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Société À l’hippodrome, les joueurs peu à cheval sur la politique

«Allez Issam, allez ! » hurle un homme, les veines du cou saillantes. À l’hippodrome de Beyrouth, les joueurs réservent leurs cris de soutien aux chevaux, laissant à la porte leurs différences communautaires et politiques, rapporte Joëlle Bassoul, de l’AFP. De fougueux destriers persans, des étalons d’Arabie et des tocards, la politique libanaise en a pourtant connu, mais ici, le jaune, le bleu ou l’orange ne sont pas les couleurs des partis politiques, mais celles des casaques. « Le seul endroit du pays où personne ne parle ni politique ni religion est l’hippodrome », lance Nabil Zantout, un habitué des courses dominicales depuis 40 ans. Dans les gradins de deuxième classe comme dans la tribune de première, chrétiens et musulmans, opposants et partisans du gouvernement, se mélangent, unis par la passion équestre. « Nous venons pour oublier ce qu’il y a à l’extérieur. Les chevaux sont notre seule préoccupation », affirme Jamal, un habitant du Liban-Sud, turfiste depuis 25 ans. Sur la piste, sept pur-sang arabes courent le 1 400 mètres, crinière au vent, muscles tendus. Parmi les spectateurs, la tension monte, les encouragements fusent, les jurons aussi. Lorsque le cheval Assi franchit la ligne d’arrivée en tête, ses admirateurs se ruent sur la piste, sous la pluie battante. « Assi est le roi ! » rugit un homme qui a parié sur le vainqueur. Les gagnants se félicitent, alors que les perdants pestent contre leur mauvaise fortune. À quelques mètres de là, les membres des forces de sécurité veillent. Ici, les bagarres éclatent pour les chevaux, rien d’autre. « Lorsqu’il n’y aura plus de courses, alors le pays sera fini », assure Khalil, qui a fait 120 km pour venir du Sud à Beyrouth. Construit en 1918, l’hippodrome du parc de Beyrouth n’a interrompu les courses que trois fois pendant la guerre civile (1975-1990), notamment en 1982, l’aviation israélienne l’ayant détruit, explique Nabil Nasrallah, directeur général de la société qui gère l’institution. Situé à cheval entre les diverses régions de la capitale et de sa banlieue, cet espace de 200 000 m2 a su rester un lieu d’échange et de rencontre. « C’est le poumon de Beyrouth », dit M. Nasrallah, en promenant son regard sur les pins parasols plantés dans la terre rougeâtre. « Nous avons des jockeys musulmans, qui vont prier avant la course. Mais sur la piste, les différences sont inexistantes », affirme-t-il. Dans un pays touché de plein fouet par la crise économique, l’hippodrome permet, directement ou indirectement, à 3 000 familles de vivre, note-t-il. « La machine hippique génère des revenus pour les éleveurs, les jockeys, les entraîneurs, les palefreniers, les vétérinaires et différents autres intermédiaires », selon M. Nasrallah. Il reconnaît cependant que la crise se fait sentir à l’hippodrome aussi : « De 1 300 chevaux avant la guerre, nous sommes passés à 500, 600. » Chargée par la municipalité de Beyrouth, propriétaire des lieux, de gérer l’hippodrome, la Société pour la protection de la race chevaline arabe au Liban (Sparca, une société à but non lucratif) emploie 250 personnes lors des courses. Ces jours-là, paddocks, étables et guichets de pari ressemblent à une ruche, les employés s’affairant autour des jockeys et des chevaux, pendant que les tribunes se remplissent de turfistes, qui piaffent d’impatience. « La passion des chevaux est comme l’alcoolisme. Les accros ne s’intéressent pas à la politique ou à la crise. Tout ce qui leur importe, riches ou pauvres, chrétiens ou musulmans, c’est de voir le sable voler sous les sabots », dit Amine Bachir, un spectateur. Les turfistes aiment d’ailleurs se raconter une blague : un homme, qui avait perdu un proche, appelle sa paroisse pour préparer les funérailles. Il se trompe de numéro et tombe sur l’hippodrome. « C’est bien le cimetière catholique ? » demande-t-il. L’employé lui répond : « Non, ici c’est le cimetière de toutes les confessions. »
«Allez Issam, allez ! » hurle un homme, les veines du cou saillantes. À l’hippodrome de Beyrouth, les joueurs réservent leurs cris de soutien aux chevaux, laissant à la porte leurs différences communautaires et politiques, rapporte Joëlle Bassoul, de l’AFP.
De fougueux destriers persans, des étalons d’Arabie et des tocards, la politique libanaise en a pourtant connu, mais ici, le jaune, le bleu ou l’orange ne sont pas les couleurs des partis politiques, mais celles des casaques.
« Le seul endroit du pays où personne ne parle ni politique ni religion est l’hippodrome », lance Nabil Zantout, un habitué des courses dominicales depuis 40 ans.
Dans les gradins de deuxième classe comme dans la tribune de première, chrétiens et musulmans, opposants et partisans du gouvernement, se mélangent, unis par la passion...