Un père et son fils grièvement brûlé attendent de pouvoir passer en Israël. Plus chanceux, des ressortissants américano-palestiniens ont obtenu le feu vert. Des pillards observent la scène. Au terminal d’Erez, désespoir, soulagement et chaos se mêlent.
S’abritant à l’ombre d’un ancien bungalow de tôle en pièces qui faisait jusqu’à récemment office de buvette pour les voyageurs, Mohammad Slimane al-Hazine tente de rafraîchir son fils, Baha’, âgé 4 ans. L’enfant, au visage déformé par les brûlures, se tord de douleur. Ses mains et ses pieds ne sont plus que des moignons. Un sifflement sort de sa gorge lorsqu’il respire. « J’ai besoin d’électricité pour brancher son appareil de respiration », lâche son père. Il raconte que son fils a été brûlé au troisième degré, il y a quelques jours, dans un incendie provoqué par une défaillance électrique chez lui. Téléphone collé à l’oreille, il fait et refait désespérément le numéro de l’agent de liaison palestinien afin de rejoindre un hôpital israélien. Mais personne ne répond. « On m’a dit que les Israéliens avaient mon nom. Où est la Croix-Rouge ? » s’emporte-t-il, au bord de la rupture. « Pourquoi personne ne vient ? »
L’évacuation des blessés et des malades de la bande de Gaza est devenue un cauchemar depuis la chute le 15 juin du territoire aux mains du Hamas. Les employés du ministère palestinien de la Santé, chargés de la coordination, ne se rendent plus à leur travail. Résultat : Israël n’a plus d’interlocuteur et c’est la Croix-Rouge internationale qui tente de s’en charger.
À quelques mètres, sur le parking écrasé par la chaleur, le moteur d’un bus ronronne. À bord, une trentaine de Palestiniens – pour la plupart des femmes et des enfants détenteurs d’un passeport américain – s’apprêtent à quitter Gaza. « Nous avons obtenu le laissez-passer hier soir. J’ai fait mes valises toute la nuit pour pouvoir partir dès aujourd’hui », explique l’une des passagères, refusant de donner son nom. Elle indique seulement qu’elle était responsable de « l’Amicale américano-palestinienne de Gaza ». Sous ses lunettes fumées, elle raconte son calvaire. « Ma maison se trouve près du palais présidentiel. Des jours entiers, ça n’a été que tirs, meurtres, violences. » « Je me fiche de qui est au pouvoir. Hamas, Fateh, peu m’importe. Mais je ne veux pas que le pouvoir soit dans les mains d’un groupe qui compte dans ses rangs des meurtriers et des voleurs », dit-elle.
Quelques tirs résonnent au loin, les visages se crispent. « Il n’y a pas de liberté. Nos vies ne sont plus en sécurité », soupire-t-elle, soulagée de rejoindre Atlanta, aux États-Unis, mais « triste de quitter la Palestine », « cette terre qui est une partie » d’elle-même.
À ses côtés, Mona, une jeune femme élégante, observe les pillards en train de désosser la structure métallique verte du corridor menant en Israël. « Nous n’avons plus de travail. Il faut bien que nous vivions en vendant la ferraille », lance l’un d’entre eux perché sur une poutre. Mona s’impatiente. « Je suis venue en visite. À cause de la situation, j’ai été bloquée », explique-t-elle, précisant qu’elle s’envolera bientôt pour Dallas, au Texas. Une trentaine de Roumains, pour la plupart des femmes et des enfants, ont également demandé le soutien de Bucarest pour leur « évacuation » de la bande de Gaza.
Hicham Abou Chaabane, un agent de change marié à une ressortissante turque, attend lui aussi d’obtenir le sésame israélien pour rejoindre avec sa famille la ville d’Izmir, sur les côtes turques. « Ce que je vais faire là-bas ? Je ne sais pas encore. Je veux juste que ma femme et mon fils soient en sécurité », assure-t-il. « Dans peu de temps, nous allons voir des attentats à la voiture piégée à Gaza. Ce sera bientôt l’Irak ici. »
Mehdi LEBOUACHERA/AFP
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S’abritant à l’ombre d’un ancien bungalow de tôle en pièces qui faisait jusqu’à récemment office de buvette pour les voyageurs, Mohammad Slimane al-Hazine tente de rafraîchir son fils, Baha’, âgé 4 ans. L’enfant, au visage déformé par les brûlures, se tord de douleur. Ses mains et ses pieds ne sont plus que des moignons. Un sifflement sort de sa gorge lorsqu’il respire. « J’ai besoin d’électricité pour brancher son appareil de respiration », lâche son père. Il raconte que son fils a été brûlé au troisième degré, il y a quelques jours,...