Le cabinet d’union, le tribunal, les législatives anticipées, autant de chapitres dépassés, sans être tout à fait clos. On continue en effet à en discuter, dans un esprit polémique. Mais la crise se focalise désormais, toutes tensions accumulées, sur la présidentielle de septembre-octobre. Le clivage s’articule autour de l’impossibilité manifeste d’accorder les projets en présence. Les efforts déployés par les conciliateurs, l’Arabie saoudite notamment, pour une reprise du dialogue interne ont échoué.
De leur côté, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, et son bras droit juridique Nicolas Michel ont évoqué les tentatives d’une partie locale de politiser le dossier du tribunal en le liant à la formation préalable d’un cabinet d’union. Ce qui est une façon, pour ce qui les concerne, de relever (et, en filigrane, de regretter) une impasse politique libanaise qui déteint sur tous les sujets. L’ONU précisant pour sa part qu’elle ne saurait admettre de voir la création du tribunal conditionnée par n’importe quelle autre considération.
Sur ce plan, on sait que l’opposition proteste contre la pétition des 70 parlementaires et les notifications gouvernementales, adressées à l’ONU, portant sur le blocage de ratification de la procédure normale. La minorité reproche aux loyalistes de trahir la notion de souveraineté nationale en ouvrant la voie au chapitre VII. Sans craindre de se contredire, elle n’en continue pas moins à empêcher, à refuser l’adoption libanaise de la convention. On sait en effet que les présidents de la République et de la Chambre dénient toute reconnaissance au gouvernement et que les portes du Parlement restent fermées par les soins de M. Nabih Berry.
Du côté de la majorité, on indique que le président Siniora ainsi que nombre de ministres estiment qu’il serait inutilement provocant de relancer encore une fois l’organisation internationale pour la presser d’adopter la création du tribunal unilatéralement, sous le chapitre VII. Le pouvoir indépendantiste répète à satiété que ce n’est pas du tout de gaieté de cœur qu’il verrait le tribunal créé sous l’égide unique de l’ONU. Mais il précise toujours que la création de l’instance est essentielle à tous les points de vue, moral, juridique, sécuritaire et politique. Ajoutant que l’alternative menaçante selon laquelle il faut choisir entre le tribunal et la stabilité est absolument inadmissible. Non seulement parce qu’elle constitue une forme de pression, voire de chantage intolérable au niveau de la dignité nationale, mais aussi parce que, en bonne logique, sans tribunal la voie resterait ouverte au cycle d’attentats et d’assassinats. Donc que la stabilité volerait tout simplement en éclats.
Quoi qu’il en soit, c’est au-dehors que se joue dorénavant le sort du tribunal. Selon des progouvernementaux, les prosyriens ont tort de soutenir que certains membres permanents du Conseil de sécurité, dont la Russie, seraient résolument hostiles à l’adoption du tribunal par le seul biais de l’ONU. Selon les loyalistes, Moscou, où Condoleezza Rice se rend demain, a déjà fait savoir qu’en tout cas, il n’userait pas de son droit de veto. Ils ajoutent que les États-Unis et la France ont déjà réuni une majorité de dix membres sur quinze en faveur de la création du tribunal sous le chapitre VII, au cas, probable, où, à l’expiration de la session parlementaire ordinaire du printemps, à la fin du mois en cours, il se confirmerait définitivement que les autorités libanaises restent dans l’incapacité de remplir leur part du contrat.
Rendez-vous
Toujours est-il que, comme le confirment les indications télévisées du Hezbollah, le Liban politique se centre maintenant sur l’échéance de la présidentielle. Le secrétaire général, Hassan Nasrallah, se veut tout d’abord rassurant. Il répète que le bras de fer ne débouchera pas sur un dangereux recours à la rue. Pour mieux prévenir le risque de dérapages qui pourraient devenir incontrôlables, il estime que les protagonistes ont le devoir d’éviter provocations et offenses. La ligne d’apaisement saoudo-iranienne, lancée après les journées noires de janvier et qui vise à empêcher des affrontements entre chiites et sunnites, prévaut donc toujours.
Mais, politiquement, la lutte s’annonce âpre. En effet, Hassan Nasrallah indique, sans encore le nommer, que sa formation a déjà choisi son candidat pour la présidentielle. Des cadres du Hezb confirment en privé qu’il s’agit du général Michel Aoun en affirmant qu’ils y voient pour leur part un président de consensus et d’entente. Une classification que, bien entendu, le camp du 14 Mars aurait bien du mal à avaler.
Les majoritaires reprochent en outre au Hezb ce qu’ils appellent son manque constant de transparence. Ils notent que tout comme pour les amendements au statut du tribunal, le parti de Dieu s’abstient d’abattre franchement ses cartes au sujet de la présidentielle et continue de tergiverser avant d’annoncer la couleur, alors que, de leur côté, il y a belle lurette, lors des débats de la table ronde de dialogue, ils ont divulgué une liste de candidats qui leur semblent plausibles.
Répondant à ces remarques, des sources proches du Hezb soutiennent que la personne du président potentiel importe moins que le projet politique dont il se réclame. Le Hezb tient avant tout que le prochain chef de l’État proclame haut et fort son appui à la Résistance et à son arsenal.
Tout au contraire, le camp loyaliste veut, pour sa part, un chef de l’État qui s’affiche comme le défenseur numéro un de Taëf, de la 1701, des sept points, d’un État souverain de droit. C’est-à-dire, entre autres, du désarmement du Hezb comme des Palestiniens.
Conditions et contre-conditions sont donc posées. Et elles sont inconciliables. Ce qui n’empêche pas des cadres des deux bords, ainsi que des indépendants, d’espérer un accord final sur un nom ou sur une liste de noms parmi lesquels la Chambre ferait son choix pour que la présidentielle serve d’entrée en matière à une solution globale de la crise, en évitant du même coup l’aggravation que le vide institutionnel entraînerait. Risque contre lequel le patriarche Sfeir ne cesse de mettre en garde.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le cabinet d’union, le tribunal, les législatives anticipées, autant de chapitres dépassés, sans être tout à fait clos. On continue en effet à en discuter, dans un esprit polémique. Mais la crise se focalise désormais, toutes tensions accumulées, sur la présidentielle de septembre-octobre. Le clivage s’articule autour de l’impossibilité manifeste d’accorder les projets en présence. Les efforts déployés par les conciliateurs, l’Arabie saoudite notamment, pour une reprise du dialogue interne ont échoué.
De leur côté, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, et son bras droit juridique Nicolas Michel ont évoqué les tentatives d’une partie locale de politiser le dossier du tribunal en le liant à la formation préalable d’un cabinet d’union. Ce qui est une façon, pour ce qui les concerne, de...