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Actualités - Analyse

ÉCLAIRAGE Du tribunal, le débat dérive progressivement vers la présidentielle

Si le vice-ministre russe des Affaires étrangères (AE) Alexandre Saltanov a quitté le territoire libanais en direction de Damas, le conseiller juridique de Ban Ki-moon, Nicolas Michel, a choisi de prolonger son séjour à Beyrouth. De source diplomatique, on indique que l’opposition a refusé de prendre en considération le conseil prodigué par la Russie, et qui consistait à valider le statut du tribunal par le biais – on l’aura dit et redit – des institutions constitutionnelles. Du côté des Européens, on ironise sur l’échec de la mission d’Alexandre Saltanov, et on pronostique déjà l’échec de celle de Nicolas Michel. Mais, hier, l’évènement fondamental de la journée était sans nul doute la publication de la déclaration présidentielle onusienne sur la 1701. La déclaration présidentielle prend soin tout d’abord d’exprimer « son appui sans réserve au gouvernement légitime et démocratiquement élu du Liban » et condamne ainsi « toute tentative de déstabilisation du Liban ». Ce n’est pas la première fois que l’ONU se prononce franchement et sans détour en faveur du gouvernement de Fouad Siniora, mais cette réédition est – au vu des circonstances actuelles – des plus bienvenues. Le Conseil de sécurité est allé plus loin encore en dénonçant « les récentes déclarations faites (...) par le secrétaire général du Hezbollah, notamment en ce qui concerne la saisie par les autorités libanaises d’un camion chargé d’armes ». Or l’ONU pousse le raisonnement jusqu’au bout en soulignant que « ces déclarations constituent un aveu que cette organisation mène des activités contraires aux dispositions de la résolution 1701 ». « Tutelle » internationale Dans son discours, l’opposition, du Hezbollah au CPL, aura beau fustiger à longueur de journée « la tutelle internationale » du Conseil de sécurité sur le Liban, il reste que cette prétendue « tutelle », qualifiée de « franco-américaine » aussi bien par Hassan Nasrallah que par le général Michel Aoun, ne fait que recueillir l’unanimité aussitôt que vient le moment pour elle de s’exprimer au Conseil de sécurité. Preuve en est que le texte adopté hier est une déclaration présidentielle, et il a été pris à l’unanimité des membres du Conseil de sécurité. Dès lors, la logique de l’opposition en prend un sacré coup... Et si la majorité ne croit pas en un déblocage institutionnel, il reste que ce signal donné par l’ONU est fort. Pas de déblocage institutionnel car d’ici à la fin de la deuxième session parlementaire, le président de la Chambre ne compte appeler à la tenue d’aucune séance, toujours selon la majorité. Ensuite, il va de soi que le président de la République, Émile Lahoud, ne fera pas l’effort d’appeler à une session parlementaire extraordinaire, une fois le 31 mai passé. Et qu’en septembre, le Parlement sera transformé en collège électoral, et que donc aucune discussion ne sera plus possible en son sein. Peur de communiquer Mais Nicolas Michel doit sûrement se poser la question suivante : pourquoi, si toutes les parties se sont déclarées favorables à la mise en place du tribunal, est-il si difficile de parvenir à le valider par les voies institutionnelles libanaises ? Le conseiller de l’ONU sait bien que la réponse à cette question est à Damas, il l’a d’ailleurs dit lors de sa réunion avec Walid Joumblatt hier. L’autre question que doit en outre se poser M. Michel est la raison qui se cache derrière la maladroite réaction de l’opposition et notamment du Hezbollah, qui s’entête à vouloir lier le dossier du tribunal à celui du gouvernement d’union nationale, sachant pertinemment bien que la mission du conseiller onusien est diamétralement différente de celle de Amr Moussa ou du roi Abdallah d’Arabie saoudite. Ce qui aura aussi frappé le conseiller de Ban Ki-moon, c’est aussi et surtout le manque de communication qui sévit entre les dirigeants libanais aujourd’hui. D’aucuns diront que cette absence d’échange est due à un clivage idéologique profond, voire même culturel. Or la réalité est toujours plus simple qu’on ne le croit. Au sein de l’opposition aujourd’hui, c’est la peur qui règne, au-delà d’une réelle volonté d’entêtement en vue d’un éventuel butin politique. Car, comme l’a démontré la déclaration sur la 1701 hier, comme le démontrera Ban Ki-moon à Damas les 24 et 25 avril – où il sera d’ailleurs rejoint par Nicolas Michel – les jeux sont faits et le tribunal sera créé contre vents et marées. Et comme l’ont prouvé la Russie et le Qatar hier dans le contenu des amendements qu’ils ont apportés au texte de la déclaration présidentielle onusienne, ces deux pays ne sont guère prêts à se mettre à dos la communauté internationale dans son ensemble simplement pour satisfaire les revendications de la Syrie. À cet égard, l’Alliance du 14 Mars s’est dit d’ailleurs hier « positivement surprise » par la teneur de la déclaration, dont les modifications n’ont pas entamé l’essence, bien au contraire. Le manque de communication est à mettre au compte de la peur, la peur d’une opposition de plus en plus désarçonnée par la rapidité et le sérieux du travail onusien. La prochaine mission de l’opposition, et plus particulièrement du Hezbollah, consiste à partir de là à maintenir le blocage le plus longtemps possible, et ce conformément aux souhaits de Damas. Mais, d’ici là, tout porte à croire que ce blocage risque de déborder – sinon de déraper – sur une crise encore plus aiguë, en une énième tentative de déstabilisation, qui pourrait être non seulement la dernière, mais la plus désespérée, donc la plus acharnée. Il n’y a qu’à s’arrêter sur les déclarations respectives du chef des FL, Samir Geagea – qui a souligné la détermination de l’Alliance du 14 Mars à faire en sorte que l’élection présidentielle ait lieu, estimant que, pour ce scrutin, l’équation « moitié + un » était meilleure que pas d’élection du tout – et du Hezbollah, qui a fait savoir qu’il ne permettra pas « à une poignée de personnes vendues à l’étranger de contrôler la présidence de la République ». Lélia MEZHER

Si le vice-ministre russe des Affaires étrangères (AE) Alexandre Saltanov a quitté le territoire libanais en direction de Damas, le conseiller juridique de Ban Ki-moon, Nicolas Michel, a choisi de prolonger son séjour à Beyrouth. De source diplomatique, on indique que l’opposition a refusé de prendre en considération le conseil prodigué par la Russie, et qui consistait à valider le statut du tribunal par le biais – on l’aura dit et redit – des institutions constitutionnelles. Du côté des Européens, on ironise sur l’échec de la mission d’Alexandre Saltanov, et on pronostique déjà l’échec de celle de Nicolas Michel.
Mais, hier, l’évènement fondamental de la journée était sans nul doute la publication de la déclaration présidentielle onusienne sur la 1701.
La déclaration présidentielle prend soin...