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Entre radical-socialisme et gaullisme, les paradoxes du « chiraquisme »

Attaqué tout au long de sa carrière et de ses 12 années de présidence sur ses revirements ou sa supposée absence de « convictions », Jacques Chirac a, selon plusieurs experts, donné des accents gaullistes à une pratique du pouvoir inspirée du radical-socialisme. Jacques Chirac, c’est d’abord « un savoir-faire remarquable dans l’art d’arriver au pouvoir », relève le politologue Philippe Braud, soulignant « la ténacité et le courage dans la conquête » de celui qui connut deux échecs cuisants avant d’accéder à l’Élysée. C’est dans l’exercice des responsabilités que le « chiraquisme » a paru plus difficile à cerner. Réticent à se dire de droite, le chef de l’État sortant n’a pas caché sa répugnance pour les idéologies, le libéralisme aussi bien que le communisme. « Des perversions de la pensée humaine », a assuré au journaliste Pierre Péan (dans L’inconnu de l’Élysée) cet ancien adepte du thatchérisme dans les années 80. Et si le fondateur du RPR se réclame de De Gaulle, se posant en défenseur des institutions de la Ve République, il s’en est aussi éloigné lorsqu’« il a accepté la cohabitation en 1997 et n’a pas démissionné après la victoire du non » au référendum européen de 2005, souligne M. Braud. « Le chiraquisme est une variante du radical-socialisme » triomphant sous la IIIe République, affirme l’expert. « Jacques Chirac est toujours dans un entre-deux, en fonction des opportunités », estime-t-il, citant le quinquennat, dont le président ne voulait pas, avant de s’y rallier. Le chiraquisme est avant tout un « pragmatisme », insiste le politologue Jean-Luc Parodi, qui perçoit « le souci de ne pas brusquer une société fragile ». Il pointe le « paradoxe » de la succession, à trois ans d’intervalle, d’une réforme des retraites de 2003 « prudente, lente, pédagogique » – même si elle a été vivement contestée dans la rue – et d’une « politique brutale et non négociée » avec le CPE voulu par Dominique de Villepin. Par-delà évolutions et fluctuations, la présidence chiraquienne s’est signalée par l’insistance sur les thématiques républicaines, défense de la laïcité et unité nationale. Refus d’alliances avec le FN (en particulier lors des régionales de 1998), travail de mémoire sur l’esclavage ou le rôle de l’État français dans la déportation des juifs : « Le chiraquisme est plutôt un système de valeurs qu’un corps de doctrine », analyse Dominique Reynié, également au Cevipof. En mettant l’accent sur les « valeurs », le président était aussi dans son « rôle », nuance toutefois l’expert. De même sur l’international : Jacques Chirac a assumé l’essentiel de « la doctrine française depuis de Gaulle », même s’il a mis « sa patte » en défendant sans relâche multilatéralisme et dialogue des cultures, juge M. Reynié. Ainsi du refus d’engager la France dans la guerre en Irak en 2003. Fait de reprises et d’accents plus personnels, le chiraquisme survivra-t-il à la présidence Chirac ? « Il n’y a pas d’héritage chiraquien », assure Philippe Braud, ne voyant « pas d’héritiers ostensibles ». Le président élu Nicolas Sarkozy s’est, en effet, appliqué à bâtir sa stratégie sur la « rupture » avec l’héritage de son ancien mentor.

Attaqué tout au long de sa carrière et de ses 12 années de présidence sur ses revirements ou sa supposée absence de « convictions », Jacques Chirac a, selon plusieurs experts, donné des accents gaullistes à une pratique du pouvoir inspirée du radical-socialisme.
Jacques Chirac, c’est d’abord « un savoir-faire remarquable dans l’art d’arriver au pouvoir », relève le politologue Philippe Braud, soulignant « la ténacité et le courage dans la conquête » de celui qui connut deux échecs cuisants avant d’accéder à l’Élysée.
C’est dans l’exercice des responsabilités que le « chiraquisme » a paru plus difficile à cerner. Réticent à se dire de droite, le chef de l’État sortant n’a pas caché sa répugnance pour les idéologies, le libéralisme aussi bien que le communisme. « Des perversions de...