Le Forum économique mondial (WEF), qui réunit au Cap l’élite économique et politique d’Afrique, s’est ouvert hier sur un avertissement : le continent va mieux, mais se fait distancier par le reste du monde.
L’économie africaine « va de mieux en mieux », a souligné Jennifer Blanke, économiste du WEF, avant l’ouverture des débats. En 2006, le continent a enregistré une croissance de 5,5 %, qui devrait augmenter à 6,2 % en 2007, soit le plus fort taux depuis des décennies.
« Malheureusement, alors qu’il y a eu des améliorations, le problème est que le reste du monde avance plus vite », a indiqué Mme Blanke devant la presse en présentant un rapport du WEF sur la compétitivité de l’Afrique, réalisé avec la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD).
L’Afrique peut devenir plus compétitive, à condition que les États « améliorent l’accès au financement, reconstruisent les infrastructures et renforcent les institutions », affirme le rapport.
La plus grande économie du continent, l’Afrique du Sud, représente toujours le tiers du PIB africain pour 6 % de sa population totale.
Mais la jeune démocratie chute en termes de compétitivité, en raison du coût économique d’une criminalité parmi les plus élevées du monde, du manque de fiabilité de l’approvisionnement en électricité et de la rigidité de son droit du travail, indique le rapport.
Sur l’ensemble du continent, la croissance de ces dernières années a été alimentée surtout par des facteurs externes, tels que les cours des matières premières, l’allègement de la dette et un environnement économique international favorable.
Mais cette croissance, « bien qu’élevée en termes historiques, est encore inférieure aux 7 % de croissance annuelle nécessaires pour atteindre les objectifs fixés par l’ONU pour réduire la pauvreté de moitié d’ici à 2015 », selon le rapport.
« La corruption en Afrique reste un sérieux obstacle à l’amélioration de la productivité et de la compétitivité », ajoute-t-il.
Li Ruogu, président de la Banque chinoise d’import-export, a souligné devant la presse que les échanges entre son pays et l’Afrique avaient jusqu’ici augmenté de 30 % par an pour atteindre 55 milliards de dollars en 2006.
« Mais si vous voulez vraiment développer les échanges, vous devez améliorer le développement, a-t-il déclaré. Sans développement, il n’y a pas de base pour le commerce. »
L’homme d’affaires sud-africain Tokyo Sexwale, considéré comme l’un des favoris à la succession du président Thabo Mbeki en 2009, a ajouté que « l’Afrique devra trouver sa propre voie pour le développement, à la fois économique et politique ».
« Nous devons trouver notre voie en accord avec les disparités de nos pays », a-t-il estimé, citant l’Angola riche en pétrole, qui a enregistré 17,6 % de croissance en 2006, et le Zimbabwe, dont l’économie s’est contractée de 4,4 %.
Le président Mbeki, qui doit ouvrir officiellement le forum en fin de journée, accueille au Cap ses homologues du Malawi, Bingu Wa Mutharika, du Mozambique, Armando Guebuza, du Sénégal, Abdoulaye Wade, et de Zambie, Levy Mwanawasa, ainsi que des hommes d’affaires, ministres et responsables de banque centrale.
Le 17e « Davos africain » réunit jusqu’à demain quelque 700 délégués de 42 pays dans la capitale parlementaire sud-africaine.
Ils doivent évoquer les contraintes structurelles et le manque de personnel qualifié qui handicapent les entreprises en Afrique, le développement des relations économiques avec l’Asie, mais aussi la crise politico-économique au Zimbabwe, le terrorisme ou les changements climatiques.
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