Le nouveau directeur général de BP, Tony Hayward, pourrait adopter un style moins flamboyant que son prédécesseur John Browne et mettre en œuvre d’importants changements stratégiques.
La démission inattendue de Browne, annoncée mardi, est intervenue alors qu’il a reconnu avoir menti lors d’un témoignage en justice dans le cadre d’une bataille juridique destinée à prévenir la publication dans un quotidien britannique de détails sur sa relation homosexuelle avec un Canadien, Jeff Chevalier. Browne, l’un des dirigeants d’entreprise les plus respectés de sa génération, a fait d’une compagnie pétrolière nationale le deuxième groupe pétrolier privé mondial avant qu’elle ne soit rétrogradée au troisième rang, des problèmes de sécurité et de fuites des oléoducs ayant affecté sa performance.
Le style de direction de Browne, qualifié par un banquier de « présidentiel », a pu contribuer selon certains dirigeants de l’industrie pétrolière aux difficultés récentes de BP en isolant l’ex-DG.
Hayward, âgé de 49 ans, est présenté par ceux qui ont eu l’occasion de travailler avec lui comme plus abordable et plus terre à terre qu’un Browne parfois distant, toujours impeccablement mis, anobli par la reine Élisabeth II et nommé à la Chambre des lords par le Premier ministre Tony Blair.
Tout comme Browne, Hayward a fait toute sa carrière chez BP, mais il pourrait aussi s’investir de manière plus équilibrée que son prédécesseur dans l’exercice de sa fonction.
Alors que, selon ses proches, BP était toute la vie d’un Browne célibataire et sans enfant, Hayward apprécie de consacrer du temps à sa femme et à ses deux enfants.
Changements stratégiques
BP a été contraint cette année de revoir en baisse ces objectifs de croissance de production de pétrole et de gaz en raison des problèmes généraux qui affectent l’industrie comme l’accès à de nouveaux gisements et l’envolée des coûts.
Le principal enjeu pour Hayward dans les premiers mois sera de faire renouer BP avec la croissance, estiment des analystes. Cet objectif pourrait être servi par une remise en cause de la structure du groupe. Neill McMahon, analyste sur les valeurs pétrolières chez Berstein, a ainsi recommandé un abandon de l’organisation en unités indépendantes, que Browne avait poussée.
Ces unités fonctionnent comme des centres de profits indépendants, alors que des concurrents comme Exxon Mobil Corp privilégient une structure plus centralisée où les responsabilités portent sur des activités fonctionnelles. D’autres analystes ont préconisé que BP améliore la qualité de son portefeuille pétrolier en introduisant en Bourse ses actifs de la mer du Nord, réunis au sein d’une société séparée.
Certains investisseurs souhaiteraient voir BP céder ses raffineries dont les marges sont plus faibles que celles de la production et se recentrer ainsi uniquement sur l’amont. Hayward ne devrait toutefois pas procéder à des changements rapidement, selon des dirigeants du groupe.
John Browne laissera aussi le souvenir d’une attention particulière aux questions environnementales. Il a ainsi été le premier dirigeant d’un grand groupe pétrolier à prendre acte du réchauffement climatique et à encourager l’imposition de limite aux émissions de CO2, contribuant à une prise de conscience de l’ensemble de l’industrie.
Mais s’il n’a pas hésité à déclarer le mois dernier lors de la dernière assemblée générale des actionnaires du groupe que le développement durable était désormais « inscrit dans les gènes » de BP, certains observateurs se sont interrogés sur le degré d’adhésion de Hayward sur ces questions.
Un porte-parole de BP a toutefois déclaré que le groupe continuerait sous la direction de Hayward de soutenir la lutte contre le réchauffement climatique et d’investir dans les technologies vertes.
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