Une évidence saute aux yeux, relèvent des observateurs avertis : Nous ne sommes pas en présence d’une nouvelle « guerre des camps » genre Kataëb contre Tall Zaatar ou Amal contre Chatila, mais bel et bien d’un effet de ce que l’on appelle la lutte des axes, qui s’articule elle-même, en partie, sur le conflit central arabo-israélien, dont le nucleus reste la question palestinienne. D’où la volonté, jamais démentie, de certaines parties d’exploiter par tous les moyens la carte de pression, ou de contre-pression, que constituent, à l’image du Liban-Sud, les camps palestiniens installés dans ce pays. Exploitation rendue plus facile, cela va sans dire, par l’incroyable, l’intolérable privilège d’extraterritorialité qui leur est accordé.
C’est ce qui explique que l’on entend les hérauts locaux de ces parties soutenir contre toute vraisemblance que Fateh el-Islam a été parachuté à Nahr el-Bared, en a pratiquement pris le contrôle, dans le cadre d’un complot occidental, plus précisément américain, visant à asseoir l’implantation palestinienne au Liban. Ces prosyriens n’expliquent cependant pas comment le nettoyage de mouvements terroristes pourrait entraîner l’implantation. On se demande plutôt qui aurait intérêt à voir des groupes comme Fateh el-Islam, Esbat el-Ansar ou ces Jound el-Cham fixés définitivement au Liban. Pour en faire derechef un deuxième Irak.
Le démenti est certes apporté aux prosyriens par les réalités géographiques et géopolitiques : ce camp du Nord, quasi frontalier, a de tout temps été le plus soumis à l’influence (et c’est peu dire) du régime syrien. Mais la contradiction est rendue encore plus éclatante par la réaction des organisations palestiniennes d’obédience syrienne. Réunies au sein d’une « alliance des sections », elles se sont dressées comme un seul homme pour réclamer le libre passage des terroristes, après remise de leur armement à ce même groupement palestinien prosyrien.
Inacceptable, évidemment. L’armée et l’État n’admettent que la reddition. Ce qui est d’autant plus normal qu’il se confirme que Fateh el-Islam préparait rien moins qu’un 11-Septembre libanais. Et là aussi c’est peu dire. Car la cellule terroriste avait reçu ordre de détruire la jonction routière à Chekka, en vue de créer ultérieurement son « émirat » islamiste au Nord !
Rêve hitlérien
C’est du moins ce que lui ont fait croire les manipulateurs, qui rêvent toujours pour leur part d’un Anschluss leur permettant de récupérer la «19e province » qu’est le Liban à leurs yeux. Projet que le gouvernement légal et le 14 Mars ont fait capoter, comme on sait, sur le plan politique. Et que l’armée démolit, à son tour, sur le terrain.
Le contre-plan, en marche, se trouve donc bien avancé. Quand il aura été entièrement mené à bien, que Fateh el-Islam aura été réduit à merci, les manipulateurs se trouveront privés, pour de bon, de la carte palestinienne. Plus exactement, de cette aubaine que représentaient pour eux des camps dont on pouvait se servir aussi bien sur le plan politique que comme bases pour le « service action ». Bases de recrutement de réfugiés pour ainsi dire affamés, transformés en sacs de sable. Bases d’entraînement et d’armement de « bras séculiers » terroristes ou activistes divers, fondamentalistes ou de gauche.
Ce qui avait débouché à Saïda, proche du camp principal de Aïn el-Héloué, sur l’assassinat, resté impuni, de quatre juges libanais. Un précédent appelé à ne pas se répéter. Tout comme les infiltrations d’armes et d’éléments à partir de la Syrie ne seront plus possibles, malgré le refus de Damas d’une force onusienne de surveillance. Plus exactement, ces infestations seront contrées à l’arrivée, les subversifs n’ayant plus de point de chute, une fois les camps palestiniens sous contrôle.
Sur ce point, l’officiel palestinien Abbas Zaki indique que la normalisation devra être parachevée en six mois, qu’elle sera sécuritaire et non militaire. Ce qui est du reste prévu dans les résolutions du comité du dialogue, réservant aux seules FSI, et sauf cas d’urgence exceptionnelle, permanences et patrouilles conjointes avec les Palestiniens réguliers. Effet boomerang donc à Nahr el-Bared et avec Fateh el-Islam, pour les pêcheurs en eau trouble régionaux. À partir de ce cas, et fort de l’aval sans réserve des organisations palestiniennes dites régulières, le Liban va pouvoir entreprendre de normaliser la situation dans l’ensemble des camps qu’il héberge, en se fondant sur les résolutions unanimes, ratifiées par le gouvernement, du comité national de dialogue. À savoir l’abolition de l’armement hors des camps et sa régulation à l’intérieur, sous supervision de l’autorité libanaise.
Philippe ABI-AKL
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C’est ce qui explique que l’on entend les hérauts locaux de...