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Actualités - Opinion

L’armement du Hezbollah, thème d’un conflit essentiel pour le Liban politique

On parle de ci ou de ça, et l’on oublie parfois, souvent, un problème tout à fait essentiel : l’armement du Hezbollah. Le conflit à ce sujet entre le parti de Dieu et le gouvernement induit en réalité des notions capitales, existentielles même pour une nation politique. Comme l’État, sa souveraineté, son autorité, sa loi, le droit d’exclusivité de la force, comme on dit. Ou le droit, tout aussi exclusif, de décider de la guerre et de la paix. Or, toutes les décisions ad hoc, intérieures ou extérieures, depuis Taëf jusqu’à la 1701 en passant par la 1559 ou les sept points, restent lettre morte. Avec Chebaa en corollaire. On sait, à ce propos, que face aux intentions de placer l’enclave sous l’égide de l’ONU, en vue de sa récupération par le Liban au titre de la 425, c’est le chef de l’État libanais lui-même (ce qui peut paraître ahurissant et incroyable) qui s’y est pratiquement opposé. La normalisation éventuelle ôtant, en principe, à l’armement du Hezbollah toute justification, M. Émile Lahoud a exigé qu’Israël rende les eaux et les fermes autant que le territoire. Pour préciser qu’en tout état de cause, il n’est pas question de désarmer le Hezb tant qu’il subsiste un état de guerre avec Israël. Autrement dit, tant que la paix régionale globale n’aura pas été conclue, le Liban s’étant engagé depuis toujours à être le dernier à signer. En réalité, comme le secrétaire général du Hezb, sayyed Hassan Nasrallah, l’a indiqué à maintes reprises, il existerait une autre éventualité de voir sa formation renoncer à son arsenal. À savoir l’émergence d’un État dit libanais auquel il pourrait s’identifier. Un État parfaitement conforme aux vœux et aux objectifs du parti. Qui lui remettrait alors ses armes, comme si en fait il les remettait à lui-même. C’est dans un tel but que, pour commencer, le Hezb a exigé ce tiers de blocage lui permettant de contrôler l’Exécutif par la négative. Avant de prendre, avec ses alliés, le pouvoir tout entier, via des législatives anticipées. Dans la même perspective, le parti conditionne le quorum pour la présidentielle à un accord sur un nom lui convenant. Pour être certain, répétons-le, de pouvoir continuer facilement à saboter toute tentative de le désarmer. Explications Assez candidement, des députés du 8 Mars reprennent, au sujet de l’attitude du Hezbollah, les explications fournies assez vite après le retrait des Syriens par certains théoriciens du parti. En soulignant que, sous la tutelle syrienne, le Hezb ne se mêlait que très peu, quand cela était absolument nécessaire, des questions internes. Du moment qu’il se sentait rassuré quant à la couverture politique, à l’ombrelle du pouvoir dirigé par Damas, en ce qui concerne sa résistance face à Israël. Et partant, à son armement. D’autant que l’État libanais ne faisait pas acte de présence dans la zone frontalière où, sur injonction du régime syrien, il se voyait interdire de déployer l’armée nationale. Il en a été ainsi pendant trente ans. Lorsque le président Élias Hraoui avait formé le projet d’un déploiement, il s’était fait taper sur les doigts par un Farouk el-Chareh accouru précipitamment à Baabda. L’argument avancé alors étant que l’armée libanaise ne devait pas servir de garde-frontière aux Israéliens. On ajoutait que l’armée n’était pas en mesure d’assurer le rôle de la résistance sur le terrain. Autrement dit qu’elle ne pouvait pas s’autoriser des initiatives offensives, des opérations de commando, face à l’ennemi. Comme cette capture de deux soldats israéliens qui a provoqué la guerre de juillet 2006. Toujours est-il, reprennent les députés opposants cités, qu’après la fin de la tutelle syrienne, le Hezbollah s’est trouvé contraint de protéger ses flancs lui-même, de ne plus compter que sur ses propres capacités pour défendre ses intérêts. C’est à cette fin qu’il avait décidé d’entrer, pour la première fois, au gouvernement. Et la rétraction concernant les sept points, initialement approuvés par les ministres hezbollahis ? Elle se justifie, répondent ces derniers, parce qu’il était avant tout nécessaire, même au prix d’un pis-aller, de prévenir une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU se fondant sur le chapitre VII. Mais les ministres en question n’avaient pas manqué d’exprimer leurs réticences, lors du débat en Conseil des ministres. D’ailleurs l’un d’eux, Mohammad Fneich, rappelle que les discussions avaient duré trois longues heures, que les majoritaires voulaient recourir à la procédure de vote et que le président Siniora menaçait de se retirer de la séance. En d’autres termes, que les ministres hezbollahis avaient dû céder à une pression abusive. Une défense qu’un loyaliste ministériel trouve elle-même abusive. En relevant qu’il est tout à fait normal qu’un sujet d’importance fasse l’objet de divergences marquées et de discussions serrées. Mais qu’il est également normal qu’au bout du compte, il faut bien qu’une décision soit prise. Pourquoi donc, demande ce ministre, les ministres du Hezbollah et du mouvement Amal avaient-ils accepté les sept points, s’engageant du même coup à en respecter l’exécution ? Ils n’avaient, à la suite de la séance, exprimé aucune réserve. Et n’avaient nullement contesté le constat, établi dans le communiqué du gouvernement, d’un rassemblement libanais unanime autour des sept points. Pourquoi ont-ils attendu tant de mois avant de dénoncer le programme gouvernemental ? Au contraire, rappelle ce ministre, le même ministre Fneich n’avait-il pas déclaré alors, en toutes lettres que « le Conseil des ministres est d’accord sur le mécanisme de prise de la décision. Il est unanime sur les sept points, d’après les débats qui se sont déroulés en son sein. Nous sommes unanimes sur les points en question ». Autres rappels Il est clair toutefois que le différend de fond ne porte pas sur l’adoption, ou la récusation, des sept points, mais bien sur l’armement du Hezbollah. Initialement, le débat sur le sujet autour de la table ronde de dialogue national avait tourné court. Il avait été certes convenu qu’il fallait traiter d’une stratégie nationale de défense. Mais l’on n’avait pas été plus loin, chaque partie campant sur ses positions, et le sujet avait été ajourné sine die. Par la suite, l’on avait pensé que la question se trouvait réglée par la résolution numéro 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies. En effet, elle avait été approuvée par le gouvernement libanais, en présence des ministres du Hezbollah. Ce texte stipule que l’armement doit être le monopole exclusif de l’État libanais. Mais des cadres du parti s’étaient empressés de pinailler, en affirmant que la résolution n’ordonne pas la remise de l’armement du Hezbollah à l’État libanais (on se demande alors ce que l’expression monopole exclusif voudrait donc dire). En ajoutant qu’Israël continuant à transgresser la résolution par ses survols du territoire libanais, il n’était pas possible de passer la suspension d’hostilités à un cessez-le-feu total. L’État hébreu avait répondu en justifiant ses survols par la nécessité de surveiller l’évolution du dispositif, et du trafic d’armes sur le terrain, du moment que la Syrie continuait à en livrer au Hezbollah. Quoi qu’il en soit, sur le plan pratique, il s’agit de savoir comment résoudre la question de l’armement du Hezb. Serait-ce en intégrant ses éléments armés à l’armée libanaise, au besoin en créant une brigade auxiliaire ? Serait-ce en créant un commandement conjoint, plaçant ces militants sous l’autorité de l’état-major officiel ? Enfin, faudra-t-il attendre une paix régionale globale avant de voir cet épineux problème réglé ? Émile KHOURY

On parle de ci ou de ça, et l’on oublie parfois, souvent, un problème tout à fait essentiel : l’armement du Hezbollah. Le conflit à ce sujet entre le parti de Dieu et le gouvernement induit en réalité des notions capitales, existentielles même pour une nation politique. Comme l’État, sa souveraineté, son autorité, sa loi, le droit d’exclusivité de la force, comme on dit. Ou le droit, tout aussi exclusif, de décider de la guerre et de la paix.
Or, toutes les décisions ad hoc, intérieures ou extérieures, depuis Taëf jusqu’à la 1701 en passant par la 1559 ou les sept points, restent lettre morte.
Avec Chebaa en corollaire. On sait, à ce propos, que face aux intentions de placer l’enclave sous l’égide de l’ONU, en vue de sa récupération par le Liban au titre de la 425, c’est le chef de l’État...