Tony Blair est de « confession catholique ». Cette assertion erronée, glissée volontairement sur la fiche de l’ex-Premier ministre britannique, s’est retrouvée pendant plusieurs semaines dans l’encyclopédie collaborative Wikipedia sans que personne n’intervienne.
Tel est un des exemples utilisés par un groupe de cinq étudiants en maîtrise de journalisme à l’Université Sciences Po, à Paris, pour prouver que la populaire encyclopédie en ligne n’est pas à l’abri des erreurs de faits.
Visité par 350 millions d’internautes à chaque mois, Wikipedia figure dans le top 10 des sites les plus consultés dans le monde. N’importe qui peut y collaborer en écrivant un article ou en modifiant un texte déjà existant.
En décembre 2005, après avoir comparé 42 articles de Wikipedia à ceux de l’Encyclopædia Britannica, la revue Nature avait conclu à l’époque que l’une et l’autre étaient toutes aussi
fiables.
Dans leur rapport d’enquête de 67 pages, les cinq étudiants français remettent largement en question les conclusions de Nature. « Les 42 articles choisis par Nature traitaient tous de sujets scientifiques. Or, pour tout ce qui a trait aux sciences pures, Wikipedia excelle », affirme Béatrice Roman-Amat, coauteur de l’enquête. « Ce sont souvent des spécialistes qui rédigent les définitions. Par contre, dès qu’il s’agit de sujets historiques ou philosophiques, pour lesquels il y a une possibilité de dérive idéologique, Wikipedia est une source beaucoup moins fiable. »
« Nous n’en arrivons pas à la conclusion que Wikipedia devrait être écarté comme outil de recherche, bien au contraire, ajoute Mme Roman-Amat. Notre enquête démontre cependant qu’il ne doit jamais être utilisé comme source unique. Nous recommandons d’ailleurs aux écoles de former leurs élèves en ce sens, en créant des séances de formation à l’utilisation des sources Internet. »
L’enquête a été menée sous la supervision du professeur et écrivain Pierre Assouline, qui a souvent fustigé Wikipedia dans son blog. Pour prouver leur point de vue, les étudiants ont écrit sur la fiche de ce dernier qu’il a « remporté le championnat de France du jeu de paume » en 2001. Le texte n’a été corrigé que 13 jours plus tard.
Il reste que la publication de l’enquête, relayée par Le Monde et Libération, a généré des centaines de commentaires sur le Web.
Pour Patrice Létourneau, auteur de plusieurs articles et professeur de philosophie, les conclusions de l’étude n’apportent rien de vraiment neuf. « La méthodologie employée par les jeunes chercheurs pour prouver l’existence d’erreurs est gratuite. Il y avait déjà plusieurs cas connus et répertoriés »,
explique-t-il.
« Je pense que la plus grande qualité de l’étude est de sensibiliser les gens qui ne connaissent pas Wikipedia à ses faiblesses et aux risques que représente son utilisation sans recouper les informations avec d’autres sources », ajoute-t-il.
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