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14 Mars et 14 Juillet Raymond NAMMOUR

En 1789, le peuple de Paris prend d’assaut la forteresse de la Bastille symbole de l’arbitraire et de l’absolutisme. La dynamique révolutionnaire, activée par l’impuissance de Louis XVI à répondre aux attentes de son peuple, conduira le monarque déchu à gravir les marches de l’échafaud le 21 janvier 1793. En décapitant son roi, la France annonçait avec fracas l’avènement d’un nouveau monde. Alors que l’ancien monde tournait autour de la royauté et des privilèges, le nouveau monde s’articulera autour de la République et de ses valeurs symbolisées par la devise : liberté, égalité, fraternité. Une révolution n’est jamais un coup de tonnerre dans un ciel serein. C’est souvent un épisode dans un long processus. Elle est comme l’eau des petites rivières qui s’accumule lentement derrière le barrage jusqu’à devenir un torrent dévastateur. En cherchant à enraciner l’arbitraire et l’absolutisme à travers l’élimination de Rafic Hariri, devenu de son vivant porte-drapeau des « lumières de Beyrouth », les forces du mal ont réussi, à leur insu, à activer la dynamique de l’émancipation nationale. C’est ainsi que le 14 Mars, une nation qu’on croyait asservie à jamais s’est mise en marche, annonçant avec un fracas aussi assourdissant que le précédent parisien la fin d’une époque. Ce jour-là, le peuple du Liban a non seulement pris d’assaut les forteresses de la répression et de la peur, il a surtout démantelé les barricades de la méfiance et de la haine que les forces du mal s’ingéniaient à ériger entre les enfants d’une même nation. Ce processus allait inéluctablement conduire à faire monter sur « l’échafaud » les symboles de l’ancien régime. D’où la contre-offensive de la réaction, qui a réussi à bloquer, provisoirement, l’avènement du Nouveau Liban. Aujourd’hui, face à une situation devenue inextricable, l’espoir ne viendrait ni de La Celle-Saint-Cloud ni d’autres cieux. L’espoir ne viendra que du ciel du Nord. C’est au Nord que se joue la reprise ou la fin du processus d’édification de l’armure nationale. C’est au Sud que tout avait commencé. C’est au Nord que tout s’achèvera. Dans un sens ou dans un autre. Au moment où des centaines de jeunes offrent généreusement leur vie sur l’autel de la nation, les représentants du peuple s’égosillent dans un dialogue sans fin pour trouver une issue à l’enchevêtrement politico-constitutionnel, sachant pertinemment que le nœud gordien se trouve ailleurs. C’est parce que les bases du dialogue sont biaisées que ce dernier reste en panne. On s’accroche au consensus pour bloquer la sortie de la crise. C’est comme si on recherchait la quadrature du cercle ! Comment gouverner, dans un système qui se veut démocratique, tout en respectant le consensus ? En plaçant le débat sur ce terrain, la réaction a réussi à faire dévier le processus d’émancipation de sa direction d’origine. Le 14 Mars n’a pas eu lieu pour savoir qui sera président ou combien de ministres aura telle ou telle formation. Les vents du Nord sont venus rappeler tout le monde à l’ordre et remettre les pendules à l’heure. Le Nouveau Liban, initié dans les rues de Beyrouth lors de la révolution du Cèdre et bâillonné pour la recherche d’un consensus chimérique, est en train d’opérer un retour en force en empruntant les ruelles du Nord. Il annonce, avec ce même fracas assourdissant, la fin d’une époque et la naissance d’une autre. Alors, pour que le 14 Mars reste définitivement notre 14 Juillet, sortons au plus vite du piège constitutionnel et retrouvons les sentiers de la gloire. Nos fils les ont balisés de rouge. Raymond NAMMOUR Côte d’Ivoire Article paru le Vendredi 20 Juillet 2007
En 1789, le peuple de Paris prend d’assaut la forteresse de la Bastille symbole de l’arbitraire et de l’absolutisme.
La dynamique révolutionnaire, activée par l’impuissance de Louis XVI à répondre aux attentes de son peuple, conduira le monarque déchu à gravir les marches de l’échafaud le 21 janvier 1793.
En décapitant son roi, la France annonçait avec fracas l’avènement d’un nouveau monde. Alors que l’ancien monde tournait autour de la royauté et des privilèges, le nouveau monde s’articulera autour de la République et de ses valeurs symbolisées par la devise : liberté, égalité, fraternité.
Une révolution n’est jamais un coup de tonnerre dans un ciel serein. C’est souvent un épisode dans un long processus. Elle est comme l’eau des petites rivières qui s’accumule lentement derrière le...