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Le tribunal, c’est en même temps le problème et sa clé Philippe ABI-AKL

C’est un Liban divisé, pour ne pas dire déchiré, qui commémore demain l’assassinat du président Rafic Hariri et de ses compagnons dans la mort, le 14 février 2005. Un drame suivi d’une série noire d’attentats et d’assassinats dont le dernier en date est celui du ministre Pierre Gemayel. Une page que des médiations réactivées tentent derechef de tourner. Le coordinateur de ces efforts, déployés par diverses capitales, restant le secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa, qui a repris son bâton de pèlerin et sa mission, un moment abandonnée. En se rendant à Damas, avant de visiter Ryad et Le Caire, puis de s’en retourner, encore une fois, à Beyrouth. Comme le souligne un professionnel qui suit de près les contacts en cours à l’intérieur comme au-dehors, c’est le tribunal à caractère international qui constitue en fait le nœud du problème. Du coup, il en est la clé, dans ce sens que toute solution passe d’abord par le règlement de ce point crucial. Crucial, s’entend, pour la Syrie, joueur principal, qui veut à tout prix neutraliser le risque que l’instance représente pour son régime et ses lieutenants. Sur ses directives, ses alliés locaux exigent la refonte du statut du tribunal, en affirmant œuvrer pour sa « dépolitisation ». Une autre façon de dire que ni les débats ni le verdict ne doivent avoir un impact quelconque sur le sort politique, ou le sort tout court, du pouvoir syrien. Pour bien marquer cette immunité, l’une des conditions présentées par la frange prosyrienne de l’opposition (qui comprend d’autres tendances) est que le tribunal ne devra juger que du seul attentat du 13 février 2005, et pas des autres crimes commis avant ou après. Dont la plupart, il faut le relever, ont frappé les régions chrétiennes du Mont-Liban. Le cadre mentionné souligne donc qu’à partir du moment où un arrangement serait mis au point au sujet du statut du tribunal, le déblocage des autres éléments de la crise locale se ferait rapidement. Un avis que partage entièrement une source diplomatique. Pour qui les revendications opposantes concernant le cabinet d’union nationale, les législatives anticipées, la campagne contre la monopolisation du pouvoir par la majorité ne sont qu’un paravent, un passe-temps, pour ne pas dire de la poudre aux yeux. D’après les cercles judiciaires, la nature centrale du tribunal dans le dossier libanais se trouve confortée par les tiraillements que cette question a suscités entre les grandes puissances même. On sait en effet que la Russie a fait de son mieux au Conseil de sécurité pour soutenir la Syrie. Qui ne s’en est pas montrée tout à fait reconnaissante, car elle voulait qu’on aille encore plus loin que les retouches obtenues par Moscou. Le texte a finalement été approuvé à l’unanimité en Conseil de sécurité, comme par le gouvernement libanais, mais l’on envisage de nouveau de l’amender encore. À signaler, du côté arabe, la position qatarie qui souligne la nécessité que l’approbation du tribunal se fasse dans le strict respect de la Constitution et des institutions libanaises. Pour en revenir au vrai fond, il convient de rappeler que la Syrie n’est pas la seule, en réalité, à camper sur ses positions. En effet, Washington, de son côté, refuse absolument de négocier sur le tribunal, dont elle soutient la création, avec quiconque, et surtout pas avec la Syrie, que cela soit directement ou indirectement. Maintenant, c’est la Russie qui, renonçant à tout parti pris, tente de dénouer le dossier. Le président Poutine doit en discuter, après Ryad, en Jordanie et au Qatar. Comme on sait, il en a déjà parlé chez lui avec l’émir Bandar et avec Saad Hariri. L’une des idées débattues actuellement serait de geler la création du tribunal jusqu’à la fin de l’enquête menée par la commission Brammertz. Toujours est-il que, sur le plan local, des sources judiciaires révèlent que cinq parties étaient scrupuleusement tenues au courant des pourparlers engagés par les juges Chucri Sader et Ralph Riachi, à l’ONU ou à La Haye, avec Nicolas Michel et d’autres. Ces parties sont les présidences de la République, de la Chambre et du Conseil, ainsi que Saad Hariri et sayyed Hassan Nasrallah. Les sources rappellent, pour confirmation de leurs dires, que le 8 juillet dernier, le président Lahoud a adressé une note au ministre de la Justice pour énumérer des remarques sur le brouillon de convention. Ce qui démontre qu’il était au courant de tous les détails. Trois mois plus tard, il a affirmé dans une lettre qu’il avait été tenu dans l’ignorance des procès-verbaux des pourparlers.
C’est un Liban divisé, pour ne pas dire déchiré, qui commémore demain l’assassinat du président Rafic Hariri et de ses compagnons dans la mort, le 14 février 2005. Un drame suivi d’une série noire d’attentats et d’assassinats dont le dernier en date est celui du ministre Pierre Gemayel. Une page que des médiations réactivées tentent derechef de tourner. Le coordinateur de ces efforts, déployés par diverses capitales, restant le secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa, qui a repris son bâton de pèlerin et sa mission, un moment abandonnée. En se rendant à Damas, avant de visiter Ryad et Le Caire, puis de s’en retourner, encore une fois, à Beyrouth.
Comme le souligne un professionnel qui suit de près les contacts en cours à l’intérieur comme au-dehors, c’est le tribunal à caractère...