J e suis du Chouf. Les mains, la sueur et l’espoir irréaliste mais réalisé de mes ancêtres d’aménager le Mont-Liban en terrasses leur ont fait gagner le droit de vivre au Liban.
Ce droit, ils me l’ont légué et je le vénère. Comme héritage familial, et parce que malgré toutes les vicissitudes, le Liban permet à chacun d’enrichir l’autre de ses différences.
Je suis maronite, mais je refuse d’être réduite à une seule des composantes des identités multiples qui me constituent et d’être figée ma vie durant aux seules données d’état civil qui m’ont définie à la naissance.
Je vis à Beyrouth, j’y travaille. Et si mon objectif premier est d’améliorer les conditions de vie des miens, je n’en suis pas moins une bonne citoyenne. Je paye mes impôts, rubis sur l’ongle. Je paye mes factures d’électricité en râlant, mais je les paye parce que je considère que c’est une contribution solidaire et s’il m’arrive de prendre un sens interdit, jamais je ne squatte le bien d’autrui.
Je suis libanaise. Durant la guerre de 1975-1990, je n’ai pas voulu choisir un camp. À « l’Est », nous n’étions pas plus unanimement « Ouwwet » que votre communauté n’est toute Hezbollah aujourd’hui.
Je refuse que la Syrie préside aux destinées de mon pays. Qu’elle y parraine la corruption pour se maintenir. Qu’elle impose le silence aux patriotes, par la terreur.
Votre résistance face à l’arrogance d’Israël et ses pratiques terroristes me remplit de fierté.
Je ne vous raconte pas mon bonheur, quand l’été 2000 je me suis promenée dans le Sud libéré et que j’ai symboliquement « caillassé » le poste frontière de Bab-Fatmé. Je ne sais pas citer le nom de toutes les victimes de la folie meurtrière d’Israël même si leur sacrifice nous enracine encore plus profondément dans notre terre.
Rafic Hariri est mon compatriote. Il était mesuré. Il avait une vision d’avenir pour mon pays. Son assassinat, par son énormité, a libéré les gens de leur peur-torpeur et les a poussés dans la rue pour dire :
« Ça suffit ! » Je ne citerai pas toutes les victimes de ces deux dernières années, même si chaque goutte de leur sang ancre l’impossibilité d’un retour en arrière.
Je suis fille, sœur, femme, mère, amie. J’aime la mer. Les bains de mer me sont nécessaires. L’été 2006, Israël n’a pas seulement compromis la saison touristique, il a aussi pollué ma mer. De n’avoir pas nagé tout l’été, j’étais toute chose cet hiver…
Depuis cet hiver, je me demande sayyed Hassan si vous voulez qu’on vive encore ensemble, libres et égaux ? Dites « oui », sayyed Hassan.
Et faites l’économie des expériences malheureuses des autres communautés.
Pourquoi durcir votre discours (doigt accusateur et menaces de crucifier vos adversaires) ?
À quoi sert de finir par assumer l’adhésion plénière de votre communauté à un pays détruit ?
Ne réitérez pas l’expérience des protagonistes des trente dernières années, qui, par le choix de leurs alliances régionales, ont pensé améliorer les conditions de leur cohabitation interne pour finir par payer très cher le prix de leur sujétion.
Vous voulez un réaménagement de votre part du gâteau national ?
Vous voulez que la distribution des parts passe de 50 /50 aux trois 1/3 ?
Vos alliés Aoun et Frangié savent-ils qu’ils font le lit de cette nouvelle équation ?
Il y a quelques jours, sur Manar, j’ai vu un reportage sur le drapeau Hezbollah, planté à la frontière pour narguer les Israéliens. L’initiative est audacieuse. Mais avez-vous remarqué la différence entre les deux côtés de la frontière ? La misère de nos régions du Sud face à la luxuriance des colonies du Nord d’Israël.
Peut-être que sur un champ de bataille économique nous pourrions les battre ?
Pansons nos blessures.
Évitons l’immigration ou l’exil de nos forces vives.
Permettons à nos enfants de garder la fierté d’appartenir à un pays légué par leurs ancêtres et de contribuer à l’édification de notre avenir commun.
Remplissons les caisses du Sud et veillez à la diligence de la dépense.
Remplissons les caisses de la banlieue et réédifions pour chaque déplacé sa maison et sa dignité.
Travaillons !
Construisons de la croissance.
Et agrandissons le gâteau pour qu’augmente la part de votre communauté.
Article paru le Vendredi 18 Mai 2007
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Ce droit, ils me l’ont légué et je le vénère. Comme héritage familial, et parce que malgré toutes les vicissitudes, le Liban permet à chacun d’enrichir l’autre de ses différences.
Je suis maronite, mais je refuse d’être réduite à une seule des composantes des identités multiples qui me constituent et d’être figée ma vie durant aux seules données d’état civil qui m’ont définie à la naissance.
Je vis à Beyrouth, j’y travaille. Et si mon objectif premier est d’améliorer les conditions de vie des miens, je n’en suis pas moins une bonne citoyenne. Je paye mes impôts, rubis sur l’ongle. Je paye mes factures...