Après s’être autoproclamé victorieux de la guerre de juillet contre Israël, le Hezbollah a estimé que les rapports de force s’en trouvaient modifiés, à l’intérieur, en sa faveur. Il cherche donc depuis lors sinon à rafler le pouvoir, du moins à le placer sous son contrôle. Et le général Michel Aoun chemine à ses côtés, le soutient dans sa vision dominatrice, en assurant que « celui qui vainc militairement doit également vaincre politiquement, et disposer du pouvoir ». Le plan du Hezb se trouve en outre fortement appuyé par l’axe syro-iranien, face à une majorité libanaise épaulée par les États-Unis, par l’Occident ainsi que par la plupart des pays arabes.
La lutte à ce niveau a donné lieu à une longue série unilatérale d’attentats terroristes et d’assassinats, entamée le 13 octobre 2004 contre Marwan Hamadé, et marquée le 14 février 2005 par l’assassinat de Rafic Hariri. Par suite de ce « crime du siècle », comme l’a appelé le président Chirac, il y a eu des tiraillements au sujet de la formation d’une commission d’enquête internationale. Le pouvoir de l’époque, soumis à la tutelle syrienne, a tenté d’empêcher la mise en place de cette commission, mais sans succès. Assez rapidement, l’on a écroué les quatre généraux.
Réuni en séance extraordinaire après l’assassinat de Gebran Tuéni, le Conseil des ministres a demandé au Conseil de sécurité la création d’un tribunal international pour juger des crimes terroristes au Liban. C’est à partir de ce moment que le bras de fer politique a pris une tournure aiguë, en s’articulant autour de cette question de tribunal. Les ministres chiites ont boudé un certain temps. Et pour qu’ils reprennent le chemin du Conseil des ministres, il a fallu faire préciser que l’instance serait simplement à caractère international, c’est-à-dire qu’elle comprendrait aussi des juges libanais. Mais c’était reculer pour mieux sauter : finalement ces ministres ont claqué la porte du gouvernement, pour protester contre le statut du tribunal.
Choix
Les prosyriens ont déclenché de la sorte une crise ouverte, en cherchant à placer la majorité devant l’alternative suivante : vider le tribunal de son contenu, par des amendements du statut, ou accepter le tiers de blocage, paralysant le pouvoir, et qui permettrait en outre de faire sauter le cabinet à tout moment. Bien entendu, pour le cas où les médiateurs parviendraient à une formule alliant le tribunal et le gouvernement, l’opposition sortirait de sa manche un autre différend, par exemple un désaccord sur les noms des juges libanais devant faire partie du prétoire.
Cela dans l’espoir qu’à l’expiration du mandat prorogé de M. Lahoud, les partisans de l’axe syro-iranien, et leurs alliés du cru, obtiendraient un nouveau chef de l’État qui leur serait favorable. Et les aiderait à enterrer définitivement le projet de tribunal.
En réalité, si le torpillage du tribunal est la toute première priorité du régime syrien, ses fidèles ici s’intéressent bien plus à l’objectif de prise ou de contrôle du pouvoir. Il n’y est d’ailleurs lui-même pas indifférent, loin de là. D’une part parce que, justement, cela garantirait le sabotage du tribunal ; ensuite parce qu’il pourrait rétablir une bonne partie de son influence, sinon de sa tutelle, au Liban et en jouer de nouveau comme carte de pression.
Mais la majorité n’entend pas du tout se laisser faire. Il n’est pas question pour elle de trahir ni la vérité ni le sang des martyrs, en pliant devant Damas et ses alliés au sujet du tribunal comme du tiers de blocage. La solution ? Déjà dans l’esprit des médiateurs, elle est apparemment toute simple : s’entendre sur les amendements et sur un cabinet d’union, à condition qu’il ne soit pas synonyme de chausse-trappe pour l’activité étatique. Mais, manifestement, cela ne fait pas l’affaire de l’opposition. Alors ? Alors, en cas de persistance de l’impasse et du blocage, ce serait le saut dans l’inconnu. Le pays continuerait à être exposé au risque d’anarchie. À moins de développements extérieurs, au niveau de la lutte des axes, permettant de dénouer la crise.
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La lutte à ce niveau a donné lieu à une longue série unilatérale d’attentats terroristes et d’assassinats, entamée le 13 octobre 2004...