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Investissement Les étrangers s’imposent peu à peu à la tête des entreprises allemandes

Mondialisation oblige, les directions des grandes entreprises allemandes, longtemps chasse gardée des élites nationales, s’ouvrent progressivement aux dirigeants étrangers. Siemens a choisi, il y a dix jours, un Autrichien, Peter Loscher, pour reprendre les rênes du groupe ébranlé par plusieurs scandales de corruption. Le geste a valeur de symbole : en 160 ans d’histoire, c’est la première fois que le premier employeur privé d’Allemagne fait appel à un étranger. La nomination de M. Loscher n’est pas un cas isolé. Aujourd’hui, sur les trente grandes entreprises du Dax, l’indice des valeurs vedettes de la Bourse de Francfort, sept ne sont plus dirigées par des Allemands. La première banque privée, Deutsche Bank, et l’opérateur boursier Deutsche Borse sont présidés par des Suisses, traditionnellement très appréciés dans la finance. Plus exotique, le groupe énergétique RWE a confié sa destinée à un Néerlandais et le conglomérat MAN à un Suédois. Longtemps réputés pour promouvoir systématiquement des dirigeants du cru qui font toute leur carrière au sein même de l’entreprise, les groupes allemands évoluent peu à peu. « C’est une conséquence de l’ouverture aux marchés extérieurs », résume Heide Huck du cabinet de recrutement SCS. L’économie allemande, première exportatrice mondiale devant les États-Unis, commence à donner une prime à ceux qui connaissent le mieux le contexte à l’étranger, explique-t-elle. Fresenius Medical Care, le leader mondial des équipements de dialyse, un des groupes les plus rentables mais aussi les plus méconnus d’Allemagne, est dirigé depuis 1999 par un Américain, Ben Lipps. Rien que de très normal puisque le groupe réalise environ la moitié de son chiffre d’affaires aux États-Unis. C’est le critère de la compétence qui a prévalu également quand MAN a promu en 2005 le Suédois Haakan Samuelsson. Le conglomérat, actif notamment dans les turbines, souhaitait se recentrer sur son activité principale, les poids lourds, un secteur que M. Samuelsson connaît sur le bout des doigts pour avoir passé l’essentiel de sa carrière chez Scania. Les étrangers ont un certain nombre d’avantages, selon les observateurs. « Notre manière d’aller vers les gens un peu plus amicalement que ne le font les Allemands nous ouvre beaucoup de portes », note l’Autrichien Peter Em, ancien dirigeant de la fédération patronale allemande BDA. Les Français profitent eux aussi du mouvement. Le groupe de grande distribution Rewe est dirigé depuis l’automne par Alain Caparros, et la marque de prêt-à-porter Escada a choisi cette semaine l’ancien patron de Céline, Jean-Marc Loubier, pour lui donner un nouveau souffle. L’ouverture a toutefois ses limites. La presse allemande ne pardonne quasiment aucune erreur aux impétrants : les journaux ont ainsi tendance à rappeler les origines suisses de Josef Ackermann, le patron de Deutsche Bank, à la moindre mauvaise nouvelle. Et le chemin qui mène au sommet reste toujours aussi tortueux dans un pays très attaché à des parcours formatés. Considéré comme trop ambitieux, l’Israélien Shai Agassi a été écarté récemment pour le poste de numéro un de SAP malgré ses talents reconnus de programmateur. Le leader mondial des progiciels lui a préféré un Allemand, Leo Apotheker. L’Indien Anshu Jain, qui dirige la banque d’investissement de Deutsche Bank, faisait lui aussi figure de favori pour prendre à terme les rênes de l’institut. Mais il a déclenché un tollé dans le petit milieu bancaire francfortois en affichant trop franchement ses ambitions : il a commis l’erreur d’annoncer qu’il avait commencé à prendre des cours d’allemand.



Mondialisation oblige, les directions des grandes entreprises allemandes, longtemps chasse gardée des élites nationales, s’ouvrent progressivement aux dirigeants étrangers.
Siemens a choisi, il y a dix jours, un Autrichien, Peter Loscher, pour reprendre les rênes du groupe ébranlé par plusieurs scandales de corruption. Le geste a valeur de symbole : en 160 ans d’histoire, c’est la première fois que le premier employeur privé d’Allemagne fait appel à un étranger.
La nomination de M. Loscher n’est pas un cas isolé. Aujourd’hui, sur les trente grandes entreprises du Dax, l’indice des valeurs vedettes de la Bourse de Francfort, sept ne sont plus dirigées par des Allemands.
La première banque privée, Deutsche Bank, et l’opérateur boursier Deutsche Borse sont présidés par des Suisses,...