Je n’ai jamais pensé que la politique me semblerait un jour aussi vaine, triste et inutile. Je n’ai jamais pensé que je perdrais mon sentiment d’appartenance à un pays, pour moi tellement cher.
Je fuis les nouvelles, les journaux, les sources d’informations. Je fuis les salons qui sont devenus le lieu de discussions stériles. Je ne comprends plus les composantes, les variantes, les données.
On est devenu les rois de l’autojustification, les rois du dialogue de sourds. On est tous désormais de brillants analystes politiques, sinon d’excellents avocats de défense. Moi incluse.
Alors que les discours et les applaudissements se multiplient à l’infini, que les politiciens usent et abusent de mots vains, le pays va de mal en pire. Je ne connais personne autour de moi qui ne pense partir ou qui ne guette, soucieux, les fins de mois. Je ne connais personne autour de moi qui ne regarde pas, confus, le déroulement des événements. On se persuade qu’il existe un plan, une stratégie, une fin qui finira par venir. On tente désespérément d’y croire. On abuse de « c’est compliqué, c’est international, il faut comprendre… ». On s’en convainc.
Et pourtant, plus le temps avance et plus il apparaît qu’il n’existe rien.
Les choses traînent depuis trois ans. Les mêmes discours, les mêmes personnes, les mêmes propos. Entre-temps, le peuple va à la dérive. Il ne vit plus, il survit. Ou bien il part.
On observe tout cela, perdus, on va à la dérive, mais on continue.
Eux continuent leurs tirades et nous on continue à justifier. Responsabilité partagée !
Le plus triste c’est que même les nouveaux qui pointent du doigt les responsables suivent la même trajectoire. Ils prêchent le renouveau, dénoncent, mais font exactement pareil. Ils sont mus par des intérêts personnels, des comptes personnels, des positions.
Et nous, on justifie.
C’est triste d’observer un pays en train de s’enfoncer encore et encore plus. C’est triste de voir un pays avec autant de potentiel devenir otage de personnalités, de leaders, de familles qui pensent n’avoir de comptes à rendre à personne. D’ailleurs pourquoi le feraient-ils ? On justifie tous leurs actes de toute manière.
C’est le règne des nombres : 14 ; 8 ; 1 000 000. J’aime bien les nombres. Pourquoi ne pas mentionner celui des gens qui partent, qui n’ont plus de travail ? Pourquoi ne pas mentionner celui des personnes qui en paient le prix ?
Je veux bien croire que la politique, ce n’est pas très simple, qu’il faut attendre. Mais en attendant, comme ils disent, ces gens qui perdent leur travail, leur vie, leurs proches… on se contente de compatir ?
Ça fait longtemps que j’essaie désespérément de croire que ça changera. Ça ne changera pas. Tel est le cycle de la scène libanaise :
Eux dénoncent la politique, adhèrent, la justifient, la maintiennent.
Et nous, on les dénonce, on y adhère, on les justifie, on les maintient en place.
Pour toutes ces raisons, je me rends. Je ne veux plus comprendre. Je n’y crois plus !
Karen KHLAT
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Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Je n’ai jamais pensé que la politique me semblerait un jour aussi vaine, triste et inutile. Je n’ai jamais pensé que je perdrais mon sentiment d’appartenance à un pays, pour moi tellement cher.
Je fuis les nouvelles, les journaux, les sources d’informations. Je fuis les salons qui sont devenus le lieu de discussions stériles. Je ne comprends plus les composantes, les variantes, les données.
On est devenu les rois de l’autojustification, les rois du dialogue de sourds. On est tous désormais de brillants analystes politiques, sinon d’excellents avocats de défense. Moi incluse.
Alors que les discours et les applaudissements se multiplient à l’infini, que les politiciens usent et abusent de mots vains, le pays va de mal en pire. Je ne connais personne autour de moi qui ne pense partir ou qui ne guette, soucieux, les...