Après la relance du président Berry faisant « cadeau » à Bkerké de son ralliement au caza, tout le monde a remarqué que le dernier communiqué des évêques maronites évite d’évoquer le découpage des circonscriptions. Les prélats se contentent en effet de réclamer une loi électorale qui assure une représentativité effective des députés. Doit-on dès lors comprendre que le siège patriarcal, jusque-là partisan notoire du caza, amorce en douceur un virage sur l’aile ? Estime-t-il désormais que le caza n’est pas à l’avantage de la composante chrétienne du pays, et qu’il vaut mieux se rabattre sur l’uninominale, ou sur une autre formule réduite ? L’évolution démographique communautaire, qui handicape cette fraction, ainsi que l’émergence d’alliances politiques nouvelles peuvent donner à penser qu’en cas de législatives, les alliés de la Syrie prendraient le meilleur sur les indépendantistes. L’on est également en droit d’estimer que Bkerké, constatant que, sur le découpage, les pôles chrétiens sont loin d’être d’accord, même au sein d’un même camp, préfère ne pas intervenir, pour ne pas paraître prendre parti. On sait, en effet, que certains sont pour l’uninominale, d’autres pour le caza, le panaché ou le mohafazat.
Ceux qui militent pour le caza font valoir que ce volume permettrait aux députés chrétiens, quelles que soient leurs tendances, de se dégager du suivisme, de se libérer de la tutelle de chefs de file musulmans, en cessant d’être redevables de leur élection tant à ces leaders qu’à un électorat majoritairement musulman. Ils soutiennent que, de la sorte, l’on assurerait l’accès au Parlement d’au moins 40 députés représentant véritablement leur communauté, alors qu’il y en a à peine un peu plus que la moitié aujourd’hui.
Évolution
Mais certains objectent que cette solution n’est plus valable aujourd’hui, les donnes ayant changé. Ils relèvent que, par le passé, les chefs de liste chrétiens pouvaient choisir leurs partenaires musulmans dans les zones à forte densité électorale chrétienne, ici ou là. Or, ajoutent-ils, la cimentation de l’axe Amal-Hezbollah, alliée à une forte progression arithmétique de l’électorat chiite même en dehors des fiefs traditionnels de la communauté se répercutent électoralement par le contrôle d’un énorme paquet de voix. Ce qui met le tandem en mesure, sinon de disposer de l’élection dans certaines régions chrétiennes, du moins d’imposer ses propres candidats aux chefs de liste, notamment à Jbeil et à Baabda où l’alliance du CPL avec le Hezbollah devrait lui être profitable. Et de citer en exemple, à échelle réduite, le poids de l’électorat arménien de Bourj Hammoud qui pouvait faire chuter un candidat disposant de quelque 60 % des voix dans d’autres districts du Metn. Bien évidemment, au Sud ou à Baalbeck-Hermel, à majorité chiite, il n’est pas question d’échapper à l’attraction d’Amal et du Hezbollah. Cela explique pourquoi le député Nader Succar a préféré démissionner du parti Kataëb dont il faisait partie.
Le faisceau chiite rappelle un peu le précédent du Helf maronite tripartite qui, par son union, et en jouant sur la fibre sensible de l’antinassérisme, avait pu battre en 1968 le camp du président Chéhab au sein même de son fief du Kesrouan. Un modèle un peu suivi, lors des dernières consultations populaires, par les aounistes. Qui ont su marquer des points à Jbeil ou au Kesrouan, en soutenant que l’entité chrétienne politique en tant que telle serait mal représentée par leurs rivaux, du moment que ces derniers suivaient ou bien le leadership sunnite de Koraytem ou bien la seigneurie druze de Moukhtara. À quoi les aounistes rajoutaient les slogans de souveraineté, d’indépendance, de libération de la présence armée syrienne, devises chères à un électorat chrétien libaniste par nature. À l’époque, le CPL était contre la prorogation et contre l’arsenal du Hezbollah…
On comprend dès lors que des pôles comme les présidents Amine Gemayel, le Dr Samir Geagea, Mme Nayla Moawad, MM. Boutros Harb, Samir Frangié ou Farès Souhaid suivent, ou songent de plus en plus à suivre le Amid du Bloc national, M. Carlos Eddé, militant de la première heure en faveur de l’uninominale.
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