« Tout ce carnage, ces civils déchiquetés, tous ces corps déchiquetés que j’ai vus... J’ai commencé à me demander mais pourquoi ? » raconte le soldat Jeff Englehart. L’hebdomadaire de gauche américain The Nation a décidé de consacrer l’essentiel de son numéro daté du 30 juillet à des témoignages de soldats de retour d’Irak. « C’est la toute première fois qu’un si grand nombre d’anciens combattants acceptent de parler des civils irakiens tombés sous les balles américaines », écrit l’hebdomadaire. Ces soldats « décrivent une face brutale de la guerre rarement vue à la télévision ou dans les comptes-rendus des journaux », ajoute l’hebdomadaire. Samedi, seul le Los Angeles Times s’était fait l’écho de l’enquête de The Nation, ignorée jusqu’à présent par toutes les grandes chaînes de télévision et les principaux journaux américains. Durant sept mois, l’hebdomadaire a recueilli les témoignages d’une cinquantaine de militaires, du simple soldat au grade de capitaine. « Ces soldats ont fait preuve d’un grand courage en relatant les horreurs dont ils ont été les témoins », souligne The Nation qui note que « la grande majorité (des soldats) a insisté sur le fait que seul une minorité a tué des Irakiens de manière indiscriminatoire ». Mais ces crimes demeurent « presque toujours impunis », ajoute l’hebdomadaire. « Il est grand temps de reconnaître que les forces américaines tuent régulièrement des civils irakiens », dénonce The Nation. « Je suppose que, lorsque j’étais là-bas, l’attitude générale était de se dire : “un Irakien mort est juste un Irakien mort de plus” », raconte Jeff Englehart, de la 3e brigade de la 1re division d’infanterie, déployé à Baaqouba, au nord-est de Bagdad, de février 2004 à février 2005. « On ne peut pas ouvrir une enquête à chaque fois qu’un civil (irakien) est blessé ou tué car cela arrive très souvent et on devrait passer tout son temps à faire des enquêtes », a dit le lieutenant de réserve des Marines, Jonathan Morgenstein. « Beaucoup d’anciens combattants sont revenus aux États-Unis perturbés par la disparité entre la réalité de la guerre et la façon dont elle était relatée par le gouvernement et les médias américains », affirme The Nation. Décrivant les raids menés entre minuit et cinq heures du matin dans les maisons d’Irakiens apeurés, le sergent Timothy Westphal raconte : « Je me souviens m’être dit qu’on apportait la terreur chez d’autres sous couvert du drapeau américain. » « Ce n’est vraiment pas pour ça que je me suis engagé dans l’armée », a ajouté le sergent. Le magazine évoque des soldats à la limite de la folie, vidant plusieurs chargeurs de leurs armes automatiques sur un cadavre. Sur une photo, affirme le journal, un soldat fait semblant de manger avec une cuillère en plastique la cervelle répandue d’un Irakien mort. « Beaucoup de soldats avaient intégré l’idée que si ces types ne parlent pas anglais, ont la peau sombre, ils ne sont pas aussi humains que nous et on peut faire d’eux ce qu’on veut », reconnaît le soldat Josh Middleton, âgé seulement de 23 ans.
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