Impasse et statu quo de crise pendant deux ans, comme l’envisage sans sourciller Hassan Nasrallah ? Peut-être pas. Mais une certitude : les Libanais, auxquels le sommet arabe a renvoyé la balle, ne peuvent pas dialoguer ni dès lors tenter de résoudre le problème entre eux. Tous leurs espoirs, leurs craintes aussi, restent plus que jamais liés aux tractations extérieures portant sur un dossier régional qui englobe le cas de ce pays. Ainsi à Beyrouth, l’on entend fréquemment résonner cette interrogation : finalement, à qui profite le carrousel de délégations internationales ou arabes qui visitent Damas à tour de rôle ? La Syrie campe sur ses positions, en espérant pouvoir les négocier de manière non seulement à sortir de son isolement, mais en plus à s’en faire payer le prix ! Les émissaires tentent d’en obtenir l’approbation du tribunal ainsi qu’un barrage à l’infiltration d’armes au Liban, un engagement à faciliter l’application de la 1701, tout en acceptant un tracé des frontières englobant Chebaa. De ces propositions, de ce marchandage, qui concerne le Liban au premier chef, que va-t-il se dégager en définitive ?
Tout ce que l’on a pu apprendre, jusqu’à présent, c’est qu’effectivement, le régime syrien ne fléchit pas d’un iota au sujet de son rejet du tribunal à caractère international, sa bête noire, sa hantise. Il ne veut absolument pas en entendre parler. Pour ce qui est des armes, fort du quitus délivré dernièrement par l’armée libanaise, Damas dément tout trafic transfrontalier à destination du Hezbollah. Il soutient que la 1701 ne concerne que le Liban et qu’il n’a, pour sa part, rien à voir avec son application. Il ajoute que les circonstances politiques ne permettent pas un tracé des frontières. Pour conclure qu’il est disposé à aider au règlement de la crise libanaise, à condition qu’on le lui demande.
Une source gouvernementale estime pour sa part que c’est la Syrie qui est gagnante actuellement. Car les visites qui lui sont rendues, comme par des responsables américains, notamment la présidente (démocrate) de la Chambre des représentants Nancy Pelosi, montrent, à son avis, qu’on a besoin de la Syrie et qu’elle reste en position de force grâce aux cartes qu’elle garde en main sur le plan des dossiers régionaux : la Palestine, l’Irak, le Liban et les relations avec l’Iran. Dès lors, affirme cette personnalité, on ne peut pas dire que la Syrie soit isolée, puisqu’elle est autant courtisée et relancée par des parties qui trouvent intérêt à s’ouvrir sur elle, à dialoguer avec elle.
Pour ce responsable, le pouvoir syrien n’a nul besoin de changer de conduite, du moment qu’il est pleinement rassuré sur sa survie, nombre d’États arabes ou autres s’opposant à sa chute, par peur d’une déstabilisation régionale pouvant menacer leurs propres régimes. Ou encore, pour ce qui est des Occidentaux, par crainte de tirer les marrons du feu au profit des extrémistes islamistes. Armé de cette assurance-vie, le régime syrien n’hésite donc pas à aiguillonner ses alliés libanais pour qu’ils fassent monter encore plus la pression. De fait, ces derniers proclament maintenant ouvertement leur rejet du tribunal, leur soudain désintérêt de la question gouvernementale, en exigeant des législatives anticipées, se disant certains qu’ils l’emporteraient, auraient la majorité à la Chambre et disposeraient alors à leur guise du pouvoir exécutif. Pourtant, il saute aux yeux qu’il est pratiquement impossible d’organiser de telles élections dans la fourchette réduite de temps qui reste avant la fin du mandat prorogé d’Émile Lahoud. Comme ils doivent le savoir, on peut présumer que leur seul objectif, c’est en réalité de durcir la crise et de conforter l’impasse. À preuve qu’ils demandent également un référendum, ce qui est à la fois irréalisable et non prévu par la Constitution.
Émile KHOURY
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