Paris, de notre correspondant
Les « différences » que certains estiment être des « divergences » entre le Liban et la France, au sujet de l’attitude à adopter à l’égard de Damas et Téhéran, ainsi que de l’opposition interne, ont transparu dans les commentaires effectués par le porte-parole du Quai d’Orsay, hier, à la suite d’un entretien entre le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, et le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, qui avait participé, la veille, à une réunion consacrée au Darfour.
M. Jean-Baptiste Mattéi, porte-parole du Quai d’Orsay, a confié à L’Orient-Le Jour que M. Moussa avait informé M. Kouchner des difficultés rencontrées lors de sa mission au Liban.
« La situation au Liban a été évoquée, a dit M. Mattei. M. Moussa a fait un point sur les efforts qu’il a entrepris. Nous savons que la situation n’est pas facile et que, pour l’instant, les efforts n’ont pas encore porté leurs fruits. Il y a une volonté, à la fois du côté de la Ligue arabe et de notre côté, de poursuivre malgré tout ce qui a été entrepris pour créer un climat favorable. C’est cela que nous souhaitons faire et c’est dans ce même esprit que la Ligue arabe travaille. »
Au sujet d’une éventuelle initiative conjointe (France-Ligue arabe) en faveur du Liban, le porte-parole a dit : « Je ne pense pas qu’une initiative conjointe ait été évoquée. Ce qui est important, c’est que nous travaillons tous dans la même direction et cela, l’entretien de ce matin l’a confirmé. Concernant nos propres efforts, comme vous le savez, il y a eu la mission de M. Cousseran. Il y a en ce moment même la visite de M. Siniora qui rencontre le président de la République. Il y a cette visite de M. Moussa à Paris. Ce sont autant d’éléments que nous allons prendre en considération pour voir maintenant comment nous allons agir dans les prochains jours. »
« Nous travaillons toujours sur le projet de la réunion informelle de Paris, en tenant compte des remarques des uns et des autres. Ce que nous dira M. Siniora, vous l’imaginez bien, sera très important de ce point de vue-là », a ajouté le porte-parole du Quai d’Orsay.
Stratégies
Sur des différences de stratégie entre les Français et les Américains, le porte-parole a répondu :
« Je ne crois pas que le ministre ait parlé de divergences. Sur le Liban, je crois qu’il y a une très grande proximité de vues. Tout ce qui a été accompli ces dernières années l’a été très largement parce qu’il y avait une action commune, notamment de la part de la France et des États-Unis, et je crois que nous sommes très proches sur le dossier libanais. Il y a plus de nuances peut-être sur la question palestinienne. »
Sur la possibilité de concilier le soutien français au gouvernement Siniora et l’appel à la formation d’un nouveau gouvernement, M. Mattéi a déclaré : « Nous n’appelons pas à la formation d’un nouveau gouvernement. Il y a un gouvernement qui est en place, nous soutenons M. Siniora. Sa visite en France le montre de façon éclatante. Mais, nous l’avons dit et sommes prêts à le redire, et M. Siniora n’est pas en désaccord là-dessus, il faut essayer de rassembler les Libanais, de faire en sorte que l’ensemble des communautés libanaises trouvent leur place dans les institutions. Il n’y a pas de contradiction. »
Sur l’incompatibilité entre le soutien au mouvement du 14 Mars et le soutien exprimé à tous les Libanais, le porte-parole a affirmé : « Les deux éléments ne sont pas forcément incompatibles. Il y a un mouvement qui s’est mis en marche au Liban, que nous connaissons et qui ouvre des perspectives d’avenir, notamment pour affirmer l’indépendance et la souveraineté de ce pays. La France et les États-Unis y ont contribué en travaillant beaucoup aux Nations unies sur ce sujet. C’est évidemment quelque chose de très important. En même temps, il y a aussi l’élément d’ouverture que vous mentionnez, à toutes les communautés et à toutes les forces politiques. Le ministre est tout à fait conscient de l’importance de travailler avec toutes les communautés, c’est ce qu’il avait dit sur place quand il s’y est rendu. »
À propos de l’interprétation du terme « gouvernement d’union nationale », le porte-parole a déclaré : « Non, nous n’avons pas d’approche spécifique à avoir à ce sujet. C’est là l’affaire des Libanais. Pour nous, l’élément important, c’est le dialogue et, bien sûr, l’attachement à ce qui a été réalisé ces dernières années. Il ne faut pas perdre cet acquis. C’est ce mouvement en avant, l’affirmation de l’indépendance et de la souveraineté du Liban, la création du tribunal qui sont très importants. Ce sont des éléments qu’il ne faut pas perdre de vue. Nous y sommes très attachés, tout comme la communauté internationale d’ailleurs. Pour le reste, pour ce qui est de la composition du gouvernement, sa façon de fonctionner, ce n’est pas à nous de le dire. »
Au sujet des fermes de Chebaa, question évoquée lors de l’entretien Sarkozy-Ban Ki moon, lundi, M. Mattéi a indiqué : « Nous avons toujours dit que c’était l’un des éléments pour un règlement politique de la question. Cela fait partie des paramètres politiques de la résolution 1701 et nous considérons qu’il faut avancer sur ce point. Il y avait des éléments à ce sujet dans le dernier rapport du secrétaire général. Un nouveau rapport va être présenté sur le suivi de la résolution 1701 et c’est un point que nous allons prendre en compte. »
E. M.
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