La Cour de cassation des Pays-Bas a autorisé hier ABN Amro à vendre sa filiale américaine LaSalle à Bank of America, renforçant les chances de Barclays de réaliser la plus grosse OPA de l’histoire bancaire.
Conformément à l’avis donné deux semaines plus tôt par un conseiller de la Cour, celle-ci a estimé que le vote des actionnaires d’ABN Amro n’était pas nécessaire pour vendre LaSalle, un élément situé au cœur de la bataille pour le contrôle de la première banque des Pays-Bas.
« La demande d’un référé temporaire pour suspendre (...) l’accord de vente concernant LaSalle a été rejetée de manière irrévocable », a déclaré le tribunal. La salle d’audience était bondée pour l’énoncé du verdict.
Un consortium emmené par la banque britannique Barclays a lancé une OPE de 64 milliards d’euros sur ABN, offre toute en titres conditionnée à la cession de LaSalle pour 21 milliards de dollars, et le conseil d’administration d’ABN Amro a accepté la proposition de Barclays.
Un consortium concurrent emmené par Royal Bank of Scotland et composé de Fortis et Santander veut lui aussi racheter ABN, pour 71 milliards d’euros, mais son offre était au contraire conditionnée au maintien de LaSalle dans le périmètre du groupe bancaire néerlandais.
Ce consortium a l’intention de partager les actifs d’ABN entre ses membres. Si son projet sort affaibli de la décision de justice d’hier, le trio emmené par RBS devrait maintenant, selon les analystes, réviser son offre en en excluant la banque LaSalle.
« Nous jugeons très probable que le consortium emmené par RBS revienne avec une offre ne comprenant plus LaSalle, qui ne représentait d’ailleurs que 15 % des synergies du consortium », commente Bruce Packard, analyste chez Pali International.
L’incertitude est levée selon
Barclays, la VEB en embuscade
La Bourse juge pour l’heure que la décision de justice renforcera les chances de Barclays et amenuisera celles de RBS.
Vers 10h00 GMT, l’action Barclays progresse de 0,56 % à Londres et ABN gagne 0,48 % à Amsterdam.
Si le titre RBS a maintenant effacé ses gains (+0,08 %), il a pris plus de 1 % après la verdict de la Cour de cassation. La banque espagnole Santander et le groupe financier belgo-néerlandais Fortis s’adjugent encore pour leur part 0,93 et 0,84 %.
Barclays s’est félicitée de la décision de la Cour de cassation.
« Nous sommes satisfaits que la Cour ait pris une décision très claire », a déclaré John Varley, directeur général de la banque britannique. « Le verdict est définitif et gomme par conséquent l’incertitude qui planait sur la situation, ce qui est une bonne chose pour les clients et les salariés d’ABN Armo ».
Cette dernière a déclaré qu’elle pouvait désormais poursuivre la vente de LaSalle.
« La décision de la Cour (...) confirme que la vente de LaSalle n’est pas soumise à l’approbation des actionnaires d’ABN. ABN Amro a l’intention de boucler la vente de LaSalle à Bank of America », a indiqué la banque néerlandaise dans un bref communiqué.
« Nous sommes satisfaits que la Cour suprême ait jugé que Bank of America avait agi de bonne foi dans le rachat de LaSalle », s’est réjoui de son côté un porte-parole de la banque américaine. « Il est évident que nous pouvons poursuivre la transaction. »
Fortis a déclaré de son côté qu’elle examinait la situation.
« Nous avons pris note de la décision de la Cour. Nous sommes en train de l’étudier avec nos partenaires du consortium et ferons une déclaration en temps voulu », a dit Liliale Tackarert, porte-parole du groupe.
L’association d’actionnaires néerlandais VEB, qui représente les petits investisseurs et qui est à l’origine des poursuites contre ABN, à qui elle reprochait de ne pas avoir consulté les actionnaires sur LaSalle, a déclaré de son côté que rien ne semblait plus pouvoir arrêter la cession de la filiale américaine.
« ABN va probablement être en mesure maintenant de vendre LaSalle », a estimé Peter Paul de Vries, directeur de la VEB, selon lequel le processus prendra quelques mois.
Il a refusé de dire si la VEB comptait néanmoins engager une autre action pour tenter une nouvelle fois de bloquer la transaction, mais un magistrat de la Cour de cassation, Ernst Numann, a déclaré qu’une autre plainte de ce type avait peu de chances d’aboutir.
« Je ne vois pas quels arguments le tribunal de commerce, qui avait gelé la vente de LaSalle, pourrait invoquer pour bloquer la transaction (dans le cadre d’une nouvelle procédure) », a-t-il dit.
De Vries a ajouté que l’association maintenait cependant son autre action en justice à propos de la politique et de l’attitude du management d’ABN Amro, sur lesquelles elle réclame l’ouverture d’une enquête.
La Cour de cassation a précisé hier qu’elle n’avait pas encore pris de décision sur cette requête.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats