Les propos politiquement incorrects du ministre nippon de la Défense sur Hiroshima et Nagasaki, qui ont conduit à sa récente démission, illustrent les paradoxes d’un Japon champion du pacifisme, mais qui prospère depuis des décennies sous la protection nucléaire des États-Unis.
«Le Japon vit en permanence dans la duplicité, appelant à l’abolition des armes atomiques tout en étant protégé par le parapluie nucléaire américain », relève Atsushi Kosaka, un étudiant en droit de l’Université de Waseda.
Le ministre de la Défense, Fumio Kyuma, a dû démissionner mardi dernier après avoir soutenu que les bombardements atomiques du Japon (210 000 morts) avaient accéléré la fin du conflit et sauvé l’archipel d’une invasion soviétique.
Depuis les années 1960, les Japonais se sont fait les champions de la non-prolifération en tant que seul peuple au monde à avoir subi le feu nucléaire, à Hiroshima le 6 août 1945 puis à Nagasaki trois jours plus tard. Pourtant, ils doivent leur prospérité au bouclier nucléaire de l’allié américain, notamment face à la menace nord-coréenne.
« Il vaut mieux ne pas trop se pencher sur ce paradoxe. Car si on commence à réfléchir, on réalise que la position (du Japon) est contradictoire », souligne l’historien Jeffrey Kingston, spécialiste des questions asiatiques.
Tokyo s’est d’ailleurs toujours gardé de condamner les bombardements de Hiroshima et de Nagasaki comme des « violations manifestes du droit international », souligne le quotidien anglophone Japan Times. Selon Tokyo, ces attaques n’étaient « pas conformes à l’esprit du droit international ».
Les milieux conservateurs ont qualifié d’« irresponsable » le chef de l’opposition Ichiro Ozawa qui a exhorté les États-Unis à s’excuser pour Hiroshima et Nagasaki. De son côté, Washington a rappelé sa position officielle selon laquelle le recours à l’arme atomique a « sauvé des vies » en évitant un débarquement américain au Japon, une thèse toutefois contestée par certains spécialistes. « La plupart des historiens sont d’accord pour dire que la bombe atomique a contribué à écourter une guerre qui aurait pu faire des millions de morts supplémentaires », a plaidé Robert Joseph, l’émissaire américain pour la non-prolifération nucléaire. Tokyo a fait le gros dos, considérant qu’il s’agissait d’une « déclaration personnelle » de M. Joseph.
En déclarant que les deux bombes atomiques américaines étaient « inévitables » pour empêcher une invasion soviétique du Japon, M. Kyuma n’a fait que répéter une des thèses défendues par les historiens. Selon cette thèse, le recours au feu nucléaire se voulait une démonstration de force des États-Unis à l’encontre de l’URSS, qui s’apprêtait à entrer en guerre contre le Japon. Il visait également à faire de l’archipel un bouclier contre l’expansion du communisme en Asie. Mais en tant que ministre de la Défense, qui plus est député de Nagasaki, M. Kyuma a réveillé le traumatisme toujours présent des survivants des bombardements, pour qui l’apocalypse nucléaire ne saurait être justifiée en aucune manière. « Sa démission était obligatoire car il devenait un handicap politique » pour le Premier ministre Shinzo Abé, « déjà très impopulaire et qui n’avait pas besoin d’un scandale en plus » à trois semaines d’élections cruciales pour son avenir, selon M. Kingston.
Au-delà du traumatisme, les bombardements de Hiroshima et Nagasaki restent un sujet tabou au Japon car ils ont été parfois instrumentalisés pour transformer le Japon en victime unique et faire ainsi oublier son passé belliqueux, rappellent les historiens.
Harumi OZAWA (AFP)
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«Le Japon vit en permanence dans la duplicité, appelant à l’abolition des armes atomiques tout en étant protégé par le parapluie nucléaire américain », relève Atsushi Kosaka, un étudiant en droit de l’Université de Waseda.
Le ministre de la Défense, Fumio Kyuma, a dû démissionner mardi dernier après avoir soutenu que les bombardements atomiques du Japon (210 000 morts) avaient accéléré la fin du conflit et sauvé l’archipel d’une invasion soviétique.
Depuis les années 1960, les Japonais se sont fait les champions de la...