillage, ou pour un président qui ne déplairait pas à Damas.
Il reste maintenant à savoir si les chrétiens, les maronites en tête, vont tenter de gommer leurs différends, leurs divisions, pour sauver la présidentielle. Et la présidence, qui leur appartient.
Émile KHOURY
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