Désormais moins populaires que les mouvements appartenant à l’alliance du 14 Mars, certains dignitaires religieux et chefs de mouvements islamistes sunnites se sont alignés sur l’opposition en faisant prévaloir l’agenda politique sur les questions confessionnelles. Selon eux, ce sont les enjeux géopolitiques dans la région qui sont à l’origine des dissensions confessionnelles caractérisant actuellement la scène locale et régionale.
Dans ce camp, on retrouve principalement « Le front de l’action islamique » (Jabhat al-aamal al-islami), présidé par cheikh Fathi Yakan, le « Mouvement de l’unification islamique », mené par Bilal Chaabane, le « Mouvement de l’unification islamique – Conseil de commandement », dirigé par Hachem Minkara, la « Rencontre des associations et des leaders islamiques », menée par cheikh Abdel Nasser el-Jabiri, le mouvement des « Forces de l’aube » (Qouwwat al-Fajr ), avec Hajj Abdallah al-Tiriyaki (une formation qui a fait sécession de la Jamaa islamiya), ainsi que plusieurs autres dignitaires sunnites. Le Rassemblement des ulémas a également rejoint les rangs du 8 Mars.
Autant de formations qui sont accusées par le groupe de la majorité, les sunnites notamment, de s’être « alignées sur l’Iran et le Hezbollah », ce qui a valu à certaines d’entre elles une interdiction prononcée par Dar el-Fatwa de prêcher dans les mosquées. Prenant part à la campagne de l’opposition, ces forces ont clairement formulé leurs choix politiques sur base de leurs convictions antérieures en faveur du soutien au Hezbollah, réfutant en bloc la propagande faite sur un éventuel projet chiite dans la région.
Pour cheikh Bilal Chaabane, l’existence d’un tel front ne peut se comprendre que sous l’angle d’une réaction à « l’offensive américaine lancée dans la région, visant à modifier la carte du Proche-Orient et les équilibres en présence, ce qui a entraîné un réflexe de défense chez une bonne partie de la rue arabo-musulmane », dit-il. « Nous ne pouvons par conséquent rester étrangers à ce climat général et à ce qui se passe en Irak et en Palestine », ajoute le dignitaire sunnite.
Indiscutablement, c’est l’assassinat de Rafic Hariri qui a achevé de diviser les sunnites, « certains ayant essayé d’exploiter cet événement tragique dans une direction politique bien précise », dit-il. Dans une allusion on ne peut plus claire aux forces du 14 Mars, il soutient que celles-ci « ont profité de la situation pour mobiliser la rue sunnite en présentant le conflit sous un angle confessionnel, usant de l’argument selon lequel c’est l’ensemble de la communauté sunnite au Liban qui est prise pour cible ». Le dignitaire sunnite estime toutefois que ce jeu est à double tranchant, puisque chaque communauté se sent visée à son tour. « C’est le discours de la discorde par excellence », indique cheikh Chaabane.
Un discours contre lequel les sunnites du 8 Mars tentent de se blinder, en reléguant à Dieu, juge suprême à leurs yeux, le soin de décider des choix doctrinaires et du cheminement de chaque individu. « Pourquoi me disputer avec mon frère chiite sur terre, alors que c’est dans l’au-delà que ces questions seront tranchées », insiste cheikh Chaabane.
Membre du Rassemblement des ulémas musulmans, cheikh Maher Hammoud ira plus loin en expliquant que la tournure confessionnelle qu’ont prise les récents événements, notamment mardi et jeudi derniers, est due à un cumul de facteurs historico-religieux combinés aux récents bouleversements dans la région. « On ne saurait toutefois comprendre les derniers événements sanglants sur la scène locale que si l’on admet que les forces du 14 Mars ont sciemment attisé la fibre communautaire », dit-il.
Une affirmation que reconnaît indirectement la Jamaa islamiya, qui affirme « que ce qui a permis d’arrêter jusque-là la chute du gouvernement est précisément le spectre de la division communautaire qui a été brandi, une ligne rouge que le Hezbollah ne veut absolument pas franchir ».
Selon cheikh Chaabane, il faut regarder du côté de la Palestine, de l’Irak et de l’Afghanistan pour comprendre ce qui se passe au niveau de la rue musulmane libanaise, qui a récemment subi des transformations contre nature. Il donne pour exemple la pendaison de Saddam Hussein, qui a exaspéré la communauté sunnite dans son ensemble et qui a fini par se répercuter négativement sur l’opposition au Liban, et sur le Hezbollah en particulier, dont s’est désolidarisé un certain nombre de sunnites radicaux. L’exemple type de cette réaction a été observé au sein du groupe de combattants issus d’une scission au sein du Fateh-Intifada, qui ont pris refuge au camp de Nahr el-Bared, au Liban-Nord, explique une source religieuse. « Au lendemain de l’exécution de l’ancien chef de l’État irakien, les membres de ce groupe aux allégeances religieuses certaines ont arraché tous les portraits de Hassan Nasrallah accrochés dans le camp. »
Mais quelle que soit la tournure que prendront les futurs développements sur la scène locale et régionale, les forces sunnites actives de l’opposition soutiennent qu’elles restent disposées à ouvrir les portes du dialogue. Elles affirment en chœur leur aspiration à connaître la vérité sur l’assassinat de Rafic Hariri, « seul moyen de réunir la famille sunnite », tout en insistant sur l’importance des revendications de l’opposition en termes de participation politique et de défense de la Résistance.
Je. J.
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Dans ce camp, on retrouve principalement « Le front de l’action islamique » (Jabhat al-aamal al-islami), présidé par cheikh Fathi Yakan, le « Mouvement de l’unification islamique », mené par Bilal Chaabane, le « Mouvement de l’unification islamique – Conseil de commandement », dirigé par Hachem Minkara, la « Rencontre des associations et des leaders islamiques », menée...