Cette semaine, le président Nabih Berry doit retourner de Rome, où il a participé à un congrès interparlementaire. Selon un ministre informé, le chef d’Amal va finalement rencontrer à Beyrouth M. Saad Hariri que, pour des raisons d’agenda, il n’a pu voir à Ryad comme initialement prévu. Une réunion importante, sinon pour évoluer vers une solution, du moins pour amorcer une période d’apaisement et de détente politiques. Phase étrangement fondée, peut-on relever, sur un effet de dissuasion réciproque. En effet, M. Berry avait menacé de faire des révélations concernant le rôle de certains pôles de la majorité si cette dernière continuait à rejeter les demandes de l’opposition. Mais il y a manifestement renoncé, quand des cadres loyalistes l’ont contre-menacé de divulguer certaines informations tenues jusque-là secrètes, pour ne pas envenimer les choses…
Quoi qu’il en soit, les ambassadeurs d’Arabie saoudite et d’Égypte, MM. Abdel Aziz Khoja et Hassan Darrar, poursuivent leurs efforts de conciliation encouragés par le dialogue irano-saoudien sur le Liban dont les résultats se reflètent en partie dans la déclaration de Hassan Nasrallah, indiquant qu’il autorise ses alliés à développer des contacts bilatéraux avec la majorité, même si lui n’y est pas disposé tant qu’il n’y a pas du nouveau et que cette majorité refuse d’approuver les formules de solution.
Il évoque et reprend ainsi les accusations des prosyriens selon lesquelles MM. Joumblatt et Geagea auraient fait capoter un arrangement saoudo-iranien initialement agréé par M. Hariri. Ce que les intéressés, ainsi que le témoignage de M. Sélim Hoss retour d’Arabie, ont démenti en affirmant que ces assertions des prosyriens ne sont que de la poudre aux yeux, pour masquer le jeu de Damas concernant le tribunal. Du reste, le leader du PSP a précisé que l’on attend toujours la réponse de l’opposition aux suggestions des médiateurs incluant la question du tribunal international, la nécessité de le mettre en place.
Controverse annexe
Parallèlement, le président Émile Lahoud confirme ouvertement que ne reconnaissant pas l’équipe ministérielle en place, il ne lui céderait pas les rênes à l’expiration de son mandat prorogé et resterait accroché à Baabda jusqu’à ce que, selon ses termes, une saine passation des pouvoirs puisse se produise. Bien entendu, cette attitude fait un peu ricaner les loyalistes, qui se demandent pourquoi l’intéressé, s’il est tellement soucieux de bonne santé institutionnelle, n’a à aucun moment avancé des propositions pour résoudre la crise ni s’est posé à aucun moment comme rassembleur au-dessus de la mêlée, comme ses fonctions l’y contraignent en principe, mais s’est toujours situé comme fer de lance du camp opposant prosyrien. Ces cadres notent que M. Lahoud envisage tout simplement d’effectuer encore un coup de force qui n’aurait, cette fois, aucune, mais alors aucune couverture politique ou constitutionnelle, même détournée. Ils ajoutent que, considérant le gouvernement illégal, il devrait chercher dans la Constitution les moyens d’y remédier. Moyens dont la squatterisation de Baabda ne fait évidemment pas partie.
Cela étant, et tout à fait en dehors évidemment de la personne du titulaire actuel, bien des loyalistes estiment qu’il faudrait renforcer les pouvoirs de la présidence de la République. Non pour lui redonner les pouvoirs régaliens qui étaient jadis les siens, mais pour rétablir les équilibres communautaires au sein des institutions, étant donné que le camp chrétien a pu être plus facilement marginalisé, affaibli sous la longue tutelle syrienne, en partie grâce à la réduction radicale des prérogatives présidentielles. Il s’agirait, selon ces sources, de permettre de nouveau à la première magistrature de dissoudre l’Assemblée nationale, au cas où l’intérêt du pays le commanderait, et de révoquer un ministre. Pour faire derechef du président un symbole de la nation tout entière, placé effectivement à la tête des autorités publiques.
Taëf II
Cette orientation rejoint dans sa finalité, mais pour d’autres arrangements ou mécanismes, le point de vue des opposants qui pensent qu’il faut réviser le pacte de Taëf. Ou même en établir un second. Ce à quoi les médiateurs saoudiens pourraient contribuer, à partir de l’intention qu’on leur prête d’inviter chez eux les protagonistes qui ont fait partie de la table ronde de dialogue national. Sinon pour qu’ils se rencontrent, du moins pour échanger des vues par l’entremise des Saoudiens.
Cependant, avant d’en arriver là, il y a évidemment les nœuds actuels de la crise à traiter. La majorité souligne que la création du tribunal a déjà été décidée, approuvée à l’unanimité, par la table ronde de dialogue autant que par le gouvernement. Qui est donc pleinement autorisé à en promouvoir la concrétisation.
Les loyalistes ajoutent qu’ensuite on pourra discuter du cabinet d’union. Étant entendu qu’il est nécessaire, avant de le former, de s’entendre clairement sur son programme d’action, sur sa mission en somme. Des pôles du 14 Mars refusent ainsi que l’on reprenne la même déclaration ministérielle que celle établie pour l’équipe Siniora, parce que les prosyriens ont détourné et dénaturé le contenu de ce document. Ils veulent une déclaration incluant les sept points, l’application complète de la 1701, l’armement au Sud, les infiltrations aux frontières terrestres ainsi que le chantier de Paris III. Et confirmant les points adoptés à l’unanimité par la table ronde de dialogue, dont l’établissement de relations diplomatiques avec la Syrie et le tracé des frontières, à Chebaa notamment.
Ces cadres rappellent qu’il ne suffit pas de parler de 19+11, de 19+10+1 ou de 12+8+4. Et qu’il faut encore s’entendre sur la répartition des portefeuilles comme sur les noms des ministres. Dans le cadre d’un package deal comprenant tout d’abord l’acceptation par tous, sans réserve mentale, d’un vrai tribunal à caractère international. Une solution d’ensemble établie sur une conception unifiée de l’avenir politique du pays et de son système. Avec, évidemment, la nécessité absolue d’édifier un État solide, qui ne risquerait plus de sit-in de tentes, des grèves, des routes coupées ou du sang versé.
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