Un demi-siècle après leur pose, les mosaïques de l’abside de la basilique de Lisieux font l’objet d’une réfection grâce à un procédé ingénieux qui s’apparente à celui utilisé dans les salons d’esthétique : le masque de beauté.
Depuis la mi-janvier et jusqu’à début mars, trois ouvriers s’affairent sur un énorme échafaudage d’une trentaine de mètres de haut à redonner des couleurs à ces œuvres d’art.
Depuis leur mise en place par l’atelier du mosaïste parisien Pierre Gaudin en 1954, date de la consécration de la basilique dédiée à sainte Thérèse, aucun entretien de ces mosaïques qui couvrent près de la moitié des murs et plafonds de l’édifice n’avait pu être effectué en raison de l’immensité des lieux.
D’une superficie totale de 4 500 m2, pour une longueur de 104 m, une largeur de 30 m et une hauteur sous dôme de 90 m, la basilique qui peut accueillir 3000 personnes – elle reçoit 700000 visiteurs par an – est l’une des plus imposantes construites au XXe siècle dans le monde.
Or, au fil du temps, des millions de cierges se sont consumés dans cette nef en noircissant les parois, pollution accélérée par les poussières de fumigènes utilisés pendant douze ans lors d’un spectacle intitulé «paroles et lumières».
«Nous utilisons ce gel avec une brosse puis nous laissons sécher pendant 24 heures. Ensuite, nous n’avons plus qu’à retirer le film transparent qui s’est formé avec toutes les impuretés incrustées à l’intérieur», explique Gilles Aubin, contremaître des travaux. «Il était hors de question d’utiliser de l’eau ou de procéder à un ravalement classique. Cette utilisation est une première», affirme-t-il.
Distribué sous le nom de «lithofilm» par la société Amonit, ce produit pâteux et blanchâtre correspond, selon son étiquetage, à une «peau de nettoyage désincrustant».
L’encadrement de l’abside, où sont représentés six anges dans autant de situations de détresse des prophètes Daniel, Élie ou Moïse, a déjà bénéficié du traitement de ce produit «miracle». «La foi de sainte Thérèse est de croire en un Dieu qui vient toujours aider ceux qui sont dans la détresse», explique Mgr Bernard Lagoutte, recteur de la basilique.
Grâce à ce procédé, les verts, rouges ou bleus dévoilent peu à peu des nuances oubliées. À la fin des travaux, «seuls» 1800 m2 de mosaïques auront fait l’objet d’une restauration, pour un montant de 75000 euros financés exclusivement par de généreux donateurs. Une deuxième campagne de restauration de cet édifice serait nécessaire, notamment pour les quatre piliers et les 2000 m2 de la coupole, mais par manque de financement, elle n’est pas encore programmée.
«La réfection de la coupole à 75 mètres de haut ne nous posera pas de problème technique, assure M. Aubin, ravi d’avoir refait une beauté à la Vierge Marie.»
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