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Les visées syriennes, sempiternelle embûche pour l’État libanais

L’ambassadeur Fouad Turk se souvient que Philippe Takla avait conseillé un jour au président Sarkis de demander à Hafez el-Assad, pour mettre les choses au clair une fois pour toutes, ce qu’il voulait du Liban. Hochant la tête, le chef de l’État avait répondu en substance : « Oui, mais que faire s’il m’indique ce qu’il veut, et qu’il ne me soit pas possible d’y souscrire… » Il craignait que son homologue syrien n’exige d’avoir son mot à dire dans toutes les options libanaises en matière de politique étrangère, de défense, de sécurité ou même d’économie. En d’autres termes, il se serait agi d’officialiser une tutelle syrienne qui, à l’époque, était encore embryonnaire. Ces appréhensions du président Sarkis se fondaient, en réalité, sur toute l’expérience du Liban avec une Syrie qui a toujours considéré son voisin comme étant l’une de ses propres provinces, la dix-neuvième. Il a du reste vite compris qu’il avait bien raison de s’inquiéter. En effet, les résolutions du sommet de Ryad avaient placé la Force de dissuasion arabe, dont le principal contingent était syrien avant de devenir le seul, sous son autorité. Et quand les Syriens, retournant leur veste après la réconciliation Sadate-Begin, s’étaient mis à bombarder Achrafieh, Sarkis n’était évidemment pas parvenu à faire respecter les ordres de cessez-le-feu qu’il donnait à la FDA. Il n’a obtenu l’arrêt des tirs, au bout de cent longs jours, qu’en menaçant de démissionner. L’ambassadeur Turk note ensuite que le Liban est pris en sandwich entre Israël, État ennemi qu’il ne reconnaît pas, et la Syrie, qui, pour sa part, ne le reconnaît pas à lui. Du moins en tant qu’entité indépendante, souveraine et libre. Dès lors, l’évocation d’une reprise du dialogue interlibanais n’a aucun sens, n’apporte aucune éclaircie, tant que l’« immixtionnisme » syrien a cours. Sabotage En effet, il est arrivé, comme on sait, aux pôles locaux de dialoguer fructueusement. Mais les résultats ont été sabotés par la suite. Il pourrait en être de même, de nouveau, et les échanges éventuels ne constitueraient finalement plus qu’un dialogue de sourds. Il est clair, en effet, que le débat interlibanais, à Beyrouth ou ailleurs, est inutile tant que la décision reste en pratique aux mains de Damas. Même une couverture arabe n’y ferait pas grand-chose. À preuve que les accords interpalestiniens de La Mecque ont non seulement tourné court, mais aussi carrément à la guerre civile ou presque. Cela malgré la pressante intervention conciliatrice de l’Égypte. Et les Palestiniens se retrouvent avec deux gouvernements, celui du Hamas à Gaza dirigé par Ismaïl Haniyeh, et celui du Fateh en Cisjordanie, dirigé par Salam Fayyad. D’une manière globale, des observateurs placent le nouveau drame palestinien dans le cadre de la lutte que se livrent les régimes modérés et les régimes radicaux de la région. Ainsi que du bras de fer opposant l’axe américano-occidental à l’axe syro-iranien. Pour le moment, et peut-être provisoirement, les durs semblent avoir réussi à torpiller les accords de La Mecque et du Caire. En poussant le Hamas à passer à l’attaque, sur le terrain, à Gaza, pour s’en emparer. Dès lors, la seule issue possible pour éviter une scission tiendrait dans un arrangement entre l’Arabie saoudite, l’Égypte et la Jordanie d’une part, la Syrie et l’Iran, d’autre part. Tableau un peu identique pour ce qui est du Liban. À cette vitale différence près que toutes les parties locales restent absolument déterminées à barrer la route à la guerre civile. Mais la lutte pour le pouvoir reste extrêmement âpre. Les partisans de l’axe syro-iranien veulent arracher le contrôle effectif de l’État et de la présidentielle via un cabinet d’union où ils disposeraient d’un tiers de blocage. Il faut le répéter : sans une entente entre modérés et radicaux du dehors, il serait pratiquement impossible aux Libanais de régler leurs problèmes entre eux. C’est pourquoi, concluent les observateurs cités, il faut attendre de voir ce que la visite à Damas, puis peut-être à Téhéran, de la mission Moussa va donner. Émile KHOURY

L’ambassadeur Fouad Turk se souvient que Philippe Takla avait conseillé un jour au président Sarkis de demander à Hafez el-Assad, pour mettre les choses au clair une fois pour toutes, ce qu’il voulait du Liban. Hochant la tête, le chef de l’État avait répondu en substance : « Oui, mais que faire s’il m’indique ce qu’il veut, et qu’il ne me soit pas possible d’y souscrire… »
Il craignait que son homologue syrien n’exige d’avoir son mot à dire dans toutes les options libanaises en matière de politique étrangère, de défense, de sécurité ou même d’économie. En d’autres termes, il se serait agi d’officialiser une tutelle syrienne qui, à l’époque, était encore embryonnaire.
Ces appréhensions du président Sarkis se fondaient, en réalité, sur toute l’expérience du Liban avec une Syrie...