Les États-Unis ont considérablement réduit leurs exigences démocratiques à l’égard de l’Égypte, un allié-clé pour la relance du processus de paix israélo-palestinien, dont l’Administration Bush a fait l’un de ses principaux objectifs de fin de mandat.
Alors que les États-Unis avaient jusque-là critiqué sévèrement les manquements du régime du président Hosni Moubarak en termes de droits de l’homme, l’organisation hâtive la semaine prochaine en Égypte d’un référendum sur des amendements constitutionnels dénoncés par l’opposition comme antidémocratiques a donné lieu à une réaction étonnamment mesurée du porte-parole du département d’État, Sean McCormack. « Il faut placer ceci dans le contexte des réformes politiques et économiques en Égypte », a déclaré M. McCormack, interrogé au cours d’un point de presse sur ce référendum précipité. « En ce qui concerne ce référendum et ces amendements constitutionnels, je ne veux pas donner aujourd’hui d’explications trop détaillées de notre point de vue », a-t-il ajouté. Interrogé sur le calendrier de ce référendum le 26 mars, convoqué une semaine à peine après l’adoption par le Parlement lors d’une session tardive d’un paquet de 34 amendements constitutionnels, le porte-parole s’est abstenu de tout commentaire. « Je ne vais pas faire de commentaire spécifique sur le délai » accordé aux électeurs, a-t-il déclaré. « Dans le monde moderne, aujourd’hui, il est certain qu’il est théoriquement possible d’obtenir et d’analyser un volume important d’informations en un cours délai ». Tout au plus, a-t-il souligné, que certains amendements « soulevaient la question de savoir si le gouvernement égyptien respectait les critères (démocratiques) qu’il s’est lui-même fixés ». Les amendements les plus controversées portent sur des articles sur la lutte antiterroriste élargissant le pouvoir de la police et sur la supervision des élections diminuant le contrôle des juges. « Franchement, je ne veux pas placer les États-Unis au milieu de ce qui devrait être un événement de politique intérieure en Égypte », a-t-il poursuivi.
Des propos étonnants moins de deux ans après le discours de Mme Rice de juin 2005 à l’Université américaine du Caire, où elle avait affirmé aux dirigeants arabes que « leur crainte des libres choix ne pouvait plus justifier leur refus de la liberté ». La chef de la diplomatie américaine, qui voyait dans la démocratisation du Proche-Orient le meilleur rempart contre le terrorisme, avait aussi appelé à la tenue d’élections présidentielles libres en Égypte et y avait rencontré l’opposant Ayman Nour, qui se présentait contre le président Hosni Moubarak. Après l’emprisonnement d’Ayman Nour en décembre 2005, Washington avait menacé de suspendre son aide financière et militaire à l’Égypte (1,8 milliard de dollars par an) puis suspendu en février 2006 les discussions sur un accord de libre-échange avec Le Caire.
Mais depuis la défaite électorale des républicains en novembre dernier, l’Administration du président George W. Bush, empêtrée en Irak, s’est fixé pour priorité la relance du processus de paix israélo-palestinien qu’elle avait largement ignoré jusque là. Or l’Égypte, qui est l’un des rares pays arabes à avoir signé un traité de paix avec Israël, est un allié-clé au Proche-Orient, fort de son influence aussi bien sur le Fateh du président palestinien Mahmoud Abbas que sur le Hamas du Premier ministre Ismaïl Haniyeh. L’Égypte, également alliée des États-Unis face à l’Iran, appartient en outre au « CCG+2 », le groupe de huit pays arabes « modérés » mis sur pied par Mme Rice avec la Jordanie et les six monarchies du Golfe.
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