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FINANCE La Russie aspire à tourner la page sur ses années d’inflation

La Russie étale avec fierté son intention de dompter enfin l’inflation cette année, mais les autorités peinent encore à entamer la méfiance d’une population qui a connu crise sur crise ces dernières décennies, même si le rouble est aujourd’hui une monnaie forte. Il se passe rarement une semaine sans qu’un responsable ne le claironne aux médias russes : l’inflation est en forte baisse et va continuer sur cette voie. Elle devrait tomber à 5 % à l’horizon 2010, affirme le ministre des Finances, Alexeï Koudrine. Un message bienvenu à quelques mois d’échéances électorales cruciales : les législatives en décembre et la présidentielle en mars 2008. L’objectif fixé pour 2007, à 7,5-8 %, peut paraître encore élevé par rapport à ceux des pays développés, mais, en la matière, la Russie part de très loin. La hausse des prix a dépassé les 92 % en 1999, après la grande crise économique qui a envoyé son économie au tapis, et n’est repassée sous les 15 % qu’en 2003. Elle s’est établie à 9 % l’an dernier. Pour le moment, les prix semblent effectivement vouloir rester sages, relève Natalia Orlova, analyste chez Alfa-Bank à Moscou. Mais cet acquis reste fragile, prévient-elle, tout particulièrement dans la perspective des fortes augmentations de tarifs que prépare le gouvernement dans les secteurs du gaz et de l’électricité, dans l’espoir de les rendre plus efficaces. « Le gouvernement veut augmenter les tarifs d’au moins 30 %, peut-être de 50 %, et cela aura un effet inflationniste », souligne l’analyste. L’inflation en Russie « reste relativement élevée » par rapport aux pays comparables, et ce phénomène « est le résultat de structures faibles, qui n’ont pas été réformées jusqu’au bout », juge-t-elle. Les Russes, dont beaucoup ont vu leurs économies s’évaporer lors des crises des années 90, n’accordent de toute façon qu’un crédit très limité aux déclarations et aux chiffres officiels, bien que le rouble ne cesse de s’apprécier face au dollar. Selon un sondage de l’institut VTSIOM (proche du Kremlin) réalisé début février, une majorité de Russes (56 %) évaluent la hausse des prix des produits alimentaires et de consommation courante l’an dernier à entre 15 et 25 %. Seul un quart des sondés n’a ressenti qu’une inflation de 5-10 %. Beaucoup d’entre eux accusent ouvertement le gouvernement de manipuler les chiffres et de mentir à la population. Le quotidien Izvestia, pourtant proche du pouvoir, affichait ouvertement ses doutes au vu des chiffres d’inflation officiels de janvier (+1,7 %), qui selon lui n’ont « rien à voir avec ce que nous avons ressenti comme vous ». « Notre inflation personnelle est d’un ordre plus élevé », écrivait-il, avant d’établir une liste de tous les prix qui « ont augmenté plus vite que l’inflation moyenne » : les oignons (+8,1 %), le raisin (+9,7 %), les cours de conduite (+4,8 %). Mais Natalia Orlova fait valoir qu’en matière d’inflation, « les méthodologies sont partout les mêmes », et que donc les chiffres n’ont pas de raison d’être moins fiables en Russie qu’ailleurs. De tels phénomènes de défiance envers les chiffres d’inflation sont d’ailleurs courants dans d’autres parties du monde, y compris dans les pays les plus développés, note-t-elle. Mais si le gouffre de perception est si grand en Russie, c’est aussi parce que « la moitié des revenus est concentrée dans les mains des familles les plus riches, et qu’il y a donc effectivement une inégalité de redistribution des revenus qui n’existe pas en Occident », souligne Natalia Orlova.
La Russie étale avec fierté son intention de dompter enfin l’inflation cette année, mais les autorités peinent encore à entamer la méfiance d’une population qui a connu crise sur crise ces dernières décennies, même si le rouble est aujourd’hui une monnaie forte.
Il se passe rarement une semaine sans qu’un responsable ne le claironne aux médias russes : l’inflation est en forte baisse et va continuer sur cette voie.
Elle devrait tomber à 5 % à l’horizon 2010, affirme le ministre des Finances, Alexeï Koudrine. Un message bienvenu à quelques mois d’échéances électorales cruciales : les législatives en décembre et la présidentielle en mars 2008.
L’objectif fixé pour 2007, à 7,5-8 %, peut paraître encore élevé par rapport à ceux des pays développés, mais, en la matière, la Russie part de très...