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VIENT DE PARAÎTRE - « Jamilia » de Chingiz Aïtamov Un émouvant chant d’amour

Il y a des livres faussement fragiles. Avec quelques feuillets, l’impression trompeuse d’une nouvelle légère ou anodine, une histoire simple de tous les jours, des personnages qu’on croit connaître et voilà qu’au bout de quelques pages, tout bascule et la force de ce que l’on considérait sans méfiance aucune comme pure fabulation vous plaque littéralement au siège. Lire n’est plus alors une affaire de loisir, mais d’émotion profonde, bouleversante. C’est à cette catégorie d’ouvrages qui se grave en mémoire qu’appartient le roman Jamilia de Chingiz Aïtamov (ici en version anglaise de 96 pages, édition Telegram, dans une traduction de James Riordan, mais que l’on trouve tout aussi bien en version française en collection Folio). Chingiz Aïtamov est un auteur qui se passe aujourd’hui de publicité car bien avant la littérature, la diplomatie l’a propulsé sous les feux de l’actualité. Conseiller de Mikhael Gorbatchev à la fin de l’ère soviétique, à la fois ambassadeur du Kirghizstan auprès de l’OTAN, de l’Union européenne et de la Belgique, considéré comme le plus grand écrivain de son pays où il est né en 1928, Chingiz Aïtamov a des œuvres traduites en plus de cent langues. Lauréat de nombreux prix nationaux et internationaux, son écriture a séduit des millions de lecteurs et a été unanimement saluée par une critique enthousiaste et dithyrambique. À son actif, un chapelet d’opus qui ont pour titre L’adieu, Le bateau blanc, Ascension au mont Fuji, Un jour dure plus que cent ans… Avec ce roman court et porté par une poésie diaphane, arborant comme une oriflamme battant le vent le nom d’une femme, Jamilia, Chingiz Aïtamov rend un vibrant hommage à la générosité de cœur des êtres simples broyés par la vie. Tout commence avec ce couple qui se sépare, sans savoir trop pourquoi, à cause des contingences politiques. Le mari est envoyé au front et Jamilia retourne aux champs pour porter des sacs de grains de blé dans un village perdu du Caucase. À côté d’elle, Seit, son jeune beau-frère, et Daniyar, un rescapé des combats… Et le temps passe, sans cruauté précise, dans ces contrées rudes où la vie est indifférente à tout ce qui n’est pas saisons, semailles et moisson. Les lettres arrivent, froides et distantes, d’un mari qui n’a que faire de sa conjugalité bien lointaine et devenue presque irréelle. Jamilia a du mal à repousser les avances et les ardeurs des hommes restés dans ces solitudes. C’est Seit qui les observe avec finesse et tact. Et un jour, sans crier gare, en retournant des champs, Daniyar chante. De cette belle voix russe, aux intonations graves et douces à la fois. Et brusquement, Jamilia n’est plus qu’oreilles attentives, et son cœur s’éveille à un amour qu’elle croyait bien assoupi sous le poids du labeur, les désolations des steppes et la pudeur des fichus qui cachent les belles chevelures en cascades… Le mari ne rentrera pas à temps pour retrouver sa conjointe car le bonheur a des exigences immédiates. Les deux amants sont déjà sur les routes de l’exil tout à leur émerveillement, leur éblouissement. Avec des mots simples, une trame fine comme un papier de cigarette, des images d’une beauté radieuse et délicate malgré les décors frustes et la pauvreté des lieux, des situations innocentes et dramatiques à la fois, le livre de Chingiz Aïtamov, comme un texte de Tourgueniev ou un poème de Maïakovski, déploie une musique singulière et attachante. Et Aragon, qui s’y connaissait en littérature russe et en poème amoureux, lui « Le fou d’Elsa », ne s’est guère trompé en déclarant cet opus comme « la plus belle histoire d’amour au monde ». Edgar DAVIDIAN * « Jamilia », de Chingiz Aïtamov, en vente à la librarie al-Borj.
Il y a des livres faussement fragiles. Avec quelques feuillets, l’impression trompeuse d’une nouvelle légère ou anodine, une histoire simple de tous les jours, des personnages qu’on croit connaître et voilà qu’au bout de quelques pages, tout bascule et la force de ce que l’on considérait sans méfiance aucune comme pure fabulation vous plaque littéralement au siège. Lire n’est plus alors une affaire de loisir, mais d’émotion profonde, bouleversante.
C’est à cette catégorie d’ouvrages qui se grave en mémoire qu’appartient le roman Jamilia de Chingiz Aïtamov (ici en version anglaise de 96 pages, édition Telegram, dans une traduction de James Riordan, mais que l’on trouve tout aussi bien en version française en collection Folio). Chingiz Aïtamov est un auteur qui se passe aujourd’hui de publicité car...