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Actualités - Opinion

Sa « grande gueule » jamais ne se fermera

Il avait ses deux pays, ses deux amours, ses deux hyperlieux, deux espèces de placentas beyrouthins dans lesquels il était lui : le Parlement et le Sporting Club. Chaque jour, l’avant-midi, dans les couloirs du premier, dans son bureau ou lorsque les commissions se réunissaient, comme celle de la Défense, de l’Intérieur et de la Sécurité qu’il présidait, il travaillait, il préparait ses batailles politiques, s’enflammait contre les fossoyeurs de son pays, contre les symboles de l’occupation haïe qui refusent de s’en aller, il s’occupait des doléances de ses électeurs ; il faisait son métier de député. Dans ces couloirs, il m’est souvent arrivé de lui demander de réagir à tel événement ou tel prise de position, je l’entends encore marteler ce Nous allons gagner, nous, les Libanais, pas les Syriens, pas les Israéliens : nous… Chaque jour, l’après-midi, autour des piscines du second ou en face de la mer, sous un parasol, il marchait, il nageait, il jouait au trictrac avec ses vieux amis, il riait, buvait ses cafés, trompait la mort ; il vivait sa vie de Libanais, sa vie d’homme. Autour de ces piscines, on se saluait souvent, on évitait sous le soleil les scories politiques, il disait : « Ils ne nous empêcheront jamais de vivre, d’être heureux ; jamais ils ne fermeront ma grande gueule… » Chacun de ceux qui consacrent leur vie à exterminer ce pays savait pertinemment chacune des habitudes, chacun des trajets du nouveau martyr du Liban. Haririen de la première heure, celle de son si cher cheikh Rafic, Walid Eido a vécu dans les larmes, dans la rage et le courage, dans la pugnacité, dans l’action et l’engagement de tous les instants sa transformation volontaire, (dés)espérée, jusqu’au-boutiste en ce 14 Marsien exemplaire dans sa défense d’un Liban souverain, indépendant, libre, désyrianisé, délahoudisé ; ce Liban que le sang de son si cher cheikh Rafic avait commencé à dessiner. Walid Eido, seul ou avec ses compagnons du 14 Mars, avec ses copains du comité de suivi Akram Chehayeb, Antoine Zahra et Antoine Ghanem, se bat depuis 2005 sur tous les fronts. Contre la grotesque clownerie au centre-ville que l’opposition fait durer depuis le 1er décembre dernier : « Pas un simple carnaval mais une occupation », disait-il, accusant le Hezbollah d’y avoir acheminé des « armes à feu et des armes blanches ». Contre l’archiverrouillage de la Chambre par son président : le Parlement « n’a rien à voir » avec la polémique sur le degré de légitimité du gouvernement, soulignait-il, après avoir signé, comme ses 69 autres collègues, cette pétition que jamais Nabih Berry n’a pris la peine de lire. Contre ces fous furieux, à l’instar de Abdel-Rahim Mrad ou Élie Ferzli, qui se déchaînaient contre Jacques Chirac : « C’est honteux ! » avait-il tonné avec son ami Nabil de Freige. Contre la guerre perpétuelle au Liban-Sud : « Le gouvernement examine avec le Hezbollah la possibilité d’un retour à l’accord d’armistice », avait-il expliqué, avant de rendre un vibrant hommage à la Finul. Contre tous ceux qui ne voulaient pas que justice se fasse, dénonçant sans relâche toutes les tentatives des prosyriens de modifier d’abord les statuts de la commission d’enquête internationale, puis d’empêcher par tous les moyens l’adoption du tribunal spécial : la « coopération » avec la Syrie dont parle Serge Brammertz « ne sera effective qu’une fois Assad et Chareh entendus », avait-il noté, après avoir été l’un des premiers à exiger le retrait syrien. Contre, enfin, surtout, l’annexion du palais de Baabda par Émile Lahoud : « Pauvre présidence », répétait celui qui accusait l’homme de Damas de vouloir « maintenir l’État policier », de « violer » sans arrêt la Constitution, de refuser de signer les permutations judiciaires, de ne représenter personne à part lui-même. Après ceux de Rafic Hariri, Bassel Fleyhane, Gebran Tuéni et Pierre Gemayel, le nom de Walid Eido est venu s’ajouter à la liste des députés morts pour la nation. Et l’opposition poursuit ses petits jeux politiciens mortifères, continue de multiplier ses infernales conditions. Et les portes de l’hémicycle restent toujours insensément cadenassées. C’est très courtois de la part de Nabih Berry de présenter ses condoléances de président de la Chambre, de collègue, de citoyen. Très courtois et absolument insuffisant : la moindre des choses que le n° 2 de l’État doit à la mémoire du député et du juge, assassiné au lendemain de l’entrée en vigueur du tribunal international et à quelque deux mois et demi de l’élection présidentielle, c’est : un : adresser un mémorandum officiel aux 68 députés (sur)vivants leur demandant expressément de prendre toutes les mesures nécessaires pour échapper aux assassins, et, deux : convoquer immédiatement, instantanément, les députés à se réunir place de l’Étoile. Ziyad Makhoul
Il avait ses deux pays, ses deux amours, ses deux hyperlieux, deux espèces de placentas beyrouthins dans lesquels il était lui : le Parlement et le Sporting Club.
Chaque jour, l’avant-midi, dans les couloirs du premier, dans son bureau ou lorsque les commissions se réunissaient, comme celle de la Défense, de l’Intérieur et de la Sécurité qu’il présidait, il travaillait, il préparait ses batailles politiques, s’enflammait contre les fossoyeurs de son pays, contre les symboles de l’occupation haïe qui refusent de s’en aller, il s’occupait des doléances de ses électeurs ; il faisait son métier de député. Dans ces couloirs, il m’est souvent arrivé de lui demander de réagir à tel événement ou tel prise de position, je l’entends encore marteler ce Nous allons gagner, nous, les Libanais, pas les Syriens,...